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D’ordre du Gouvernement, le ministre de la Communication et des Médias L. Mende a interdit aux musiciens congolais la pratique de claironner les noms des personnalités publiques de l’Etat dans leurs œuvres. Tollé général et grincement des dents des intéressés.

kabilaLe décret du ministre L. Mende interdisant désormais aux musiciens de claironner les noms des personnalités publiques et politiques dans leurs œuvres phonographiques a fait l’effet d’un couperet dans le cercle des adeptes d’Orphée.

Le fait que cette décision a été ressentie comme un véritable ukase dans la confrérie artistique, tous ses membres – les rois du show bizz en tête – en sont arrivés jusqu’à oublier pour la circonstance les polémiques qui les divisent et les obligent à se tailler de fratricides croupières chaque fois que faire se peut. La preuve est donc faite sur le pourquoi de ce consensus occasionnel qui durera, croyons-nous savoir, au vu de la détermination qui anime les protestataires tant que durera l’ukase ministériel qu’ils considèrent comme une épée de Damoclès suspendue au-dessus de leur tête..

On aurait accepté que la réaction des intéressés fût dirigée contre le caractère contraignant de cette décision plutôt que contre la décision elle-même, étant donné qu’elle émane d’une autorité qui s’appuie sur une recommandation prise en son temps – le 25 septembre 2005 très exactement - par la Commission de censure qui demandait aux patrons d’orchestres congolais de s’abstenir, dans leurs prestations scéniques et discographiques, de citer les noms des autorités politiques et publiques.

Certes, la lettre de la Commission de censure était plus un avis de bon sens qu’une décision contraignante, mais peut-on logiquement faire grief au ministre de la Communication et des Médias  d’avoir pris son courage des deux mains pour aller au-delà d’où la Commission a eu peur d’aller dans sa lettre du 25 septembre 2005 adressée aux chefs d’entreprise musicale qui se permettent trop de liberté dans des domaines de la morale, enfreignant de ce fait la raison d’être première de son institution qui est précisément celle de veiller à la sauvegarde et à la protection des bonnes mœurs dans la production des œuvres discographiques ?

Qui ne se plaint pas du libertinage excessif dont font montre les paroliers dans moult chansons dans lesquelles des phrases et des expressions on ne peut plus licencieuses  font dresser les cheveux sur les têtes, au point de faire douter de l’existence de cette fameuse Commission de censure qui ne censure strictement rien.

Ceux qui font chorus avec les émules d’Orphée dans leurs protestations contre la décision du ministre Mende auraient sans doute voulu voir ce dernier prendre le relais de la Commission de censure et se voile la face devant les atteintes fréquentes infligées à la morale publique à tour de bras par une frange de citoyens plus préoccupés par la préservation de leurs intérêts personnels que par le souci de ne pas offusquer les règles de bienséance. Si nos musiciens se sont cabrés contre L. Mende, c’est en partie parce que le laisser-faire dont ils ont bénéficié de la part des membres de la Commission en question leur a conféré cette permissivité dans laquelle ils se complaisent.

On a beau reproché au ministre de la Communication et des Médias son autoritarisme propre à l’époque du « Moi, je décide »; on peut s’apitoyer sur le manque à gagner que sa décision entraîne dans le chef des auteurs compositeurs, on peut aussi arguer que cette pratique de citer les noms des personnalités publiques et politiques se fait généralement de commun accord entre les artistes musiciens et les intéressés, ce qui n’est pas forcément contestable en soi, car nous connaissons la propension de nos hommes politiques et publics pour le culte de la personnalité. Mais, pour peu qu’on ait, soi-même, un minimum de personnalité, on peut aussi se demander si l’on a le droit de laisser celle-ci être galvaudée dans des chansons dans lesquelles se mêlent quelques fois des noms de gens peu recommandables, sous prétexte que cela a des allures de mécénat, et que cette pratique nourrit nos musiciens qui vivent dans la précarité. On peut se poser
la question !

Si nous refusons de nous allier avec ceux qui ont pris le parti de justifier la levée de boucliers contre la décision ministérielle pour ce prétexte-ci, nous sommes cependant d’avis avec tous ceux qui pensent que l’occasion leur est donnée par le biais de cette décision, de soulever les causes fondamentales qui empêchent le musicien congolais de ne pas jouir des fruits de son labeur.

C’est pourquoi nous estimons avec eux qu’ils ont pleinement raison de réclamer aux pouvoirs publics de lutter efficacement contre la piraterie de leurs œuvres, et de réorganiser le secteur culturel en commençant par la protection des droits d’auteurs et de compositeur avant de restructurer la Société nationale des droits d’auteurs et de compositeurs des artistes (Soneca) et le Fonds de promotion culturelle. C’est ça le vrai combat que doivent mener nos artistes musiciens et autres.

Orientée dans ce sens, leur démarche auprès du Chef de l’Etat peut aboutir à des résultats probants et profitables à toute leur corporation qui est très marginalisée, reconnaissons-le. Nous sommes très sceptique par contre que l’hôte du Palais de la Nation puisse écouter leurs jérémiades si tant est qu’elles vont se borner à lui forcer la main pour qu’il désavoue un ministre qui a agi dans le sens de la sauvegarde de la morale publique. Tant s’en faut !

(TN/CV/Yes)

Clément Vidibio/MMC



Last edited: 24/06/2009 11:17:40

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