carriereIncroyable mais vrai : une société minière disposant d’une usine complète d’exploitation d’un minerai rare et très recherché sur le marché mondial est empêchée de déployer ses activités. La Société minière du Kivu (Somikivu) - il s’agit de cette entreprise industrielle implantée dans le Rutshuru au Nord-Kivu – présente, en effet, cette déplorable situation. La visite dans ses installations est édifiante là-dessus et l’opportunité de ce tour effectué sous la conduite du directeur de l’usine de Somikivu, ci-devant M. Dunia Safari, a permis à ce haut cadre de la société d’en parler en long et en large.

M. Dunia Safari a, dans un premier temps d’expliquer le processus de l’exploitation et de tout le traitement du précieux minerai à l’usine depuis la carrière à ciel ouvert jusqu’à la sortie du concentré préparé pour l’exportation. Sur le site de la carrière le directeur de l’usine débute une longue histoire du processus de traitement. « Nous exploitons un minerai qu’on appelle le pyrochlore, le pentoxyde de niobium. La mine est à ciel ouvert. On connaît la teneur du gisement à chaque mètre jusqu’au sommet situé à 1.620 m. Après le travail de prospection, on a foré pour établir une profondeur qui va jusqu’à 1.400 m. De sorte que l’on connaît la teneur de cette mine depuis le sommet jusque chaque fois à une profondeur de 200 mètres.

Laborieux traitement de la mine

Comme la répartition des graines de pyrochlore n’est pas homogène, il y a donc des endroits qui sont riches à côté d’autres endroits qui sont pauvres. Ainsi l’exploitation de la mine doit être effectuée de manière rationnelle. On combine le minerai riche avec celui pauvre afin que l’on puisse prolonger la vie de la mine. Connaissant la carte géostatistique de la mine, on sait exactement les endroits où cette dernière est riche et les autres où elle est pauvre. Bien sûr il y a des endroits aussi où la mine est stérile. Des fois pour atteindre un minerai riche ou pauvre, on trouve entre les deux des couches stériles qu’il faut décaper. C’est là le travail le plus important de la mine quand, par exemple, il faut décaper une couche de 25 à 30 mètres avant d’atteindre un minerai. Ce n’est pas un travail facile, le décapage de la roche. Des bulldozers effectuent ce travail de décapage.

Les chargeuses placent les stocks décapés dans les camions bennes. Une fois les différents stocks collectés suivant leurs teneurs, on procède à un mélange sur la plate-forme même de la carrière. Les stocks sont ensuite conduits à l’usine pour le traitement proprement dit par un long processus de triage de mine appropriée que l’usine peut traiter. Si, par exemple la mine comporte une teneur de 6, de 4, de 2 et de 1 %, l’on procède à un mélange qui puisse être homogène qui titre au moins 3 % devant servir à alimenter l’usine.

L’usine effectue un laborieux travail de sélection contrôlée consistant à séparer le vrai minerai sous conditionnement des produits chimiques, des réactifs qui décante les particules riches à partir de la pulpe dans laquelle elles sont mélangées au départ. Suit une étape de lavage avant de passer dans un concentré qui effectue un travail de filtration par un filtre à dépression qui suce l’eau, puis de séchage dans un four à plus de 250 à 300 degrés pendant plusieurs heures.

usineLe minerai sec qui en sort est placé dans des grands sacs (big bags) pour être emballé dans les lots prêts pour l’exportation que les services de contrôle officielle certifient. Généralement ce sont des stocks de 1.200 kgs qu’on apprête au terme de tout le processus de traitement.

La Somikivu relancée avec les partenaires russes qui ont succédé aux premiers exploitants, les Allemands, a produit dernièrement 144 Tonnes de pyrochlore qui a été bloqué depuis septembre 2008, suite à une confuse procédure de saisie judiciaire orchestrée par un prétendant propriétaire autrichien de la société.

Ce blocage est finalement en train d’être décanté grâce à l’intervention du gouvernement. Le directeur de l’usine en présente la trame dans les confidences qu’il a faites après la visite qu’il a conduite dans les installations d’exploitation de Somikivu. Ci-après la teneur de ces éloquentes confidences.  

Les vérités de Somikivu par Dunia Safari

Vous venez de nous faire visiter l’usine de Somikivu en fournissant des explications sur les principales étapes de traitement du minerai depuis l’extraction à la carrière jusqu’à la sortie à l’usine du concentré de produit fini de la mine prête à l’exportation. L’on constate malheureuse que cette usine à l’arrêt que vous avez toujours cherché à éviter. A quoi est due cette situation d’arrêt ?

On a connu l’arrêt à cause de la guerre du CNDP qui combattait le gouvernement. Les militaires du CNDP étaient à plus ou moins 5 km d’ici. On était en pleines opérations militaires et il n’était plus possible que l’on puisse continuer à travailler sous les balles. On a dû arrêter les activités. Seuls les travailleurs autochtones sont restés garder les installations. La société a convenu avec eux de continuer à faire fonctionner l’école ainsi que le dispensaire qui offrent des services gratuits aux élèves et à la population locale.

Nous nous entraidons dans ce sens là de manière à ce que l’outil de production puisse être protégé, parce que nous savons qu’avec le retour de la paix, comme c’est le cas pour le moment, on peut relancer les activités et être opérationnel. Nous remercions pour cela le Chef de l’Etat, pour son implication personnelle dans ce retour de la paix en allant jusqu’au-delà de ce qu’il pouvait faire. Nous sommes conscients qu’il a fait beaucoup pour notre province. Nous voyons que la paix, bien qu’elle ne soit pas encore totale, mais elle est palpable. C’est pour cela que nous comptons relancer les activités en commençant par acheter les pièces de rechange, faire l’entretien et relancer les activités.

duniaLe passage des militaires de Nkunda n’a-t-il pas causé des dégâts à l’usine ?

Non. Les militaires de Nkunda n’ont causé aucun dégât ici. Le matériel est toujours bien protégé. Les hommes de Nkunda n’ont fait du mal ni à la population ni aux travailleurs qui étaient à l’usine.

Donc maintenant  tout dépend de vous-mêmes pour reprendre les activités !

Oui tout dépend de nous et de nos partenaires, parce qu’il y a des produits que ces derniers doivent nous fournir, entre autres les réactifs qu’ils doivent nous apporter. Dès que tous ces préalables sont réunis, nous pouvons d’un moment à l’autre démarrer nos activités.

Est-ce qu’il y a des problèmes au niveau de ce partenariat que vous évoquez ? S’agit-il de chercher encore ces partenaires ou sont-ils déjà trouvés et seraient donc là présents ?

Ils sont déjà là. D’ailleurs ils ont déjà marqué le démarrage de leur action en manifestant même leur intention de continuer le partenariat. C’est grâce à leur apport que Somikivu a pu reprendre sa production il y a six à sept mois, production qui, contre toute attente, a été bloquée à l’exportation. Heureusement aujourd’hui, grâce à l’intervention du gouvernement, tout est débloqué. Ce sont peut-être nos partenaires qui prennent un peu de retard, mais tout est en marche. Tout est mis en œuvre pour que nous puissions reprendre nos activités.

Ces partenaires viennent d’où ?

Aujourd’hui les plus grands partenaires viennent de la Russie.

Et quelle est la part qu’ils prennent dans la société ?

Les partenaires ont convenu de départager les parts entre eux. Il y a le gouvernement congolais et eux, parce que pour le moment la Somikivu est gérée par les ministères de tutelle, celui des Mines et celui du Portefeuille. Ces deux ministères ont constitué un Comité de gestion qui est installé déjà ici à Somikivu. C’est avec les membres de ce Comité de gestion que les Russes ont signé un contrat commercial. Il s’agit d’un partenariat qui va seulement durer deux ans, renouvelables certes, mais comme on a seulement travaillé pendant un mois et demi avec ce contrat, on va probablement le reconduire jusqu’au délai convenu de deux ans, ce qui laisse sous-entendre qu’on va continuer à travailler avec les Russes.

travailleursLes premiers partenaires que vous avez eus et qui étaient même les promoteurs de la société sont des Allemands. Ceux-ci n’auraient-ils manifesté aucun empressement à revenir ?

Les Allemands au départ avaient 62 % dans Somikivu. Le problème est que parmi eux il y a des gens qui avaient trompé les autres. Ils se sont chamaillés entre eux et ont souhaité vendre leurs actions uniquement au gouvernement congolais qui est l’actionnaire minoritaire qui peut acheter les parts de 62 % des Allemands.

Et le gouvernement est-il intéressé à racheter ces parts ?

Oui le gouvernement est intéressé à racheter ces parts-là. Il est question de constituer une commission d’audit pour connaître la valeur exacte de la Somikivu au jour d’aujourd’hui avant de pouvoir décider avec les Allemands sur le prix. Pour discuter ce prix il faut bien connaître la valeur de ce qu’on achète ou l’on vend.

Les premiers partenaires – les Allemands - ce sont eux qui ont emmené les équipements. Maintenant que vous aurez changé de partenaires, ne va-t-il pas se poser de problème des machines à renouveler avec risques de changer complètement l’ossature de l’usine ou d’apporter une nouvelle engeneering ?

Non, il n’y a pas de danger de ce côté-là. Bien que les machines soient allemandes, les fournisseurs des équipements auxquels on recourt sont des usines qui vendent ces machines non pas seulement au gouvernement congolais ou aux Allemands, mais à beaucoup de sociétés minières. On ne peut pas avoir un problème avec eux, d’autant plus que ce sont des machines qui sont sur le marché. Bien sûr elles sont fabriquées en Allemagne, pays dans lequel on peut les acheter. Ce n’est vraiment pas là le problème !

Le produit que vous exportez dans le contexte actuel de la crise économique financière internationale ne connaît-il pas une baisse de coût de son prix de revient ?

Ca n’a pas eu tellement de répercussion, parce qu’il s’agit d’un minerai qui est plus ou moins rare. Ce sont peut-être les gens qui font les alliages ferro-niobium qui ont eu des problèmes, mais cela commence à se régler. Le pyrochlore en soi n’a pas subi de grande répercussion de ce problème de crise financière.

Doit-on croire que le pyrochlore contenant du niobium produit à Somikivu se vend donc aisément sur le marché mondial ?

Oui, tout ce que nous produisons peut être vendu à l’extérieur. Le seul problème que nous avons est le conflit qui nous oppose à une entreprise dénommée Krall Métal Congo qui s’est déclarée propriétaire des gisements de Lueshe. Heureusement qu’avec le concours du ministère du Portefeuille, ceux des Mines et de la Justice qui ont constitué une Commission pour étudier tout le dossier qui opposait la Somikivu à Krall, il y a maintenant retour à la raison et remise de Somikivu dans ses droits. Pendant ces tractations, la production de Somikivu était bloquée parce qu’on ne pouvait pas exporter, tellement que ce problème-là prenait de l’ampleur. Comme la Somikivu a été remise dans ses droits, on peut maintenant se remettre à exporter et travailler par la suite tranquillement.

Du côté congolais, à part le gouvernement, n’y a-t-il pas d’autres partenaires intéressés à mettre leurs actions dans la société en relance ?

Jusque là nous n’avons pas encore vu des Congolais, mais s’il arrivait qu’on en trouve qui sont intéressés, ils n’ont qu’à s’adresser au ministère du Portefeuille et au ministère des Mines, parce que ce sont ces deux ministères de tutelle qui gèrent la Somikivu actuellement.

(DN/Yes)

Daniel Nzuzi/ MMC