Encore un frein à l’intégration pourtant convenue des éléments armés du CNDP dans les FARDC : des fidèles de Laurent Nkunda résistent à cette opération pour recommencer les troubles et les perturbations de la paix dans la province du Nord-Kivu.
La guerre est finie. Toutes les barrières érigées le long des routes dans la province du Nord-Kivu ont été levées et la circulation des personnes et des biens a repris. Les déplacés commencent à regagner leurs villages. Les écoles, les hôpitaux et les autres services publics de l’Etat ont repris des services dans toutes les zones jadis occupées par le Conseil national de la défense du peuple (Cndp). Pendant ce temps, les Forces armées de la République démocratique du Congo (Fardc) appuyées par la Monuc multiplient les opérations de ratissage (Kimia II) pour nettoyer ce qui est encore comme poches de résistance des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (Fdlr) et des autres groupes armés réfractaires au processus de paix, après l’opération Umoja wetu organisée conjointement par les armées congolaise et rwandaise contre ces rebelles hutu rwandais.
Mais ces opérations de nettoyage des résidus de Fdlr sont contrées par les ennemis de la paix. En effet, opposés au retour volontaire dans leur pays dans le cadre du programme Ddrrr, les rebelles hutus rwandais sérieusement traqués par les Fardc sont devenus trop agressifs. Opérant en petits groupes, ces rebelles qui attaquent souvent par surprise tuent, pillent et commettent toute sorte de crimes sur la population, cette dernière est obligée de se déplacer pour trouver refuge dans des zones beaucoup plus sécurisées.
A la faveur de la signature de l’accord du 23 mars 2009, le Cndp a décidé d’intégrer ses combattants au sein des Fardc. Les officiers de ce mouvement ex-rebelle commandent la plupart des unités déployées dans les provinces du Nord et Sud-Kivu. Avec ce déploiement, le Cndp a pris, sans que Kinshasa le sache peut-être, le contrôle de tous les points stratégiques de ces deux provinces. A en croire des élus de ces deux provinces, le Cndp continue à percevoir des taxes dans certaines contrées sous prétexte d’assurer la prise en charge de leurs blessés, des orphelins et autres veuves. Car le gouvernement central, qui avait décidé de le faire, n’a pas jusque-là honoré ses engagements.
En outre, des sources renseignent que le Cndp fait le stockage de certaines denrées alimentaires, notamment du maïs dont plus de deux mille sacs auraient été découverts dans le Masisi. Selon les mêmes sources, la quasi-totalité des combattants du Cndp intégrés dans les Fardc s’opposent farouchement à leur déplacement dans d’autres provinces du pays, au motif qu’ils avaient pris des armes non pour servir le pays sous le drapeau, mais plutôt pour défendre la terre de leurs ancêtres qu’ils ne quitteront jamais.
Pendant ce temps, on assiste à des conflits ouverts entre les pro-Nkunda et les pro-Ntaganda. Le premier groupe reproche au second ses opérations de démantèlement des caches d’armes dans les zones jadis sous contrôle du Cndp et accuse Ntaganda de traître de leur cause au profit de Kinshasa. Ce groupe tient également plusieurs réunions politiques dont l’objet n’est pas connu.
Le conflit entre ces deux groupes montre que l’accord du 23 mars 2009 a été signé dans une sorte de précipitation sans trop se soucier de la récupération par les Fardc de tout l’arsenal militaire du Cndp. Si réellement le Cndp avait signé cet accord de gaieté de cœur et s’il n’avait pas d’agenda caché, pourquoi n’avait-il pas remis son arsenal aux Fardc et pourquoi ses ex-combattants sont-ils réfractaires au déploiement dans d’autres provinces du pays en tant que militaires des Fardc ? De quoi ont-ils peur ? C’est un véritable défi que doit relever le ministre de la Défense qui, lors de son interpellation vendredi 12 juin devant l’Assemblée nationale, a annoncé une nouvelle mise en place de tous ces commandants d’unités.
Le tableau ainsi peint indique clairement que l’attitude affichée par le Cndp, malgré sa mutation en parti politique, n’est pas de nature à concourir au développement de la paix et de la stabilité dans le Kivu. Si cette équation Cndp n’est pas bien réglée, on risque d’assister à une nouvelle guerre. Celle-ci placera les Fardc, qui se recherchent encore jusque-là, entre deux feux, celui des Fdlr, d’une part, et celui du Cndp, d’autre part.
Comme cela l’a été avec le Rcd-Goma en 2003, les tireurs des ficelles du Cndp donnent toute l’impression de vouloir gagner quelque chose de plus à Kinshasa, tout en gardant les mêmes ambitions de nuisance dans les Kivu. Au gouvernement congolais et aux facilitateurs de l’Onu et de l’Union africaine, Olusegun Obasanjo et Benjamin Mpaka, de s’assurer sur les intentions réelles du Cndp qui parait s’être dédoublé à ce jour.
(Milor/DN/GW/PKF)
La République
Last edited: 16/06/2009 17:07:54