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Gestation de la future armée congolaise : Pieter De Crem, ministre belge de la Défense, et son homologue congolais Charles Mwando Nsimba ont signé mardi 16 juin dernier un arrangement technique qui prévoit pour 2010 et 2011 le lancement d’une première promotion d’officiers congolais formés à l’Académie militaire de Kananga.

pieter decremL’effondrement, en 1997, du régime de Mobutu face à l’avancée fulgurante des troupes de l’Alliance des forces démocratiques de libération (Afdl) sous la conduite de Laurent-Désiré Kabila a aussi sonné le glas des Forces armées zaïroises (Faz), l’une des armées du continent réputées pour leur savoir-faire sur le terrain militaire.

Aujourd’hui, 12 ans après la désagrégation de son armée, la République démocratique du Congo se débat dans une situation de vulnérabilité excessive, particulièrement sur ses frontières de l’Est et du Nord d’où lui viennent agressions, invasions et rébellions qui menacent dangereusement sa souveraineté aussi bien que son intégrité territoriale.

Au Nord-Kivu, pour être plus précis, la présence plus qu’étouffante depuis de nombreuses années des rebelles hutus rwandais dans les trois territoires que compte cette province (Masisi, Walikale et Rutshuru) illustre de la lus belle manière la vulnérabilité, très palpable, qui prive la Rd Congo des ressources militaires appropriées susceptibles d’assurer efficacement la défense d’une partie de la République dont les populations sont aujourd’hui en butte aux pires avanies de la part de cette soldatesque cruelle venue d’un pays voisin. Ces rebelles qui se comportent comme en pays conquis soumettent les autochtones à toutes sortes d’exactions infâmantes : massacres, viols, incendies de villages et de récoltes, pillages et que savons-nous encore ! Le seul crime qu’ont commis ces populations contraintes maintenant à l’exode est celui d’avoir accordé en 1994 l’hospitalité à ces soudards qui avaient fui leur pays d’origine après y avoir participé au génocide de leurs cousins tutsis.

Après plusieurs tentatives infructueuses menées pour résoudre militairement la problématique de la présence de ces rebelles sur le territoire congolais, tentatives qui ont montré leur limite opérationnelle pour plusieurs raisons : amateurisme des hommes de troupe, détournement de leur solde et de leurs ravitaillements, obsolescence des équipements de combat, sédentarisation prolongée aux avant-postes des frontières de la quasi-totalité des éléments appartenant aux ethnies transfrontalières, etc, etc.

Telles qu’énoncées, ces lacunes ne peuvent que prédisposer la meilleure armée du monde à entretenir des hommes dont le rendement ne peut qu’être sujet à caution. Réduits à vivre d’expédients, ils sont forcés bon gré mal gré de vivre sur le dos des « civils » et se détournent de leurs obligations de servir la patrie, même au prix du sacrifice suprême comme ils le disent dans leur prestation de serment militaire !

La condition du militaire congolais ainsi décrite n’est pas seulement caractéristique au Nord-Kivu. Elle est en effet constituée par autant de tares qui ont gangrené l’ensemble du corps des Forces armées de la Nation. D’où la nécessité qui s’impose de procéder à la réforme de cette armée, mieux, à la mise sur pied d’une armée digne de ce nom, capable d’accomplir sans bavures mais avec bravoure et abnégation toutes les missions relevant de la défense de l’intégrité territoriale de la République.

Perçue sous le prisme réflecteur de cette perspective, la mission que vient d’effectuer en Belgique le ministre de la Défense Charles Mwando Nsimba est significative de la volonté qui anime le président congolais Joseph Kabila Kabange de doter la République démocratique du Congo d’une armée moderne.

A Bruxelles où il a séjourné pendant quelques jours à l’invitation de son homologue belge Pieter De Crem, le ministre congolais de la Défense Ch. Mwando Nsimba a signé mardi 16 juin 2009 avec son hôte un arrangement technique qui prolonge le Programme de partenariat militaire (Ppm) et qui définit les engagements respectifs pris par les deux pays dans le cadre de la coopération militaire lors des précédentes rencontres entre ministres congolais et belge de la Défense aussi bien à Bruxelles qu’à Kinshasa.

mwandoOn sait par exemple que, pour 2010 et 2011, cet accord prévoit la poursuite de l’encadrement d’un bataillon commando déjà formé par les instructeurs belges à l’Académie militaire de Kananga, ainsi que la formation et le suivi d’un second bataillon commando. Le texte s’y rapportant indique clairement que « la partie belge finalisera à Kindu, chef-lieu de la province du Maniema, dans l’Est du pays), la formation de ce premier bataillon commando dès la fin de la mise en place et sera suivi de sa mise en condition dans le domaine de l’entraînement, de l’administration et de la logistique en y déployant en permanence une équipe d’experts ».

L’arrangement technique militaire signé entre la Rd Congo et la Belgique se situe en droite ligne dans la volonté  commune exprimée par le gouvernement congolais et ses partenaires occidentaux de restructuration des Fardc. Cette restructuration s’impose en raison des impératifs sécuritaires, des enjeux économiques régionaux et internationaux qui incitent Kinshasa à manifester réellement ses intentions d’accorder le bénéfice de l’urgence à cette question pour mettre sur pied cette nouvelle armée républicaine.

On ne peut douter de ces intentions quand on sait par ailleurs que le 1er juin dernier, Nelson Azevedo, ministre brésilien de la Défense, a signé avec son homologue congolais Ch. Mwando Nsimba à Kinshasa un accord du même genre qui vise à assurer  la formation des officiers congolais dans les académies et grandes écoles militaires brésiliennes.

Il convient enfin de noter que, dans une optique communément partagée par les deux gouvernements congolais et brésilien, ce partenariat vise à ce que les officiers de la future nouvelle armée congolaise soient nantis des capacités devant leur permettre d’assurer correctement et efficacement leurs fonctions. 

Ch. Mwando Nsimba dans le chantier de la réforme de l’armée

Il n’est pas étonnant de constater que Charles Mwando Nsimba s’investit avec autant de détermination et de fébrilité pour la conclusion des différents accords de coopération militaire qui se conçoivent tous dans la perspective de la réforme de l’armée. Il faut se rappeler en effet qu’il a longtemps dirigé l’ancienne province du Kivu aujourd’hui éclatée en trois entités (Nord-Kivu Sud-Kivu et Maniema). Il doit sans doute se souvenir qu’à cette époque, les frontières de cette province n’étaient pas aussi poreuses qu’elles le sont aujourd’hui du fait qu’elles jouissaient à son époque de la protection d’une armée intraitable qui ne badinait pas avec la sécurité aux frontières nationales.

Les voisins rwandais en savent quelque chose. Ils ne sont sûrement pas amnésiques au point d’oublier l’exploit réalisé à Kigali par un certain général zaïrois Mahele qui, à la tête d’une unité commando de la Dsp, a stoppé l’avancée vers la capitale rwandaise des troupes du Fpr, et sauvé le pouvoir de Juvénal Habyarimana. Si nous évoquons ces souvenirs, c’est beaucoup moins pour manifester un quelconque sentiment d’hostilité que pour rappeler un fait d’histoire qui ne peut en aucun cas nous faire oublier que si nous partageons avec nos voisins rwandais une frontière commune, nous le devons tous à un destin qui nous est commun, et dont nous ne saurons jamais modifier le cours, quoi que nous fassions.
 
Cette armée-là, ce genre d’officiers hors pairs de la trempe de Donat Mahele et autres Félix Mbudja Mabe dont nous évoquons la bravoure sont les parangons de ceux que l’on vise à créer au-delà des initiatives confiées par le président Kabila à Charles Mwando Nsimba en prévision de la réforme de l’armée.

De plus, cet homme qui a reçu mission d’accélérer la réforme des Forces armées de la Rd Congo a également dirigé le ministère de l’Intérieur et Sécurité dans un des gouvernements Kengo. C’est dire qu’il est rompu à ces questions liées à la défense des frontières du pays. Ce n’est donc pas par un pur hasard si Charles Mwando Nsimba se trouve au four et au moulin dans la matérialisation de la volonté du Président de la République de doter le pays d’une armée capable de redorer un jour son blason souillé.

L’arrangement de Bruxelles : un jalon dans le sens de la réforme des Fardc

Pour revenir à l’arrangement technique militaire belgo-congolais qui vient d’être signé à Bruxelles, le déploiement de ce bataillon d’élite de 450 soldats déjà en cours de réalisation pour le moment ( ndlr : un délai de quarante-huit heures après la signature de cet arrangement est mentionné dans l’accord ) est révélateur de la véritable mission qui est assignée à cette unité qui préfigure la puissance militaire attendue d’un pays : celle de la protection des personnes et de leurs biens, en sus de la garantie d’assurer l’inviolabilité des frontières nationales.

Tous ces efforts entrepris à Kinshasa comme à Bruxelles, avec les partenaires belges, brésiliens et autres tendent vers la naissance de cette nouvelle armée ardemment souhaitée par tous et impatiemment attendue.

Dans un avenir qui n’est pas très éloigné, la problématique de la présence des Fdlr cessera de l’être dès que cette nouvelle armée recevra sa feuille de route opérationnelle, nous n’en sommes que plus convaincus.

(DN/CV/Yes)

Clément Vidibio/MMC



Last edited: 18/06/2009 16:54:26

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