matadiLes ports maritimes de Matadi et de Boma sont en arrêt de fonctionnement depuis lundi. Les agents de cette entreprise publique (Onatra) dénoncent le comportement des dirigeants de la mission de stabilisation qui refusent d’honorer leur cahier des charges.

Cette paralysie constitue un manque à gagner très important pour l’Etat, une partie substantielle de son budget étant financée par les recettes provenant de ces deux ports maritimes.


L’un des ténors du mouvement de grève, M. Batunguni, secrétaire général du Syndicat national du Congo (Synac), n’a pas mâché les mots. Il a indiqué qu’au lieu qu’elle soit une mission de stabilisation, la mission que dirige M. Pecule Ponson n’est qu’une mission de déstabilisation. Ce syndicaliste cite le nombre exagéré des correspondances, environ 316 signataires qui sont sur la table de l’Adg qu’il refuse de traiter.

En plus, le chemin de fer qui transportait environ 17.000 tonnes il y a belle lurette a sensiblement baissé pour ne transporter que 1.900 tonnes à ce jour. Pour lui, leur entreprise va vers l’arrêt définitif si aucune mesure n’est prise pour sauver la situation de l’entreprise. « Nous avons demandé au gouvernement de suspendre le contrat de stabilisation, mais notre demande n’a pas été entendue », souligne t-il, avant d’ajouter que la présente grève fait suite à un arrêt de travail observé par eux depuis le mois d’avril. Toujours au sein de cette entreprise, on nous révèle que la situation créée par la mission de stabilisation ne permet même pas l’achat de pièces de rechange, pourtant nécessaires pour l’entretien des locomotives.

Depuis quelques temps, les entreprises du Portefeuille sont en ébullition. Pour cause, certaines langues pensent qu’il s’agit de personnes mal intentionnées, non contentes de la réforme enclenchée au sein des entreprises publiques, jadis qualifiées de « canards boiteux ». D’autres par contre pensent que ce sont les équipes de stabilisation mises en place, à l’Onatra précisément, qui ne parviennent pas à proposer des solutions pour la relance de l’entreprise.

En effet, la situation qui prévaut actuellement dans l’Office national des transports ne doit pas laisser indifférent le gouvernement. Celui-ci doit s’impliquer pour éviter le pire. Point n’est ici besoin de rappeler combien les deux ports sont stratégiques, tant pour la population du Bas-Congo que pour le budget de l’Etat dont une partie importante doit provenir de ce coin de la République.

Est-ce un problème d’hommes à l’Onatra ?

Interrogées, plusieurs personnes pensent qu’à l’Onatra, il était nécessaire de garder l’équipe que dirigeait Daniel Bikindu de l’époque, à cause de certains hauts faits pour le compte des agents de cette entreprise de l’Etat. A l’Onatra, on affirme qu’à l’arrivée de ce comité, les salaires avaient été payés normalement, sans pour autant oublier les arriérés.

Par contre, avec la nouvelle équipe, les primes libérées en dollars sont payées en francs congolais au préjudice des agents et cadres qui se dépensent pour que cette entreprise marche. A ce jour, les syndicats disent ne pas véritablement palper du doigt l’apport exact de la mission de stabilisation, si pas les grèves à répétition.

Une commission pour quoi faire ?

Au niveau du gouvernement, on apprend qu’une commission a été constituée pour étudier et voir dans quelle mesure trouver solution au cahier des charges présenté par les agents de cette entreprise du portefeuille. Mais c’est pour quel résultat, pendant que tout est à l’arrêt à Matadi, voire à Kinshasa. Interrogé à ce sujet, le secrétaire général du Syndicat national du Congo (Synac) explique que la grève était la décision ultime, vu le silence du gouvernement à répondre à leur cahier des charges. « Le gouvernement a pensé que comme le cœur de l’Onatra est à Matadi et que ce port fonctionne, il peut ne pas répondre aux préoccupations des agents. Dix jours après le lancement de la grève à Kinshasa, Matadi et Boma sont aussi entrés en grève pour que le gouvernement réponde à nos préoccupations », a-t-il indiqué.

Réforme irréversible

Le mouvement de grève tel qu’il est constaté à l’Onatra trouve sa justification ailleurs, et non dans la réforme des entreprises du Portefeuille. Une réforme pressentie d’ailleurs au sein de l’Onatra comme étant un ouf de soulagement, dans la mesure où l’entreprise aura beaucoup plus de moyens pour développer ses activités et subvenir aux besoins de ses agents.

Aujourd’hui, les entreprises concernées sont à une étape très importante qui concerne la rédaction des statuts. Le gouvernement qui a trouvé mieux de constituer une commission devra de toute urgence statuer sur le cahier des charges des agents, pour éviter le pire. Car, non seulement l’arrêt de travail va créer des embouteillages dans les deux ports mais aussi il ternit l’image de la Rdc dans le monde. Voilà une occasion qui va pousser certains hommes d’affaires, de préférer le port maritime de Pointe Noire.

Que fait donc le ministre Kambere ?

Il est aussi surprenant de constater qu’en République démocratique du Congo, le gouvernement agit toujours après coup et pourtant d’après un adage populaire, « gouverner c’est prévoir ». Dans beaucoup de quartiers, on attend que le trou devienne très profond pour pouvoir sauter sur l’occasion en annonçant une réhabilitation avec impact dans les médias. Si le ministre de tutelle qui est en contact permanent avec les entreprises de son ressort ne sait pas que les agents doivent aller en grève, il ne lui reste qu’à démissionner de son poste, car il n’aura servi à rien.

Le cahier des charges des agents existe et a même été déposé au gouvernement, pourquoi alors celui-ci n’a-t-il pas trouvé solution dans le délai prescrit ? Car si les grèves se multiplient, ou si celle qui est vécue présentement à l’Onatra s’amplifie, ce sont des emplois qui sont en danger réel. Et pourtant, l’emploi figure en bonne place parmi les cinq priorités du Chef de l’Etat Joseph Kabila. A dire par là que l’on veut saboter ces cinq chantiers, il n’y a qu’un pas qui est vite franchi.

(DN/PKF/Yes)

L’Avenir