La Conférence des gouverneurs a vécu. Les résolutions qu’elle a laborieusement accouchées constituent autant d’obstacles que de défis à relever. L’enjeu de l’événement se situe maintenant dans son suivi dont il y a à éviter tout un monde d’écueils !
Les lampions se sont éteints sur Kisangani jeudi 25 juin dans la soirée. Passée la fête, adieu les saints ? On pouvait le dire si l’on se plaçait dans l’optique du temps du monopartisme. En République du Zaïre en effet, les choses obéissaient à ce schéma : les recommandations qui sanctionnaient les forums politiques – Dieu sait combien les pontes de l’ancien et consacré Parti-Etat en ont organisé pour amuser la galerie – connaissaient deux destins, soit elles rejoignaient dans les placards celles qui les ont précédées, soit qu’elles dérogeaient à la règle.
Seul maître à bord après Dieu dans la barque, le grand « timonier » de la République du Zaïre d’alors se souciait comme d’une guigne des après conférences. On a vécu – le règne ou l’époque, c’est selon – du « tant pis pour le reste, advienne que pourra » ! Puisque après tout, il pouvait organiser ou pas les élections, il n’avait de comptes à rendre à personne, et personne n’en avait non plus à les lui demander !
Les réminiscences de ces manifs politico-festives qui célébraient la gloire du monarque plus qu’elles ne contribuaient à baliser le chemin de la réduction de la pauvreté nous collent encore à l’esprit douze années après l’avènement de la démocratie, et les libertés que s’autorisait l’ex-Guide ne sont plus de mise de notre temps : on devrait y penser maintenant avec plus de sens de responsabilité et de détermination pour agir autrement.
Gérer le temps !
Sommes-nous encore dans la même posture politique depuis cette époque-là ? Question apparemment saugrenue à première vue. Mais, faisons d’abord remarquer que le Zaïre a cessé d’exister entre-temps, laissant la place à la République démocratique du Congo, avec un Président élu au suffrage universel, Joseph Kabila Kabange dont le mandat est aujourd’hui situé à mi-quinquennat. Et, depuis lors, beaucoup d’eau a coulé sur le fleuve Congo.
Nous disons bien : le pays s’est depuis lors placé dans l’orbite de la démocratie. Or la démocratie à ses règles intangibles qui s’adressent à tous ceux qui y souscrivent.
Joseph Kabila Kabange, qui a souscrit à ces règles est arrivé aujourd’hui à mi-parcours de son mandat électif. Et ce mandat, il doit le défendre. Cela suppose qu’il a des comptes à rendre à son peuple dans vingt-quatre mois. Le rendez-vous de Kisangani se circonscrit dans cette optique-ci, et ses résolutions mêmement.
Le problème qui se pose donc à présent est le suivant : comment le Raïs va-t-il gérer le temps qui le sépare de ce rendez-vous-là ? Je n’aime pas les esprits simples qui s’amusent toujours à afficher en tout temps un optimisme béat en minimisant les conséquences des situations qui peuvent survenir à cause justement de leur politique de courte vue. Voyons donc froidement les choses et réfléchissons sur la manière dont nous devrions tous voir le Raïs agir pour gagner les paris contenus dans les résolutions de Kisangani.
Car, mettons-nous cela bien dans la tête, il est inutile de miser sur Mbandaka qui ne sera au mois de décembre qu’une halte d’évaluation de ce qui aura été réalisé d’ici-là.
Mais d’ici-là justement, comment JKK va-t-il s’y prendre pour mettre toutes les chances de réussite de son côté et marquer les grands jalons de la victoire finale ? That is the question ! C’est même ici que se situe toute la problématique de cette réussite, et de notre réflexion aussi.
Avoir les mains libres pour choisir
Allons sans détour au but : l’après-Kisangani et avant Mbandaka, JKK doit s’entourer des hommes déterminés à lui apporter le souffle régénérateur de la confiance auprès des masses populaires qui attendent depuis trop longtemps l’avènement du mieux-être auquel elles aspirent légitimement. Le sang du père qui circule dans ses veines doit motiver sa volonté pour se libérer des pesanteurs inhibitrices qui peuvent l’empêcher de marcher sur les pas de son père.
Mzee choisissait librement ses collaborateurs, sans que des souffleurs ne lui dictent les noms à prendre ou à éviter de prendre. C’est de cette façon, et de cette façon-là seulement qu’il pourra se doter d’un exécutif qui soit animé d’une force d’entreprendre à nulle autre pareille, animé également par un Premier ministre « vertébré ».
Le ministre de l’Economie de cette équipe gouvernementale devra être capable de réfléchir sur une politique de révision des prix des denrées alimentaires de première nécessité (farine de blé, farine de manioc, sucre, huiles, légumes, fruits localement produits, œufs et que savons-nous encore). Pour bien faire, il devra faire revenir à la surface les inspecteurs économiques pour discipliner les commerçants véreux qui prennent un malin plaisir à jouer sur les étiquettes des prix à tout bout de champ.
Son ministre de l’Intérieur devra veiller au grain pour que les agents de la police nationale retrouvent les vertus perdues du respect de la dignité humaine vis-à-vis des civils. La même recommandation vaut pour son ministre de la Défense pour ce qui est de la discipline à imposer aux éléments des forces armées.
Quant aux ministres relevant de l’Ecofin (Plan, Budget, Finances, Economie, Commerce), il attendra d’eux qu’ils élaborent des stratégies visant à trouver les ressources nécessaires pour financer les différents paliers de Mbudi d’ici le début de 2010. De telle sorte que les fonctionnaires et agents de l’Etat, toutes catégories confondues (militaires, policiers, médecins, infirmiers, enseignants), puissent retrouver un sourire qui sera déterminant pour préparer l’entrée en beauté dans l’année des échéances. Un genre de ministres baroudeurs capables de faire du tape l’œil et de replacer les Congolais dans l’optimisme et dans la confiance envers leurs dirigeants.
Cette réflexion vaut bien une autre. Elle vaut ce qu’elle vaut, si tant est qu’elle peut contribuer au résultat qu’on en escompte.
(DN/CL/Yes)
Clément Vidibio/MMC
Last edited: 29/06/2009 16:29:54