Kin la belle, Lipopo ya banganga (Léopoldville des stars) étaient des vocables suspendus sur toutes les lèvres pour désigner la capitale congolaise. C’était la plus belle ville d’Afrique noire, immortalisée d’ailleurs par l’artiste musicien Francis Bebey dans son chef-d’œuvre intitulé « Kinshasa ».
Kinshasa, autrefois Léopoldville, était affublée de meilleurs qualificatifs pour exalter sa beauté, entendez l’hygiène publique et même la beauté et l’élégance des Kinoises et Kinois.
Kin. la belle, Lipopo ya banganga (Léopoldville des stars) étaient des vocables suspendus sur toutes les lèvres pour désigner la capitale congolaise. C’était la plus belle ville d’Afrique noire, immortalisée d’ailleurs par l’artiste musicien Francis Bebey dans son chef-d’œuvre intitulé « Kinshasa ».
Aujourd’hui, Kinshasa n’a plus le visage des années 50 à 60. La ville a pris de l’ampleur, non seulement en superficie, mais aussi et surtout en nombre d’âmes qui avoisinent 8 millions sur environ 200 Km2, soit une densité de 40.000 habitant au Km2.
Les Kinois vivent dans une promiscuité indescriptible, avec une moyenne de dix à quinze personnes, et même plus, dans les parcelles.
La disproportionnalité de développement entre l’arrière- pays et les grands centres urbains, le déficit de logements dû à une politique d’habitat mal planifiée, les conflits armés et interethniques ayant provoqué l’exode massif des populations des campagnes vers les villes en sont les principales causes. A tous ces avatars, il faut ajouter l’ignorance ou la non- application de la loi sur l’hygiène publique.
En effet, il existe une loi qui réglemente cette matière. Elle date de la colonie. Nous n’en avons peut-être pas les coordonnées, mais nous pouvons certifier sans crainte d’être contredit que celle-ci a été d’application jusqu’aux premières années de l’accession de notre pays à l’indépendance.
Un corps spécialisé de maintien de la salubrité publique veillait à la sonne application des mesures édictées par cette loi, dénommé police d’hygiène, débaptisé « Mbila » par la population du fait que les policiers portaient un bonnet de couleur rouge en ressemblance à celle de la noix de palme.
Ces policiers entraient dans toutes les parcelles, inspectaient les toilettes, les chambres, l’endroit où l’on jette les ordures ménagères et collaient des contraventions assorties d’amendes aux malpropres.
Leur présence faisait peur car ils prenaient au sérieux leur travail, éduquant, sensibilisant et punissant à des amendes ceux des récalcitrants qui n’arrivaient pas à maintenir leurs parcelles en état de propreté.
De nos jours, cette police n’existe que de nom ou du moins n’opèrent qu’aux postes d’entrée et de sortie de Kinshasa pour veiller à la qualité de denrées en provenance de l’arrière-pays.
Délaissée, « Kin-la-belle » est vite devenue « Kin-la-poubelle », au point même d’être qualifiée de ville la plus sale du Monde, où chacun fait n’importe quoi, construit n’importe où sans être inquiété et peut jeter des immondices ou ériger un garage là où il veut au nom de la loi ». Laquelle, sinon celle de la jungle ?
Avec l’avènement aux commandes du pays de nouvelles autorités et la mise sur pied du programme des cinq chantiers de la République, un accent particulier est accordé au secteur santé et salubrité publique.
La RDC bénéficie dans ce domaine de l’appui des partenaires traditionnels avec en tête l’Union européenne qui s’est investie à aider l’Hôtel de ville de Kinshasa à remettre la capitale en état de propreté. Dernièrement, l’UE avait alloué une enveloppe de 3.000.000 d’euros à l’autorité urbaine pour des travaux de voiries et de propreté de la ville.
A travers la ville de Kinshasa, on peut remarquer des jeunes gens, cagoulés, cache-poussière couvrant le nez, salopettes avec effigie de l’Union Européenne et munis de pelles, râteaux et autres binettes, s’activant à balayer, débroussailler, sarcler, ramasser les sachets et curer les caniveaux pour revêtir Kinshasa de sa belle robe d’antan.
Les résultats escomptés ne sont pas visibles, du fait que cette campagne n’est pas suivie d’une sensibilisation de la population aux bonnes manières.
La propreté se cultive, elle s’apprend, faute de quoi tous les efforts de l’Hôtel de ville sont comme un coup d’épée dans l’eau ou dans l’air. Que de rues balayées le matin se retrouvent plus sales qu’avant le soir. Certaines personnes ne réalisent même pas l’importance de travail qu’effectuent ces jeunes gens.
La salubrité publique serait-elle un mythe à Kinshasa, je pense que non. Mais pour le moment, il est utile de renforcer le programme mis en place par l’éducation des populations et la restauration de la police d’hygiène. A défaut, c’est un mythe que les Kinois seront condamnés à revivre, comme Sisyphe d’Albert Camus, ils seront obligés de reprendre éternellement la même opération sans succès.
(BT/GW/Yes)
ACP