Ces bandits piègent intelligemment leur cible. Ils évitent les groupes et ne s’attaquent qu’à des personnes isolées. La majorité des attaques se font le matin, à l’aller et au retour des champs.
Étrangler des gens pour vendre ensuite très cher la corde qui les a tués est devenu fréquent au Nord et au Sud-Kivu. Selon la rumeur, celle-ci apporterait richesse et pouvoir. Terrorisés, les habitants évitent de se déplacer en zone isolée.
Allongée sur une natte à l’ombre d’un manguier, Minani Anita se tord de douleur. Son cou porte encore des traces rouges, indices de ce qui lui est arrivé en fin mai à Bulenga, au bord du lac, dans le territoire de Kalehe, en province du Sud-Kivu. «Vers 15 h, alors que je revenais du champ, j’ai croisé dans la brousse trois grands jeunes hommes. Ils ont sauté sur moi, me liant les mains en me jetant par terre. Me sentant menacée de mort, j’ai hurlé à plusieurs reprises, même s’ils me forçaient à fermer ma bouche». Alertés par ses cris, des passants ont obligé les trois bandits à s’enfuir puis ont conduit Minani à l’hôpital. «Son cou était serré par une corde en liane, qu’elle s’efforçait de desserrer à l’aide de ses deux mains. Sans ses cris, elle serait morte», explique Bundibwami, l’un de ceux qui lui ont porté secours.
Minani est une des victimes d’une pratique qui se répand dans la région : le meurtre à l’aide d’une corde, aux pouvoirs prétendument magiques. À Bulenga, comme dans le territoire de Bweremana en territoire de Masisi, province du Nord-Kivu, deux localités situées en pleine brousse, un terrain favorable aux bandits, le nombre de victimes de cette corde appelée Kabanga augmente. En moins de six mois, sur l’axe Sake-Bweremana au bord du lac Kivu, une vingtaine de cas ont été dénombrés. Ces deux derniers mois, ils sont passés de deux à plus d’une dizaine dans la seule contrée de Bweremana – Minova. Depuis Goma, des réseaux de tueurs se constituent jusque dans les villages.
Au prix de la vie humaine
Ces bandits piègent intelligemment leur cible. Ils évitent les groupes et ne s’attaquent qu’à des personnes isolées. La majorité des attaques se fait le matin ou le soir, à l’aller ou au retour des champs, le long des plantations, loin des habitations. A deux ou à quatre, ces bandits armés de couteaux et de machettes pour mater toute résistance, se déplacent d’un village à l’autre, afin d’éviter de se faire repérer. «Aujourd’hui, on peut signaler un cas ici, et demain dans un autre village. C’est leur stratégie, afin d’éviter de se faire prendre, car ils sont très recherchés», pense Wetemamwi, l’un des notables de la contrée. Ils tuent, mais n’emportent rien, sauf la corde, dont la rumeur dit qu’elle acquiert, après avoir servi à tuer, des pouvoirs magiques.
«Il y a quelques mois, mes amis venant de Goma, m’avaient contacté en disant qu’ils étaient à la recherche de cordes qui avaient servi pour étrangler les gens. Ils m’ont expliqué qu’elles pouvaient se vendre entre 5.000 et 30.000 $ à des « hommes d’affaires asiatiques», raconte I.G, qui n’a pas cédé à cette offre, par respect de la vie humaine, dit-il. Selon de nombreux témoignages, en effet, ces cordes ayant tué seraient le vecteur de puissances occultes. Après une intervention d’un féticheur ou d’un sorcier, elles faciliteraient l’accès à une prétendue richesse et à des pouvoirs particuliers pour ses possesseurs.
Tout le monde ne croit pas à cette magie contrairement aux fervents adeptes des puissances occultes. Chambo Lumisa, un vieux «maître» très connu des grands sorciers, reconverti en guérisseur traditionnel, estime que «c’est surtout dans les pays est-africains comme la Tanzanie et aussi en Asie que l’utilisation de cette corde est usuelle».
Ni emplois, ni policiers
Dans les villages, les habitants ne traînent plus au champ pour éviter de se faire prendre. «Personne ne peut aller seul au champ. Les femmes, les enfants et même les hommes, nous nous organisons en groupe ou en famille pour éviter de tomber dans les filets de ces tueurs», explique David Kaunda, habitant de Minova. D’après le Mwami Nicolas Kalinda, chef de collectivité de la chefferie des Bahunde en territoire de Masisi, les agissements des meurtriers s’expliquent par la pauvreté. «Nous traversons une période de grave crise.
À cause des guerres et de l’insécurité, la population ne cultive plus comme avant. Il n’y a pas d’emplois, et les jeunes, qui constituent plus de 60 % de la population, rejoignent l’armée pour survivre, ou errent dans la ville. Raison pour laquelle ils sont tentés par ce trafic de corde.» Et comme la police manque d’effectifs pour sécuriser les localités éloignées, ces tueurs ne se sentent pas menacés et opèrent librement.
(TN/PKF)
Syfia/Le Potentiel
Last edited: 01/07/2009 17:34:00