Les démêlées judiciaires du patron de Progosa déclaré personna non grata au Togo relance le débat sur le contrat de gestion de l’Onatra signé par le Gouvernement avec Progosa.
C’est un secret de polichinelle que de rappeler que depuis vendredi, le personnel de l’Office National des Transports a débrayé. D’après le président de l’intersyndicale, André Vital Agbayo, les agents et cadres de l’Onatra ne réclament rien d’autre que la résiliation pure et simple du contrat de travail qui lie l’Administrateur Délégué Général de cette entreprise publique au gouvernement congolais. Il s’agit de Claude Pecune, Français de son état et haut cadre de la firme espagnole Progosa.
Pour les observateurs avisés, la situation qui prévaut actuellement à l’Onatra donne raison aux pessimistes d’hier. Elle relance ni plus ni moins le débat autour de la décision du gouvernement congolais prise lors de son Conseil des ministres du 21 décembre 2007. A cette date-là, en effet, la firme espagnole Progosa avait été déclarée adjudicatrice du mandat d’assistance technique et de gestion de l’Onatra pour une durée de deux ans.
A cette époque-là, se souvient-on aujourd’hui, bon nombre d’analystes économiques n’avaient pas caché leur pessimisme au sujet de l’avenir de cette entreprise du portefeuille de l’Etat, surtout après la signature de ce contrat. Celui-ci avait à l’époque défrayé la chronique dans les colonnes de journaux kinois suite à la découverte d’éléments de fraude dans le parcours du patron du groupe Progosa, Jacques Dupuydauby, poursuivi alors en justice dans son propre pays, la France.
Onatra : avenir compromis ?
Ce que beaucoup de Congolais ne savent peut-être pas, et que plusieurs sources concordantes soutiennent, c’est que d’autres pays comme le Togo, le Gabon, le Sénégal et la côte d’Ivoire, qui ont eu à signer des partenariats avec la même firme espagnole, ont eu du maille à partir avec celle-ci. C’est ainsi par exemple que la justice togolaise ne s’est pas empêché de délivrer des mandats d’arrêt internationaux à l’encontre du patron du groupe, de son fils et de son directeur juridique.
Livrée par le site officiel de la République togolaise, la nouvelle a été reprise en exclusivité par des médias internationaux avant de faire les choux gras des autres médias sur le continent. « Nous soupçonnons l’existence de fraudes massives et de détournements de fonds », a ainsi expliqué le procureur de la République du Togo. Comme pour évoquer le rapport de contrôle fiscal de la Direction générale des impôts du ministère togolais des Finances. Lequel rapport indiquait que Progosa traînaient dans ses placards 12 milliards de F CFA au titre de redevances portuaires non acquittées depuis fin août 2008.
A l’heure qu’il est, d’aucuns estiment que l’inquiétude des analystes était d’autant justifiée qu’en RDC, le groupe Progosa. par le biais de son patron, avait précipité dans la faillite là toute nouvelle et éphémère compagnie d’aviation Bravo Air Congo, dont il fut actionnaire principal. Au regard d’un profil aussi controversé, nombre d’observateurs craignent que l’avenir de l’Onatra ne soit compromis. Et les agents de cet office doivent l’avoir compris. D’où la grève qu’ils observent.
Pendant ce temps, dans les milieux de l’Anep (Association Nationale des Entreprises Publiques), on continue à se demander par quel miracle la firme espagnole avait pu obtenir du gouvernement Gizenga le marché d’adjudication. Nul doute que les espèces sonnantes et trébuchantes y seraient pour quelque chose, rapportent certaines langues.
(TN/Milor/GW/Yes)
Germain Kadima/Le Phare