« Une femme menuisière ! Même pas des meubles mais des cercueils ? C’est dû jamais vu », s’exclame Jules thekesha, rencontré à l’atelier des femmes qui fabriquer des cercueils près de la morgue de l’hôpital général de référence de Sendwe à Lubumbashi, au Sud-Est de la RD Congo. Les habitants qui les voient s’activer dans leur me­nuiserie, sont tous étonnés. Car c’est inhabituel pour eux. « C’est au-delà de nos coutumes et même un tabou, « affirme, surpris, Mar­cel Kitungu, un client venu acheter un cercueil pour enter­rer un membre de famille.


Cette intrusion des femmes dans une activité considérée comme un métier d’hommes s’est faite petit à petit ces der­nières années. Jusque-là, elles pouvaient faire le garnissage des meubles dans les menuise­ries, laissant les tâches les plus lourdes aux hommes. Mais pour ne dépendre que d’elles­mêmes, elles ont commencé à imiter les hommes au point de faire parfois mieux qu’eux. « Il y a des femmes professeurs d’univer­sité, médecins, avocates... Profes­sions autrefois réservées aux hom­mes. Si la menuiserie et la vente des cercueils me rendent la vie facile, pourquoi ne pouvais-je pus me lancer ? Je ne suis pas complexée d’être femme », explique l’une d’elles, Bibiche Mwanda.

Travail raffiné

Habitués lors des funérailles à voir les femmes pleurer autour du mort pendant que les hom­mes se débrouillent pour trou­ver un cercueil, de nombreux Lushois (habitants de Lubum­bashi, ndlr) sont émerveillés par le travail de ces menuisières. Vendeur des planches, Norbert Tshilumbu est même surpris de les voir choisir avec précision le bois approprié pour chaque Ca­tégorie de cercueil. Réaction de l’une d’elles, Kelly Kolomoni.

« Quand une femme fabrique un cercueil, elle le fait avec amour et beaucoup de soin ». Ce qui expli­que, ajoute-t-elle, que les cer­cueils qu’elles fabriquent sont les plus demandés sur le mar­ché. Selon la qualité, leurs prix varient entre 50 et 500 $.

Leur métier vient bousculer les traditions. « Si ma femme se lance dans un tel métier, je divorce », déclare un homme, Patrick Banza. Malgré quelques criti­ques, ces femmes gardent cou­rage puisqu’elles gagnent bien leur vie et disent le faire souvent avec leur coeur. « Nous ne souhai­tons pas la mort des gens, nous à arrangeons juste les conditions d’en­terrement et aidons la population », explique Kelly, qui donne parfois des cercueils à crédit aux familles démunies, exhibant quelques décharges non hono­rées de ses clients.

Antoinette Ngalula qui a commencé par la vente des cou­ronnes, des croix et gerbes de fleurs, près de l’atelier de son mari avant de se lancer dans les travaux de garnissage, puis la fabrication des cercueils, ne se fait aucun souci. « Mon mari me com­prend. Il sait à quel point je l’aide », dit-elle, sûre d’elle. Elle assure que pour des maris menuisiers ou ceux qui vivent aux alen­tours des ateliers, leur métier n’est plus un tabou. Ils nous le concèdent. Ceux qui viennent de loin sont d’abord étonnés et ont du mal à nous comprendre. Pour moi, c’est normal ».

« Je ne reculerai pas »

« Depuis que je suis dans ce mé­tier, je prends bien en charge les étu­des de mes enfants et j’ai aujourd’hui mon propre atelier. Je ne reculerai pas » déclare Kaji Sidonie, qui se fiche de ceux qui pensent que ce métier ne lui convient pas. Pour être fortes, elles se sont regroupées en As­sociation des fabricants des cer­cueils (AFC), qui réunit hom­mes et femmes. Au sein de l’équipe, les plus anciennes ac­cueillent les nouvelles pour fa­ciliter leur intégration. « Quand j’ai débarqué, les collègues m’ont montré ce que le devais faire, quel type de bois utiliser; quel numéro de clous, quelle colle, quel matériel pour quel genre de travail… et je me suis adaptée », dit une nouvelle venue.

Selon Emmanuel Mupeta, président de cette association, elles prennent moins de temps pour leur adaptation, « elles font avec propreté et esthétique leurs cercueils et sont géniales. Il souhaite voir toutes les femmes comprendre qu’il n’y a plus limites en matière de travail.

(Milor/GM/PKF)

Régine Kapinga/Syfia