fouleVoilà Kisangani accueillant les premières assises de la Conférence des Gouverneurs des provinces. Réunis autour du chef de l’Etat, de droit Président de cette institution, les responsables des exécutifs provinciaux vont mettre à profit les deux jours des travaux  pour évaluer le degré d’avancement  du processus de décentralisation qui souffre des nombreux écueils dans sa mise en œuvre selon le ‘’timing’’ prévu. Outre cette question cruciale, la Conférence des gouverneurs des provinces devra mettre sur pied les organes prévus dans la loi portant organisation et fonctionnement de cette structure. En effet, le législateur a voulu faire de la Conférence des gouverneurs une institution permanente qui sera soutenue par une Administration.

C’est cette Administration qui aura la lourde tâche de préparer les rencontres bi-annuelles des membres de la Conférence des gouverneurs et de faire le suivi des décisions prises par cette institution.

C’est dire que l’ordre du jour  des assises de Kisangani revêt une importance capitale, car elles s’inscrivent dans la droite ligne de la refondation de l’Etat congolais dont les structures politiques fondamentales se métamorphosent radicalement. On est entrain d’assister à l’inauguration d’une nouvelle ère politico-administrative de la Rdc qui appelle plus des responsabilités de la part des dirigeants.

Mais s’il est vrai que la décentralisation va occuper une part très importante des débats, l’évaluation du travail abattu par chaque gouverneur de province devra être l’un des points essentiels de ces assises, car la décentralisation tant recherchée n’a de sens que si elle aboutit au développement du pays. Or,  ce développement doit provenir de la base où les provinces et les entités territoriales décentralisées jouent un rôle capital.

katumbiAprès l’élection au suffrage indirect  des actuels gouverneurs des provinces et à mi-parcours de leurs mandats, le bilan de chaque gouverneur de province doit être établi sans complaisance. Celui-ci s’impose avec insistance dans la mesure où ils ont des domaines de compétences spécifiques dont il faut évaluer le degré d’exécution.
 
Les gouverneurs doivent défendre leurs bilans

Il est évident que les actuels gouverneurs des provinces, revêtus des prérogatives importantes, allant même jusqu’à une véritable autonomie,  ne doivent plus souffrir de la même comparaison avec leurs prédécesseurs qui n’étaient que des simples représentants du pouvoir central au niveau des provinces.

Le cordon ombilical de la tutelle administrative et politique qui était exercée par Kinshasa n’existe plus ; du moins sur le plan théorique.  De ce fait, l’action des gouverneurs des provinces doit être appréciée avec rigueur malgré les nombreux obstacles notamment financiers qui jalonnent encore leur parcours.

Force est de reconnaître, malheureusement, qu’à mi-parcours, le bilan de la gestion des gouverneurs des provinces est plus que mitigé dans la mesure où certains d’entre eux ne sont pas parvenus à ‘’booster’’, à canaliser les énergies créatrices de leurs provinces en vue d’un véritable changement.

Combien sont-ils, en effet, ceux des gouverneurs qui ont véritablement aménagé ou réhabiliter des routes de desserte agricole ? Combien sont-ils ceux qui ont géré de manière saine les finances provinciales ? Combien sont-ils ceux qui ont lutté contre l’insalubrité des villes et cités de leurs provinces ? Combien sont-ils ceux qui ont lutté contre la sous-production agricole ?
 
kimbutaPeu d’actions à impact visible
 
On peut citer, ainsi, nombre des secteurs où l’opinion nationale n’a pas senti les retombées de ce changement de cap dans la gestion de la territoriale. Le changement, si changement il y a, a plus été ressenti dans la promotion de certains de nos concitoyens qui ont, grâce à la nouvelle politique, réussi à accéder à la notoriété politique en devenant soit des ministres provinciaux, soit encore des membres des cabinets politiques de ces derniers.

En dehors de cette accession à la notoriété, le travail réel abattu par les membres des exécutifs provinciaux laisse à désirer.

En dehors de quelques gouverneurs des provinces aux initiatives éclatantes ayant un impact réel sur les populations locales, nombreux sont, en effet, des gouverneurs dont les populations déplorent l’immobilisme pur et simple.  Moïse Katumbi Chapwe, gouverneur du Katanga, qui est en passe de réussir le décollage de la province du Katanga avec des initiatives et des actions à impact visibles sur le terrain, est parmi ces rares gouverneurs qui parviennent à relayer l’action de l’exécutif national au niveau provincial.

Sur cette liste très limitative, on ne peut pas se priver d’inscrire le nom du gouverneur du Kasaï-Oriental, Ngoyi Kasanji, qui tient courageusement à redresser un navire dont les gouvernails ont cédé depuis la chute de la Miba. Il aurait à son actif, la construction d’infrastructures routières et la sensibilisation de la population au retour à la terre. Autsai Asenga, l’hôte de la Conférence, justifierait aussi d’un bilan appréciable malgré l’insécurité qui prévaut à Dungu et à Faradje du fait des éléments de la Lra.

autsaiC’est cette insécurité dont quelques poches subsistent dans le Kivu qui pourrait exonérer les exécutifs provinciaux du Nord-Kivu et du Sud-Kivu quant à l’obligation des résultats même si la guerre n’explique pas tout. Comme on le voit, on se trouve donc en présence, hormis ces cas, d’une majorité des provinces où il est très difficile d’évaluer l’œuvre des exécutifs provinciaux à la lumière des moyens financiers, politiques et humains qui sont désormais à leurs dispositions.

Au contraire, on est étonné de constater une mégestion notoire de certaines provinces où les populations se plaignent de l’enrichissement de certaines autorités provinciales au détriment des provinces.  Et pourtant, les moyens financiers ne font pas totalement défauts.

Face à cette territoriale à deux vitesses, il est à craindre l’éparpillement des ressources nationales et le retard de développement de l’arrière-pays. En outre, le Président de la République, responsable numéro un de la gestion du pays est immédiatement concerné par la gestion des provinces où on attend avec impatience son programme de cinq chantiers.

C’est pour dire qu’il est obligé de veiller à la rigueur dans la gestion des provinces. Face à ces réalités, certains pensent que le chef de l’Etat devrait se débarrasser de certains gouverneurs qui, en 2011, ne l’aideront pas à défendre un bilan positif.

(DN/PKF/GW/Yes)

Charles Mukonkole/La République