A mi-parcours de leur mandat, ces vacances sont l’occasion pour les élus du peuple de jauger le degré de leur loyauté vis-à-vis des populations qui leur avaient fait confiance.
Après avoir pris momentanément congé lundi dernier du Palais du Peuple, les parlementaires rdcongolais se sont en principe précipités sur la route des vacances. Apparemment le coeur tranquille et l’air insouciant, ivres de bonheur à l’idée de redécouvrir les charmes bucoliques de la campagne, les oreilles bourdonnant encore du satisfecit du vice-président du Sénat et du président de l’Assemblée nationale vantant en choeur la « densité » et la « qualité » de l’oeuvre accomplie par les deux Chambres législatives au courant de la défunte session.
Que ce repos soit mérité ou non, selon l’appréciation des uns et des autres, revoici donc, pour les élus du peuple, le temps du face à face avec l’électorat. Ce retour aux origines, au contact des dures réalités que vit l’incontestable souverain de qui émane tout pouvoir dans une saine démocratie, risque cependant de s’opérer dans un contexte fort éloigné de l’ambiance carnavalesque de 2006. C’est que, dans l’intervalle, beaucoup d’eau a coulé sous le pont des promesses électorales.
La principale caractéristique de ces vacances parlementaires au lendemain d’une session d’avril qui est par ailleurs entrée de manière pour le moins singulière dans l’histoire politique du pays, est qu’elles s’insèrent dans une perspective quasiment de pré-bilan à l’heure où la législature aborde la seconde moitié de son parcours. Autant dire que pour chaque député(e) les deux mois de pause dans le travail législatif correspondent à une étape, celle de la remise en cause d’abord de soi-même au regard des promesses de 2006 semées comme par prodigalité au milieu des électeurs, et ensuite de ses propres certitudes sur sa capacité de tenir les engagements contractés alors sous l’instigation de la pêche aux voix.
C’est donc un instant de vérité pour ceux et celles que les urnes avaient propulsés sur la scène parlementaire. Il se lit sur la crête de l’horizon 2011 en forme d’interrogation: « Qu’avez-vous fait de vos promesses? ». Et puisque le temps qui s’écoule n’accepte aucun compromis avec la vérité des faits - « Le temps est le père de toute vérité », a dit Machiavel - c’est à l’épreuve de leurs faits et gestes que sont à présent confrontés les parlementaires, le regard anxieux tourné vers le compte à rebours qui vient de commencer.
Dès lors, la seule pièce à conviction qu’ils peuvent exhiber pour faire bonne figure auprès de leur base avant l’entame du tiers restant de leur mandat, c’est de démontrer en quoi leur action au Parlement aura participé à l’amélioration des conditions d’existence dans leur circonscription électorale. Malheureusement, sur ce chapitre, bien peu de parlementaires seraient en peine d’identifier par exemple le nombre de bornes fontaines installées, de poteaux électriques implantés, de centres de santé et d’écoles créés ou réhabilités grâce à leur action de lobbying auprès du pouvoir central. Certes, dans ce pays où les promesses occupent une place de prédilection dans les discours, il est toujours tentant pour l’homme politique de s’imaginer que la crédulité populaire peut continuer d’être exploitée à l’infini, et que l’on peut refaire à l’électeur le coup du miroir aux alouettes qui a si bien fonctionné en 2006. Mais, autre temps autres mœurs ! Le peuple congolais n’est pas aussi naïf qu’hier. Son schéma mental, plus que jamais parasité par la pauvreté et la misère, le pousse plutôt à considérer ses élus non pas comme des promoteurs de son bien-être, mais plutôt comme d’impénitents jouisseurs de prébendes.
Ces vacances ainsi situées en période charnière constituent donc pour les parlementaires l’occasion de jauger le dégrée de leur loyauté vis-à-vis des populations qui leur avaient fait confiance. Sur la base sans doute du taux deréalisation de leurs promesses, mais aussi par la manière dont ils ont exercé jusqu’ici leur mandat de représentation, notamment par leur assiduité aux séances et leur contribution à l’élaboration des lois destinées à faire avancer le pays sur la voie du progrès.
Soyons justes : sous ces deux angles, il serait dommage de cracher toute la bouchée à partir de quelques graines pourries, et donc de jeter l’anathème sur l’ensemble des parlementaires. Mais, toujours est-il qu’au-delà de l’absentéisme qui a considérablement déteint en particulier sur la réputation de l’Assemblée nationale, un certain nombre d’élus du peuple n’ont, au cours de cette première moitié de législature, rien révélé de député, sinon le simple fait de siéger dans la salle des Congrès et de parader dûment muni des commodités du mandat.
D’ici à la rentrée de septembre, combien seront-ils en mesure de dire qu’ils ont passé de bonnes vacances, qu’ils ont ramené de leur base des éléments probants de leur future réélection? Quoi qu’il en soit, les présentes vacances parlementaires, en ce qu’elles précèdent une rentrée (celle de septembre) annonciatrice de mutations significatives au plan institutionnel, peuvent utilement servir de prétexte aux élus pour porter remède à ces comportements égoïstes dont la masse des ventre-creux leur fait constamment le reproche.
Car en définitive, ce que la population souhaite dans le fond du fond de sa misère, c’est qu’entre elle et la classe politique qui la représente, s’établisse une seule société qui a pour nom le bien commun dont, hélas, la majorité des hommes du pouvoir n’a qu’une médiocre pratique. Puisse donc qu’au terme de leurs vacances les élus, dûment nourris des récriminations de leurs bases respectives et de leurs attentes encore insatisfaites, aient enfin à coeur de donner cette fois-ci, quand bien même ce serait sur le tard, la chance à l’espérance pour ce peuple congolais si attachant et si digne nonobstant la précarité de sa condition.
(TN/Th/DN/Yes)
Tukulu Nd/Salongo
Last edited: 19/06/2009 17:54:17