Le Chef de l’Etat va effectuer le déplacement à Libreville au Gabon où il assistera aux côtés de nombreux de ses pairs d’Afrique et de France aux obsèques prévues mardi de feu président gabonais El Hadj Omar Bongo Ondimba décédé le 8 juin à Barcelone en Espagne.
Le président de la République, Joseph Kabila Kabange, se rend ce lundi à Libreville, capitale de la République du Gabon. Le chef de l’Etat assistera ainsi aux obsèques du président gabonais, Albert-Beranrd Bongo décédé à Barcelone, en Espagne, le 8juin 2009. Président en exercice de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale, CEEAC, le président de la République sera accompagné d’une forte délégation des officiels congolais.
Au lendemain du décès de Bongo, le chef de l’Etat avait déjà exprimé sa profonde tristesse devant cette perte incommensurable pour le peuple gabonais et toute l’Afrique centrale. Il avait saisi cette opportunité pour adresser les condoléances les plus attristées du peuple congolais au peuple gabonais.
De nombreuses personnalités politiques sont également attendues dans la Capitale gabonaise pour assister à ces funérailles qui se dérouleront demain, mardi. Mais c’est dans l’intimité que le président Bongo sera enterré jeudi, à Franceville, deuxième ville gabonaise.
Des pompes solennelles pour l’adieu au doyen de la France-Afrique
C’est ce mardi que seront célébrées les funérailles officielles du Président Omar Bongo Ondimba à Libreville en présence de nombreux de se pairs qui viendront de la sous région de l’Afrique et de l’Europe. Selon le programme du gouvernement gabonais, la dépouille mortelle sera transférée à Franceville ce même jour, où il est prévu une journée d’hommage avant l’inhumation le jeudi 18 juin dans cette même ville de sa région natale du Haut Ogoué.
Le Président Bongo on le sait, est décédé le 8 juin à l’hôpital Quiron de Barcelone et sa dépouille mortelle est arrivée le 12 juin à Libreville. Après avoir constaté la vacance du pouvoir et comme le prévoit la Constitution gabonaise, la Cour Constitutionnelle a confié les fonctions de Chef de l’Etat à la présidente du Sénat Rose Francine Rogombe. Il est prévu normalement que les élections puissent être organisées dans les 45 jours qui suivent.
Qui était Omar Bongo Ondimba
Il s’appelait Albert Bernard Bongo et était né le 30 décembre 1935 à Lewaï aujourd’hui rebaptisée Bongoville près de Franceville. Il était le benjamin d’une famille d’agriculteurs de 12 enfants. Il avait servi dans l’armée française après ses études primaires et secondaires au Congo (Brazzavitle). A son retour au pays, il travaillait dans l’administration aux postes tout en fréquentant l’entourage du Président Léon M’ba dont il deviendra le bras droit et plus tard dauphin. Il lui succède le 2 décembre 1967 et devient à 32 ans le plus jeune Chef de l’Etat d’Afrique. Il fonde le Parti Démocratique Gabonais en 1968. Il est franc-maçon en 1965 et se fait baptiser catholique pour être reçu en audience par le Pape Paul VI. C’est en 1973 qu’il se convertit à l’Islam et adopte le prénom d’Omar. De l’ethnie Batéké, il a eu comme épouse du premier lit Joséphine Nkama dite Patience Dabany (1959-1986) et du second lit Edith Sassou Nguesso (1990-2009).
L’homme d’une forte personnalité
En créant le Parti Démocratique Gabonais, Omar Bongo a débuté avec des méthodes qui ont affiché sa forte personnalité tout au long de son parcours politique. C’est à partir de 1968 que la Constitution gabonaise a été modifiée d’abord pour supprimer le poste de Vice-président de la République et ensuite pour institutionnaliser le parti unique. Il est vrai cependant qu’en 1967 Omar Bongo Ondimba a accédé au pouvoir dans de conditions très particulières. C’est ainsi que pour justifier la « redynamisation » de l’Etat à partir du parti unique, les hommes expérimentés, les anciens hauts fonctionnaires et autres grands commis de l’Etat sont écartés.
Il en est de même des fortes personnalités civiles et militaires. A cette époque, il n’y avait qu’un slogan à la fin des années 60 « Place aux jeunes » le Président Bongo se devait de reconstruire l’appareil de l’Etat avec des hommes de sa génération sur lesquels il avait une parfaite mainmise. Il s’est entouré des hommes et des femmes avec lesquels il a constitué un gouvernement ouvert à toutes les suggestions et prêt à utiliser toutes les bonnes volontés dans l’intérêt du pays. Cette méthode lui a permis de consolider son pouvoir jusqu’à sa mort, parce qu’il est resté le seul qui distribuait les rôles et les missions.
Bongo, un baobab africain s’en va !
“Je ne suis pas une pierre. Un jour, je m’en irai. Je sais qu’il y a autour de moi de jeunes gens pleins de talents (...) Mais encore un peu de patience!”... El Hadj Omar Bongo ne croyait pas si bien dire au cours d’une journée de 2006, lorsqu’il se confiait à un journaliste français de Radio-France internationale. Désormais, le Gabon sera sans lui. En français d’Afrique, baobab se dit par extension d’un très grand arbre quelle qu’en soit l’espèce. Et pourtant, le mot en soi est un emprunt à l’arabe « baobab » qui signifie un « fruit aux nombreuses graines ». Dans les deux cas de figure, Omar Bongo Ondimba a été un grand baobab. Un arbre de paix, un ombrage bienheureux contre plusieurs rayons de soleil qui menaçaient la paix en Afrique Centrale en particulier.
Dans son message de condoléances émouvant adressé au Premier ministre gabonais, Jean Eyeghe Ndongh, le Président Joseph Kabila lui dit sa « vive émotion et sa grande consternation » d’apprendre le décès de son homologue, El Hadj Omar Bongo Ondimba né Bernard. Le Chef de l’Etat congolais, en sa qualité de Président des Etats membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique Centrale (C.E.E.A.C), reconnaît à l’illustre disparu le bénéfice d’avoir joué un rôle important dans la résolution pacifique de bon nombre des conflits armés en Afrique. De même, il a relevé le caractère incontestable du rôle qu’il a joué de son vivant dans l’intégration régionale en Afrique Centrale, d’où il a été partie prenante de tous les forums sur les grandes questions concernant notre continent et le reste du monde.
N’en déplaise au député français, Noël Mamère, au regard de la sincérité qui se dégage de la psychologie des foules gabonaises, qui se rangent depuis quelques jours au Palais présidentiel, attendant des heures leur tour pour s’incliner devant la dépouille de l’ancien doyen des Chefs d’Etats d’Afrique. El Hadj Omar Bongo était tout sauf « une crapule ». En tout cas, pas pour son peuple pour qui il était la pierre angulaire du jeu politique national, ni pour la majorité de ses pairs africains ainsi que leurs peuples. Encore moins pour les partis politiques gabonais dans leur diversité, qui y ont envoyé leurs délégations et leurs acteurs politiques de premier plan.
Les funérailles de grands noms - écrivait Jacques Julliard commentant le spectaculaire sur la mort de François Mitterrand- nous renseignent en général sur les formes symboliques de croyances collectives à une époque donnée. Au-delà de leur objet propre, complète-t-il, elles constituent de grands rassemblements communautaires, où le corps du mort tient lieu d’eucharistie entre les vivants. La disparition du Président Bongo est une démonstration puissante du caractère multidimensionnel de son personnage public. En tant que musée d’un modèle politique inspiré des valeurs traditionnelles africaines. Où, le Chef est plus un rassembleur qu’un comptable tatillon des côtes de bonne gouvernance délivrées par l’opinion publique internationale.
La paix, cette manne indispensable à toute croissance démocratique ou développementale, a été un défi gagné indiscutablement par Omar Bongo. Comme Houphouët Boigny, ce dernier aimait faire une symbiose entre lui et son peuple. Tout a fait comme le vieux « Nana » (patronyme affectif des Ivoiriens pour désigner Houphouët Boigny). Il a préféré être un « bon paysan » pour son peuple plutôt qu’un intellectuel galonné des titres comme Senghor de l’Académie française.
Omar Bongo, a-t-il pensé, comme Bonald, que la société a d’abord été famille et puis Etat? En tous cas, depuis 1967, date de son accession au pouvoir avec le soutien de Charles de Gaulle - certainement conseillé par Jacques Foccart-Bernard Bongo n’avait pas été comme son prédécesseur, Léon M’Ba, renversé une seule fois (en 1964), avant d’être reconduit dans les affaires grâce à l’intervention de parachutistes français. On retiendra, du moins, qu’il a toujours entretenu d’étroites relations avec la France qui est présente militairement (10.000 hommes) et économiquement. Même le secret de ce que l’on appelle la « Francafrique » est signé aussi de sa main.
Aussi, si ses réélections successives, en 1973, en 1998, puis en 2003 ont été vivement contestées par l’opposition, sur terrain, néanmoins, son inspiration de la sagesse africaine -il disait qu’il « avait grandi comme un arbre »- a eu raison de beaucoup de ses détracteurs. Etait-ce là le meilleur modèle de gestion des ressources importantes gabonaises, dont les industries extractives du pétrole, du manganèse et de l’uranium à côté de l’ébène, du caoutchouc, de l’ivoire et du bois? Le peuple gabonais tranchera.
Mais, qu’est-ce qu’il serait indécent d’oublier cette autre dimension culturelle de l’homme Bongo, qui a de son vivant financé grassement et logé convenablement les bureaux du Centre International des Civilisations Bantoues (CICIBA). Parce qu’il croyait en la parole comme vecteur du dialogue et aux ressources culturelles comme solution aux conflits politiques et humains. En tant que tel, il a su faire du Revenu par habitant du peuple gabonais le plus élevé d’Afrique. Quand bien même sa population fut aussi très pauvre à certains lieux. Un baobab s’en va, attention à l’espace resté vide de son ombrage qui risquerait de faire payer très cher à ses concitoyens le retour des rayons d’un soleil accablant. Si on n’y prend garde, dans ce pays peu peuplé, certes, mais au climat chaud et humide.
En attendant, le peuple gabonais nous a donné jusque-là la preuve d’avoir été préparé d’être mûr et solidaire face aux principes de la continuité du pouvoir. Cette dignité là mérite qu’on la retienne. Même si il a eu, comme dirait le vulgaire, des vertus et des vices « de prince », El Hadj Omar Bongo a été un « homme-histoire » pour son pays et pour l’Afrique. Un leader qui n’a pas eu des gestes étriqués, mais amples pour plusieurs. Un baobab s’en va.
(Milor/TH/ND/GW/PKF)
Jean-Marie Vianney Longonya Okungu Dembe D’ote/ACP/Le Potentiel