Le ministre de l’intérieur du gouvernement angolais et commandant en chef de la police nationale a déclaré le lundi 25 février dernier que la famille de feu Jonas Savimbi pourra, dčs que possible, ętre autorisée ŕ organiser des funérailles dignes en mémoire du défunt. Si M. Savimbi a été enterré ainsi, a précisé le ministre, cela est dicté par les circonstances spéciales de la guerre.
La famille du chef de la rébellion angolaise sera autorisée par le gouvernement de Luanda ŕ organiser des funérailles dignes, a affirmé lundi le ministre de l’intérieur, Fernando da Piedade “Nando”, qui a également confirmé l’inhumation ŕ Moxico du corps de Jonas Savimbi.
Il a été enterré dans ces circonstances parce qu’on est en guerre. Dčs que les conditions seront réunies, le gouvernement va bien sűr autoriser la famille ŕ organiser les choses a son gré”, a affirmé le ministre qui est également commandant en chef de la police angolaise. Il a tenu ces propos lors d’un programme “spécial” de plus d’une heure de la radio d’Etat diffuse lundi ŕ propos de la mort de Savimbi.
Exhibé publiquement samedi, le corps du chef de l‘Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (UNITA) a été inhumé sous un arbre, ŕ Lucusse (province de Moxico, 1300 km ŕ l’Est de Luanda), prčs de l’endroit oů il a été tué, selon la radio nationale, Le chef de la rébellion a continué ŕ combattre les troupes gouvernementales męme aprčs avoir été atteint par sept balles, avant de mourir, avec ses 21 gardes du corps et en présence de l’une ses épouses, selon différents témoignages.
Quinze balles au total, une ŕ la gorge, deux ŕ la tęte, les autres ŕ la poitrine, aux jambes et aux bras ont été tirées par les soldats gouvernementaux contre M. Savimbi, qui est mort ŕ l‘age de 67 ans. vendredi vers 15 heures locales, sur les bords du fleuve Luvuel ŕ Moxico. Dans l’attaque, 21 rebelles chargés de la protection de Savimbi sont aussi décédés, les armes ŕ la main, tandis que l’une des femmes du chef rebelle, Catarina Savimbi, a été gričvement blessée et a été hospitalisée ŕ Lwena, chef-lieu de la province de Moxico, selon le quotidien progouvernemental Journal de Angola.
Le dernier pion de la guerre froide s ‘écroule
Personne n’a le droit de se réjouir de la mort de quelqu’un mais la disparition de Jonas Savimbi s’inscrit dans le processus de régularisation de la situation politique en Afrique. La guerre civile en Angola dont il a été le principal instigateur a fait au moins un demi million de morts et chassé quatre millions de personnes dans l’exil, de 1975 ŕ ce jour. Cet homme a également été directement impliqué dans de nombreux conflits qui ont secoué les pays voisins. La mort de ce seigneur de guerre apporte soulagement et espoir. Les propos, tenus ŕ Genčve, de Mugenbay Bafwa, dirigeant de la Fédération des Congolais de l’étranger, vont dans le męme sens que les multiples réactions - en Afrique et ailleurs - au lendemain de la mort confirmée du chef de la rébellion angolaise. Le secrétaire général de I’ONU Kofi Annan a laissé entendre que cet événement crée une nouvelle situation capable d’inspirer tous les Angolais a faire progresser le processus de paix.
Annoncée tout d’abord vendredi, la mort du chef de l’Unita a été confirmée samedi soir seulement. L’armée angolaise a en effet exhibé le cadavre criblé de balles ŕ la télévision, en présence d’un journaliste portugais. Une précaution pas tout ŕ fait inutile puisque son décčs ou sa capture avaient déjŕ été annoncés ŕ maintes reprises. Force est de constater que la nouvelle n’a pas provoqué de soulčvement excessif parmi ses partisans, note Mugenbay Bafwa qui ajoute que cette disparition est vraiment de bon augure pour le continent noir.
L’alliance de Jonas Savimbi avec le régime raciste d’Afrique du Sud dans les années 1970-80 lui avait valu l‘opprobre réservé aux traîtres. Accusation ŕ laquelle le maquisard répondait ainsi: Que pouvez-vous faire lorsque vous vous trouvez dans une mare infestée de crocodiles et que le diable vous tend la main? Dimanche, aveu inédit, l‘ancien chef de la diplomatie sud africaine Pik Botha a confirmé dans le journal de Johannesburg Sunday Times que Pretoria aidait bien les mouvements rebelles angolais ŕ renverser le gouvernement pro cubain et prosoviétique de Luanda.
La mort brutale de Jonas Savimbi, 67 ans, marque aussi la fin du dernier pion africain au service des superpuissances pendant la guerre froide. Le MPLA (Mouvement populaire de libération de l‘Angola, marxiste) avait en effet pris le pouvoir ŕ Luanda des la fin de la colonisation portugaise en 1975, avec la bénédiction de l‘Union soviétique brejnévienne. De son côté, le chef de l’Unita s’en était allé ŕ Washington chercher l‘appui américain, aussitôt obtenu. Jonas Savimbi avait męme été décoré par Ronald Reagan au début des années 80 et reçu dix ans plus tard ŕ la maison blanche par George Bush Senior. Les Etats-Unis avaient monté (selon Le Monde du 4 février) la plus importante opération d’aide militaire secrčte en Afrique, en livrant d’importantes quantités d’armes aux rebelles angolais en lutte contre le pouvoir du président Dos Santos. La mission était organisée avec la complicité du maréchal Mobutu, président du Zaďre et allié des Américains. L’administration américaine a souhaité dimanche que l’Angola s’achemine vers une paix durable.
La mort de Jonas Savimbi n’a pas provoqué des réactions particuličres en Suisse. C’est pourtant ŕ l’Université de Lausanne qu’il avait fait ses études en sciences politiques et sociales. J’ai le souvenir d’un excellent étudiant qui ne venant pas beaucoup aux cours mais qui réussissait ses examens avec d’excellents résultats, se souvient Henri Rieben, ancien professeur. Plus tard, quand Savimbi portait le manteau de leader politique et d’éventuel chef d’Etat, il était soutenu et sollicité non seulement par le milieu universitaire mais aussi économique. Selon un journaliste, les hommes d’affaires suisses faisaient preuve d’un intéręt particulier ŕ cause de la richesse du sous sol angolais. ‘Je l’ai vu plusieurs fois et j’ai toujours souhaité la paix pour son pays, déclare Henri Rieben.
Sa disparition ne va pas automatiquement conduire l‘Angola ŕ la paix, prévient Joao Vahekini, un membre de l’Unita, réfugié en Suisse. C’est un coup dur mais nous sommes capables de relever la tęte. Selon lui, ce sont les Angolais dans l’ensemble qui vont regretter la mort d’un patriote modérateur qui na jamais voulu que ses troupes commettent des excčs contre les adversaires !. Joao Vahekini affirme que la relčve a été préparée et que la cohésion rčgne chez les rebelles. Il est vrai que pour de nombreux dirigeants angolais, la guerre a depuis longtemps perdu son contenu idéologique. Elle constitue aujourd’hui simplement une lutte pour le contrôle des richesses naturelles, notamment diamantifčres et pétroličres. L’Unita a pu poursuivre son combat contre Luanda grâce ŕ un trafic de diamants qui, selon des experts, lui rapporte 500 millions de francs par an. Jonas Savimbi lui-męme n’hésitait pas ŕ exhiber cette richesse, qui portait toujours de lourds bijoux aux poignets et aux mains.