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L’ancien vice-président de la République sous la transition avait soutenu avoir la main mise sur ses éléments et que ses ordres étaient scrupuleusement respectés.

bembaJean-Pierre Bemba sera-t-il jugé pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis en Centrafrique il y a six ans ? La question ne se pose vraiment plus, puisque, depuis le 15 juin dernier, la chambre préliminaire de la Cour pénale internationale (CPI), après avoir épluché des milliers de pages de documents, a indiqué qu’elle avait des preuves suffisantes pour traduire le leader du Mouvement de libération du Congo (MLC) devant la justice. Les faits, on s’en souvient, remontent à 2002 : le président centrafricain, Ange Félix Patassé, est confronté a une rébellion conduite par son ancien chef d’état-major des Armées, le général François Bozizé, qui menace de le déstabiliser. Pour résister à l’assaut des rebelles, Patassé fait appel à Bemba qui dispose d’une organisation militaire opérant dans les forêts de la République démocratique du Congo (RDC).


Ainsi, les miliciens du MLC débarquent par cargaisons pour appuyer « l’ami » du chef. Commence alors une série d’exactions contre les populations civiles qui n’ont pourtant rien à voir avec le conflit : viols, vols, pillages, crimes.

Avec la chute du chef d’Etat de la Centrafrique et l’arrivée de Bozizé au pouvoir en mars 2003, les brimades subies par les Centrafricains sont dénoncées par le nouveau régime qui transmet un dossier y relatif à la CPI.

Un mandat d’arrêt international est lancé contre le leader du MLC en 2007 pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Il sera finalement cueilli quelques mois plus tard (24 mai 2008) à Bruxelles en Belgique. Depuis, les avocats du chairman se débattent pour démontrer aux juges en charge de l’affaire que leur client n’était pas sur place et ne peut, de ce fait, être pénalement responsable des exactions commises.

Or, c’est connu, un commandant de troupes n’a pas besoin d’être physiquement présent sur le théâtre des opérations pour conduire une bataille. Avec les moyens technologiques de nos jours, le chef de guerre dirige à distance ses hommes et reçoit régulièrement des rapports sur ce qui se passe sur le terrain. Autre facteur aggravant à charge encore contre l’ancien vice-président de la RDC sous la transition : ses déclarations dans lesquelles il soutenait avoir une mainmise sur ses éléments et que ses ordres étaient scrupuleusement respectés. L’accusation soutient d’ailleurs qu’il « disposait d’un contrôle total sur ses troupes en Centrafrique et communiquait quotidiennement avec ses officiers sur le terrain et leur donnait même des instructions ».

Jean-Pierre Bemba est donc victime de ses propres propos qui contribuent à l’enfoncer davantage dans la boue. Mais si la procédure ainsi engagée allait jusqu’au bout, l’ancien président Ange Félix Patassé pourrait lui aussi être éclaboussé, car c’est sous sa présidence que les crimes ont été commis et c’est lui qui a demandé le soutien des miliciens de Bemba, lesquels ont semé mort et terreur en Centrafrique. Et ce sera un autre dirigeant africain poursuivi par la justice internationale pour ses turpitudes lorsqu’il était aux affaires.

Malgré les critiques, la Cour pénale internationale reste un instrument efficace de lutte contre l’impunité. Si les tribunaux locaux ne peuvent pas rendre justice, il faut bien une instance internationale indépendante pour demander des comptes aux prédateurs et dictateurs qui tuent et ruinent leur pays pendant des années.

Certes, on peut penser que la CPI s’attaque aux alevins alors qu’il y a de gros requins qui se pavanent dans le monde, mais, en attendant, il faut être irréprochable, c’est-à-dire se comporter en dirigeant responsable, démocrate et soucieux de l’intérêt public pour ne pas être un jour ou un autre dans l’oeil du cyclone. Pendant qu’on y est, pourquoi des présidents tels Wade ou Amadou Toumani Touré, etc. ont la conscience tranquille et ne sont, par conséquent, pas la cible de cette fameuse Cour

Si les Africains ne peuvent pas rendre justice à leurs frères terrorisés, il n’y a rien de mauvais à ce que d’autres le fassent, car on ne peut pas tuer et circuler librement. Rendons donc grâce à la CPI d’inquiéter au moins nos dictateurs, chose qui va dissuader plus d’un de faire dans la mal-gouvernance et les crimes.

(TN/PKF/CL/Yes)

Adama Ouedraogo Damiss/Le Soft



Last edited: 20/06/2009 18:14:00

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