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L’Est et le Nord de la République Démocratique du Congo sont toujours en proie à une insécurité que les mots manquent à qualifier, avec la présence des rebelles ougandais et rwandais qui continuent de semer mort et désolation au sein des populations locales.

La question de l’insécurité qui a élu domicile dans les parties orientale et méridionale de la République démocratique du Congo a été la semaine dernière au centre des préoccupations des élus du peuple, ainsi que des membres de l’organe exécutif du pays qui sont en charge de la Sécurité et Défense. Il en est de même des trois responsables des armées de la République démocratique du Congo, de l’Ouganda et de la République centrafricaine. Ils se sont réunis cette même semaine dans la ville congolaise de Kisangani en une tripartite sécuritaire dont l’objectif a été de mettre sur pied  des stratégies pour en finir avec la LRA, une rébellion ougandaise qui a ses arrières bases en  Rd Congo  et qui a fait des percées en République Centrafricaine où ses combattants trouvent refuge aussitôt après avoir opéré des coups de main dans notre pays.

Les deux rébellions ougandaise et hutu rwandaise constituent une problématique sécuritaire telle qu’il faut coûte que coûte trouver les voies et moyens pour en finir avec les activités criminelles que ces hordes sauvages mènent sur les populations innocentes à l’Est et au Nord de la Rd Congo où elles volent, violent, pillent, brûlent champs et villages et prennent en otage des enfants.

Qu’il s’agisse des forces négatives de l’Ouganda ou du Rwanda, elles toutes les deux ont un dénominateur commun : elles sont constituées aujourd’hui de petits groupes qui ont pu survivre après les opérations militaires conjointes menées fin 2008 début 2009 par les armées de la Rd Congo et de l’Ouganda pour traquer les éléments de la Lra  en Ituri, dans la province Orientale ; et par les troupes congolaises et rwandaises contre les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (Fdlr).

Ces deux opérations ont été interrompues avant même qu’elles aient pu achever les objectifs pour lesquels elles avaient été conçues, en raison des interférences intempestives de l’Opposition qui a cherché à tout prix à raccourcir le délai d’exécution de ces opérations non parvenues à leur terme, laissant ainsi l’occasion à plusieurs autres éléments de la Lra et des Fdlr de fondre dans la nature. Et de réapparaître sur la scène trois mois plus tard.

Le retour fort remarqué sur le terrain de ces rebelles avec à la clé la répétition des exactions qu’ils commettent sur les populations est à la base de la mise sur pied d’une deuxième opération, menée cette fois-ci par les Forces armées de la République démocratique du Congo appuyées par les troupes de la Monuc.

Le même phénomène de résurgence de l’insécurité a refait surface au Nord-Kivu où les éléments des Fdlr qui avaient fui leur traque par les troupes conjointes Fardc-Fdr (Forces de défense du Rwanda) ont refait surface et  commettent, eux aussi, les mêmes ignominies sur les populations dans le territoire de Lubero.

La persistance des tragédies que vivent les populations de cette partie de la République, leurs causes lointaines et leurs  implications souterraines sur le plan interethnique ont naturellement donné à Jérôme Lusenge Bonane, député du ce territoire de dénoncer, à travers sa question orale avec débat adressée au gouvernement mercredi 10 juin.

La préoccupation soulevée par le député Lusenge Bonane est que ceux des éléments des Fardc qui sont accusés d’entretenir les violences dans la partie Est du pays ont trouvé un terrain favorable dans ce coin. Notamment en raison du fait que, dans cette région, la quasi majorité des militaires appartiennent à un même groupe ethnique et parlent tous la même langue : le kinyarwanda !

Enfonçant davantage le clou dans la planche, l’auteur de la question orale du 10 juin sur l’insécurité dans le territoire de Lubero a ajouté que cette confusion est davantage exacerbée du fait que certains militaires inciviques sont impliqués dans les conflits interethniques qui les opposent aux autres ethnies locales et profitent ainsi de leur statut pour nuire et déstabiliser.

De ce fait, a poursuivi le député Lusenge, en incendiant des maisons et des champs, les Fdlr et autres éléments des Fardc qui parlent la même langue qu’eux visent à obliger les populations locales  de libérer la région pour y déverser le trop plein de populations de certains pays voisins. Et quand on sait que dans ces pays voisins on ne parle que cette même langue, on se rend à l’évidence qu’il y a anguille sous roche.

Pour l’auteur de cette question orale dont la pertinence est par trop évidente, c’est de cette manière que les stratèges qui oeuvrent souterrainement en faveur de la balkanisation du Nord-Kivu sont à peu près en train de poursuivre la matérialisation de leur rêve, quel qu’en soit le prix.

Doutes, suspicions, inquiétude

Il se passe vraiment des choses pas très catholiques dans cette partie du Nord-Kivu où s’imbriquent des situations interethniques biscornues qui mettent en permanence en péril la sécurité aussi bien que l’unité de la République dans ses limites du 30 juin 1960.

En effet, avec l’auteur de la question orale, on peut s’étonner que c’est aux militaires issus de ces mêmes ethnies qu’est confiée la mission de protéger les populations du territoire de Lubero, en sachant que les éléments des Fdlr que nos troupes ont mission de traquer parlent le kinyarwanda autant que ces forces négatives.

Au regard de cette donne, la question qui se pose est celle de connaître le pourquoi de la persistance du maintien, à chaque mise en place, des commandants et des hommes de troupe affectés à cette zone extrêmement sensible. Tout se passe donc comme s’il manque, au sein de nos forces armées suffisamment d’éléments parlant une autre langue que le kinyarwanda capables pour assurer la défense du territoire national dans le Nord-Kivu. On peut se le demander.

Le ministre de la Défense et Sécurité Charles Mwando Nsimba, qui a été entendu à la Chambre basse du Parlement au sujet de la situation sécuritaire qui se pose dans cette partie de la République n’a pas éludé cette question. Il a reconnu la pertinence des inquiétudes exprimées par le député de Lubero en opinant du  bonnet.

En effet, en tant qu’ancien ministre du Kivu sous la Deuxième République, et par conséquent s’exprimant en parfaite connaissance de cause, en raison de la maîtrise qu’il a des questions qui sont au centre des querelles interethniques séculaires qui agitent les ressortissants de cette partie du pays, l’actuel patron de la défense et des questions liées à la sécurité nationale, a émis un point de vue qui plaide sans détours pour une réforme urgente des services de sécurité.

Pour Charles Mwando Nsimba donc, on ne peut résoudre les problèmes de l’insécurité que par le biais de la création d’une armée véritablement républicaine à laquelle on inculquera la notion de défendre la Nation partout où faire se pourra. Ce ne sera que de cette manière, et de cette manière seulement, que l’on pourra mettre fin aux exigences de sédentarisation au Nord-Kivu et au Sud-Kivu formulées par les éléments banyamulenge. On se rappelera que ces ex soldats du Rcd/Goma qui parlent le kinyarwanda avaient été envoyés dans les centres de brassage au lendemain de la fin de la rébellion après leur réintégration au sein des Fardc (Forces armés de la République démocratique du Congo). A l’époque, le Rcd avait exigé que ses anciens soldats ne puissent servir sous le drapeau qu’à la frontière entre la Rdc et le Rwanda. Pour quelle dessein ?

De ce qui précède, il convient de partager avec Charles Mwando Nsimba la conviction que tant que persistera la situation qui prévaut actuellement sur le théâtre des opérations au Nord-Kivu où des éléments parlant le kinyarwanda combattent des congénères parlant la même langue qu’eux, il y a gros à parier que l’insécurité est promise à une longue éternité.

(CV/ND/PKF)

Clément Vidibio/MMC



Last edited: 15/06/2009 16:19:23

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