Tant qu’on ne résoudra pas l’équation que pose le retour au bercail des Fdlr, il sera illusoire de penser à tout retour de sécurité aux frontières orientales de l République démocratique du Congo.
Dire que le Kivu est devenu depuis 1994 le ventre mou de la RD Congo est un constat qui tombe sous les sens parce qu’il fait maintenant partie du vécu quotidien congolais, avec la cohorte d’atrocités que les miliciens hutus rwandais commettent au jour le jour dans les zones qu’ils occupent depuis qu’ils ont fui leur pays d’origine à la suite de l’arrivée au pouvoir à Kigali de la dynastie tutsie.
« Dynastie tutsie » : le terme peut paraître un tantinet excessif, mais il renferme un sens tout à fait expressif du mode de pouvoir qui s’exerce depuis cette date en République du Rwanda après le renversement du régime dominateur et séculaire des Hutus. Perçue et analysée sous ce prisme dans tous ses aspects, la situation politique interne dans ce pays a des relents d’apartheid en ce sens qu’ une catégorie – et non de moindre importance démographiquement parlant - de citoyens est réduite à l’exclusion politique pour cause de participation au génocide perpétré par l’ethnie – excusez la tautologie – démographiquement majoritaire dans ce minuscule pays que le Maître des temps et des circonstances a placé tout à proximité du nôtre, le présent et l’avenir de l’équation socio-politique du Rwanda sous tend la problématique de la sécurité - ou à contrario l’insécurité récurrente – chronique qui prévaut à notre frontière d’avec ce pays.
Et tant que les miliciens hutus rwandais vivront cette condition d’exclusion, tant qu’aucune garantie ne leur sera donnée sur leur intégration sociale et politique une fois qu’ils pourraient entrer au bercail, les deux provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu sont promises à une insécurité qui s’éternisera si l’on y prend garde.
Et la présence d’abondantes ressources minérales stratégiques – le colombo-tantalite pour ne citer que lui – qui confondent dans un même élan synoptique d’intérêt les autochtones de ces provinces et les rebelles hutus qui imposent aux premiers cités la dure férule de leur imperium aux populations de cette région. Pas un jour ne se passe sans que les rebelles hutus rwandais n’imposent à ces populations la dure loi cde leur férule qui se signale par des viols, assassinats, vols de bétail, prise d’otages, incendie de champs et de villages et pillages à grande échelle.
Depuis quinze ans, les Kivutiens paient au quotidien à dame nature une lourde tribut de sang à l’hospitalité qu’ils ont offerte aux génocidaires hutus rwandais qui se vengent curieusement contre eux plutôt que sur le gouvernement de leur pays qui s’oppose à leur retour.
Mais au fait, à propos de génocide, l’on devrait s’imposer un distinguo sur le terme « génocidaire » qui désigne habituellement les auteurs patentés de l’horrible hécatombe qu’a connue la population tutsie au lendemain de l’attentat qui a envoyé ad patres le président hutu Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994. Près d’un million de Tutsis et des Hutus modérés ont été sauvagement abattus dans un élan généralisé d’aveuglement indicible marqué du sceau de l’affirmation de l’identité ethnique hutue. Personne ne peut aujourd’hui nier cette évidence sans attenter à sa propre honnêteté intellectuelle : l’assassinat de Juvénal Habyarimana a été le détonateur de la furia hutue qui s’est soldée par le génocide de près d’un million d’hommes au Rwanda.
Mais cette évidence ne doit en aucun cas obstruer la raison des personnes bien pensantes quant l’amalgame que le pouvoir actuel à Kigali fait sciemment sur l’extension du terme « génocidaire » à tous les Hutus de la diaspora congolaise. Certes, l’ethnie hutue endosse la responsabilité historique des atrocités commises au pays des Mille Collines à la suite de la mort tragique du président Juvénal Habyarimana.
Mais comment ne pas se demander en même temps pourquoi les Tutsis qui ont pris le pouvoir à Kigali après ce coup de force ne peuvent pas, avec le recul du temps, tourner la page de cette dramatique bévue humaine commise par leurs compatriotes hutus.
Pour mieux fixer les idées sur le sujet, il importe que nous posions la question de savoir s’il sied d’agir indistinctement en assimilant aux génocidaires de 1994 les Hutus nés en République démocratique du Congo après le terrible holocauste d’il y a quinze ans. La question vaut son pesant d’or, car s’il est un fait indéniable que ce sont les Hutus qui ont perpétré les crimes de sang qui ont endeuillé le Rwanda en réponse à l’assassinat d’Habyarimana et qui sont venus trouver asile dans l’ex Zaïre, il doit être également vrai que leurs enfants, qui sont nés dans le pays d’accueil et qui ont aujourd’hui quinze ans ne peuvent pas endosser sur eux la responsabilité historique des crimes commis il y a quinze ans par leurs parents, loin s’en faut.
Même si, par défi au bon sens les tenants du pouvoir rwandais s’obstinent à faire cet amalgame, ils ne peuvent, sous peine de s’enfermer dans un ostracisme coupable continuer à verrouiller la porte de la réconciliation nationale. Et tant que Kigali persistera dans cette voie de l’exclusion, la République démocratique du Congo continuera à faire les frais de cet enfermement.
La communauté internationale tarde à comprendre que la paix dans l’Est de la République démocratique du Congo est nécessairement fonction de la convertibilité des dirigeants rwandais aux vertus du dialogue national. Et pourtant, cette même communauté internationale avait tôt fait comprendre que la paix et la stabilité politique de la République démocratique du Congo passaient par ce dialogue. Elle a donc favorisé et financé cette rencontre des frères ennemis congolais au terme de palabres laborieuses. Ainsi, pays post- conflit, la Rd Congo a dans ce domaine précis une expérience à revendre et il se pose en donneur de leçons s’agissant de la manière dont les Rwandais peuvent s’y prendre pour nouer avec bonheur les fils de la concorde nationale rompus en 1994.
Le dialogue intercongolais qui a rassemblé tous ses enfants à Sun City, en Afrique du Sud a induit cette paix politique qui la caractérise aujourd’hui. Les dirigeants de Kigali ont tout à gagner et rien à perdre à s’en inspirer et à tourner le dos au dialogue inter rwandais. Parce que source de l’insécurité récurrente qui perdure dans les deux provinces congolaises du Kivu tributaire de leur obstination à s’enfermer dans la voie refus des autres.
Cela étant, il n’est pas mal venu de penser que, plutôt que de renforcer timidement son contingent sur le sol congolais dans les opérations militaires dans le cadre de la traque des forces négatives hutus rwandaises en question, opérations dont les résultats restent malgré tout hypothétiques et mitigés en raison de la configuration géographiques du terrain, la communauté internationale ferait œuvre utile en favorisant sans atermoiement ni hypocrisie le dialogue politique entre les deux grandes communautés ethniques du Rwanda que sont les Tutsis et les Hutus.
Ce n’est que par ce biais et par ce biais seulement que peuvent provenir la paix et la sécurité dans la région des Grands Lacs, et partant dans les deux Kivus. Toutes les autres solutions qui dérogent de cette voie relèvent de l’utopie, sinon de l’hypocrisie, sinon de la complaisance que les grandes puissances qui régentent le monde témoignent dans la résolution du problème de l’insécurité dans cette région.
Pousser Kigali à se faire violence pour démocratiser la vie politique nationale : voilà le Rubicon que Nicholas Sarkozy, Barak Obama, Medved, Gordon Brown et Angela Merkel doivent avoir le courage de franchir si l’on veut un jour voir la paix et la sécurité revenir dans la région des Grands Lacs. Oseront-ils jamais le faire même s’ils savent que l’hypothèque de cette donne se trouve dans le chef des dirigeants rwandais ?
(TN/CV/Yes)
Clément Vidibio/MMC
Last edited: 01/07/2009 17:15:47