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La chambre préliminaire II de la Cour pénale internationale n’a pas attendu la fin du délai de 60 jours pour se prononcer sur l’affaire Jean-Pierre Bemba : lundi 15 juin elle a rendu sa décision ordonnant son jugement pour cinq crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Des perspectives plus que sombres pour le leader de l’ex rébellion congolaise !

bembaTrois jours après la décision de la chambre préliminaire II de la Cour pénale internationale ordonnant son jugement, est-il hâtif d’épiloguer sur un ton pessimiste sur le sort de Jean-Pierre Bemba, président du Mouvement de libération du Congo (Mlc) écroué à titre préventif et conservatoire dans la prison de La Haye ?

Gardons-nous des supputations hasardeuses et voyons plutôt l’orientation juridique dans laquelle s’engouffre d’ores et déjà ce procès qui va décider du sort du « chairman » plus que jamais incertain. Car on peut dire sans crainte d’être démenti que la tournure prise par cette affaire laisse très peu de champ de manœuvre à la défense de l’ancien chef rebelle qui endosse aujourd’hui toute la responsabilité des monstruosités commises par ses hommes de troupe en terre centrafricaine entre octobre 2002 et mars 2003 à l’invitation de l’ancien président centrafricain Ange-Félix Patassé dont le pouvoir était menacé.

Pour Luis Moreno Ocampo qui instruit cette affaire, l’inculpation de JPG coule de source : si le corps expéditionnaire de sa milice s’est retrouvé à Bangui, c’est à l’invitation que le président centrafricain a expressément adressée à ce dernier en tant que chef de ce corps. Et celui-ci aurait fait droit à la requête du président Patassé, car tout indique que sa milice lui obéissait au doigt et à l’œil sur tous les fronts des opérations où celle-ci opérait.

A ceux qui font observer par la suite que Jean-Pierre Bemba n’a pas ordonné à ses milices de commettre les exactions qu’on leur reproche, les hommes de Luis Moreno Ocampo rétorquent que cela importe peu. Et, selon la représentation de la Cour pénale internationale à Kinshasa, ces seuls aspects du problème suffisent pour prouver l’inculpation du « chairman » dans cette affaire et démontrer la responsabilité pénale qui lui incombe.

Aussi pour dissiper tous malentendus et autres amalgames politiciens qui tendent à réduire l’affaire JP Bemba devant la Cpi en un procès politique, il importe que nous rappelions que le leader du Mlc fait l’objet de poursuites intentées contre sa personne par le gouvernement de la République Centrafricaine pour des faits imputés à sa milice. De ce fait, aucune incrimination n’est à imputer au gouvernement de Kinshasa qui, en tant que pays signataire de la Convention de Rome qui institue la Cour pénale internationale s’interdit d’interférer dans une affaire dans laquelle est impliqué un ressortissant de son pays. Ce distinguo est nécessaire, parce qu’il a le mérite de clarifier une situation que d’aucuns cherchent à embrouiller pour les besoins de la cause.

Il faut également qu’il soit expliqué que devant la Cpi, les infractions de meurtres à grande échelle, de viols et de pillages, sont assimilées aux crimes de guerre et aux crimes contre l’humanité. Ils valent une peine d’emprisonnement à perpétuité à leurs auteurs et à ceux qui, sensés avoir une quelconque autorité morale sur ces derniers laissent commettre ces crimes.
 
Si au terme du procès à intervenir à une date non encore arrêtée il advenait que Jean-Pierre Bemba sera condamné, il va de soi que l’on pourra alors mettre une croix sur sa carrière politique. La question de la survie du Mlc dans sa configuration actuelle deviendrait alors hypothétique. Mais on n’en est pas encore à cette hypothèse redoutée et, à ce stade de l’avancement du procès, rien n’autorise de pronostiquer a priori une issue défavorable au leader du Mlc, tout comme il faut se garder de se bercer de trop d’illusions sur le sort qui l’attend au terme du jugement à intervenir. D’ici là, voici venu le temps du suspense et de l’exaspération.

Pourvu que l’on ne perde pas le nord devant la nouvelle tournure que prend cette affaire. Que ceux qui sont capables de gérer les grandes douleurs fassent montre de leurs talents pour éviter que l’infortune qui s’est abattue sur le « chairman » ne donne pas prétexte à des intoxications des esprits en vue des manifestations de rue. Surtout en ce moment où le pays est confronté à la quadrature de l’insécurité qui prévaut dans les parties orientale et méridionale de son territoire. Ayons toujours à l’esprit que les hommes passeront, mais que le pays demeurera.

(DN/CV/Yes)

Clément Vidibio/MMC



Last edited: 17/06/2009 12:51:22

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