Tout est bien qui finit bien : députés et sénateurs ont pris congé lundi 15 juin de l’hémicycle du Palais du peuple où trois mois durant ils ont été conviés à enrichir autant que faire se peut l’armature juridique de la République démocratique du Congo dans sa quête de devenir un Etat de droit.

La clôture de cette session nous impose deux réflexions. La première s’articule sur deux points : l’assiduité des élus du peuple aux travaux parlementaires. Absentéisme serait peut-être le terme le plus approprié pour qualifier l’apparent désengouement qui a caractérisé la participation de beaucoup d’entre eux, surtout au cours des plénières de ces trois dernières semaines. A la chambre basse plus particulièrement, l’hémicycle n’a pas toujours fait le plein de ses occupants, et beaucoup de députés se sont présentés dans la salle bien après l’arrivée du président de leur bureau. Evariste Boshab a fait preuve d’une ponctualité exemplaire qui n’a malheureusement pas fait des émules parmi ses « chers collègues ». C’est regrettable ! Mais, connaissant ses inclinations pour la discipline, on peut espérer qu’il ne manquera pas à remédier la situation lors de la session prochaine.

La seconde se  concentre sur le bilan de cette session qui vient de s’achever. Nonobstant les deux accrocs de comportement sus évoqués et que le « speaker » de l’Assemblée nationale a intentionnellement omis de signaler dans son allocution de circonstance, un seul paragraphe de cette allocution de clôture prononcée résume le bilan de cette session : « En 59 jours, a-t-il dit, nous avons réalisé beaucoup par rapport à notre calendrier des travaux ». Cet euphémisme emprunté par l’orateur pour souligner l’abondante production législative qui a caractérisé ses 59 premiers jours au perchoir de la chambre basse n’a pas manqué de mettre en relief l’autre attribut du pouvoir dévolu au Parlement, en l’occurrence celui qui a trait au contrôle parlementaire sur la marche du gouvernement de la République.

A cet effet, Evariste Boshab a utilement rappelé à l’opinion que pendant ce laps de temps qu’a duré cette session ordinaire de mars qu’il était en train de clore, « vingt-deux initiatives dont une motion d’interpellation, deux motions de défiance, six questions orales avec débat et plusieurs autres d’actualité ont émaillé le calendrier des travaux de cette session. Majorés de l’abondante moisson législative qui constitue un actif plus que positif, ces points qui ont enrichis le calendrier de l’Assemblée nationale ont conforté le nouveau président du bureau de la chambre basse dans un sentiment d’autosatisfaction légitime, ne serait-ce que parce que, ainsi qu’il l’a souligné lui-même, à tout considérer « ceci constitue un record jamais battu dans l’histoire récente de cette législature ».

A ce bilan largement positif exprimé par le président de l’Assemblée nationale à la clôture de cette session de mars 2009 s’oppose comme par ricochet celui qu’a présenté le gouvernement presque par mimétisme, à travers la prestation de la quasi totalité de ses membres qui ont défilé devant la représentation nationale pour répondre de la gestion de la chose publique qui leur est confiée.

En effet, en 59 jours, les députés ont soumis le Premier ministre Aqolphe Muzito et plusieurs des membres de son gouvernement à un exercice d’évaluation forcée de leurs capacités managériales des ministères placés sous leur responsabilité respective.

Sans nous appesanti sur le fond de ces prestations dont la plupart n’ont pas paru convaincre les membres de l’Assemblée nationale quant à la solidité des argumentations qui ont étayé les réponses de certains ministres sur les questions orales et autres d’actualité qui leur ont été adressées,  ces différentes prestations, disons-nous ont constitué autant de tests oraux sur lesquels le président de la République ne manquera pas de puiser matière à réflexion pour se faire une idée objective sur les hommes qu’il doit maintenir ou non au futur gouvernement en gestation.

Car il faut bien se dire que les retransmissions des séances plénières autant de la chambre basse que de la chambre haute auxquelles le public a assisté ont pour la plupart laissé à l’opinion une impression d’incurie pour les uns, d’absence d’orthodoxie dans leur gestion pour certains d’entre eux. Et cela ne semble pas non plus avoir échappé à l’attention du Raïs qui suit ces retransmissions même en différé.

Il serait absolument naïf de croire que ces différentes prestations n’ont pas manqué d’enrichir ses propres considérations et observations sur la valeur intrinsèque de chacune des personnalités qu’il a été obligée d’embarquer dans la pirogue de l’Exécutif par le biais des arrangements politiques avec les partis et entités qui composent sa majorité politique. Fort de ces appréciations, il ne lui sera que plus aisé d’opérer un remodelage qualitatif, efficace et déterminant de cette nouvelle équipe sur laquelle il va investir ses espérances en vue des enjeux politiques importants qui  pointent à l’horizon.

(CV/ND/PKF)

Clément Vidibio/MMC