Suspecte répétition des incursions des soldats angolais dans les localités congolaises situées au-delà des frontières communes entre la RDC et l’Angola, incursions à chaque fois suivies de retrait des envahisseurs, de sorte que se pose dès lors la question sur les intentions de la partie angolaise
La République Démocratique du Congo, placée au centre du continent africain avec seulement une petite bande côtière de 30 km sur l’Océan Atlantique, est sans doute le seul pays au monde qui partage une frontière commune avec 9 pays. Cette situation particulière lui impose évidemment une ligne de conduite. Celle-ci consiste d’abord à entretenir avec tous les Etats voisins des rapports de bon voisinage qui soient marqués par le respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale. Elle l’oblige ensuite à disposer d’une armée solide capable, le cas échéant, de défendre efficacement les frontières nationales.
C’est d’ailleurs sur ces deux aspects que se focalise la politique extérieure de la RDC en vue de développer, en premier lieu avec ses voisins et en second lieu avec le reste du continent et du monde, une coopération la plus vaste possible.
Tous des pays frères
Autre raison, et non des moindres, qui pousse la RDC à vouloir vivre en bons termes avec ses voisins c’est que de part et d’autre de ses frontières vivent des populations qui depuis des siècles portaient le même sang et la même culture. Aussi aime-t-elle les appeler des pays « frères » en raison justement de ces liens de consanguinité qui unissent ses propres populations à celles des pays qui l’entourent.
Liens de consanguinité, liens de fraternité, y a-t-il éléments plus solides que ceux-là qui puissent pousser les Etats frontaliers à vivre dans la concorde et en parfaite harmonie? Certainement pas. Donc, normalement la RDC ne devrait avoir aucun problème de coexistence avec chacun de ses voisins. Même si, comme dans toute famille, des disputes peuvent surgir de temps en temps, lesquelles disputes ne peuvent cependant pas conduire à la rupture des liens que l’histoire a tissés durant des siècles.
Le Congo-Brazzaville, la Centrafrique, le Soudan, le Rwanda, le Burundi, la Zambie, la Tanzanie, l’Ouganda et l’Angola ont chacune et chacun avec la RDC une histoire commune héritée soit de l’histoire soit de la colonisation. Leurs dirigeants respectifs ne manquent jamais de souligner ce fait, devenu au fil de leurs rencontres la référence par excellence. Et il est tout à fait compréhensible que certains, plus que d’autres, s’en prévalent pour justifier telle où telle attitude selon les circonstances. C’est la position qu’adopte systématiquement la RDC vis-à-vis principalement de l’Angola au regard de leur frontière commune longue de plus de 2.600 km, de loin la plus longue parmi toutes celles qui séparent notre pays de ses voisins.
La Rdc constate dans son devoir de solidarité
Au-delà de ce que les historiens et les chercheurs ont mis en évidence dans leurs ouvrages et travaux à propos des étapes ayant conduit à la formation des Etats respects de l’Angola et de la RDC, il convient de se rappeler que tout au long de son existence en tant qu’Etat indépendant et souverain, la RDC a toujours considéré comme un devoir sacré de se montrer solidaire vis-à-vis du peuple angolais, surtout au moment où celui-ci se trouvait en lutte pour sortir du joug du colonialisme portugais.
Des années durant, des dizaines de milliers de ressortissants angolais ont vécu en RDC, à l’abri des brimades des forces de répression portugaises, comme s’ils se trouvaient dans leur propre patrie, tandis que les mouvements de libération angolais, sans distinctions ont reçu un soutien massif de la part du gouvernement rd.congolais.
Même après l’accession de l’Angola à l’indépendance, la RDC n’a cessé de se montrer attentif aux besoins du jeune Etat dans différents domaines. Pendant ce temps, les Angolais qui, pour des raisons diverses, n’ont pas pu ou pas voulu retourner dans leur pays d’origine, continuent jusqu’aujourd’hui à séjourner en toute tranquillité en RDC.
Bien plus, alors que l’Angola était encore à la recherche de sa stabilité, la RDC n’a jamais songé un seul instant à profiter de cette circonstance pour s’emparer ne fût-ce que d’un seul pouce du territoire angolais. Parce que tout simplement il n’est jamais entré dans les intentions de Kinshasa d’agrandir son territoire au détriment de qui que ce soit.
Certes, la guerre civile qui s’était malheureusement installée dans ce pays avait envenimé un moment les relations entre deux gouvernements à cause de l’appui que feu le maréchal Mobutu était soupçonné d’apporter à l’Unita de Jonas Savimbi alors en guerre contre le MPLA au pouvoir.
Mais, depuis Mobutu ayant déjà quitté le pouvoir avant de mourir au Maroc et Savimbi ayant été tué dans son maquis, la Rdc et l’Angola ont eu toutes les raisons du monde d’oublier ce triste épisode pour reprendre le train normal de leurs relations de fraternité. L’avènement au pouvoir de l’Afdl, au succès duquel par ailleurs l’Angola a largement contribué, tout comme par la suite il a fortement contribué à sauver le régime rdcongolais des hordes rebelles instrumentalisées par le Rwanda, sont là des indices qui permettent d’affirmer qu’aucun nuage ne planait sur ces relations.
Or, que voit-on ? Comme si l’Angola voudrait démontrer son nouveau rang de puissance régionale, il envoie de temps en temps ses soldats occuper certaines parties du territoire congolais et s’installer comme en pays conquis. Des localités entières du territoire de Kahemba qui passent en un rien de temps sous occupation angolaise en février 2007, les villages Sava Ina et Kuzi dans le territoire de Mbanza-Ngungu qui subissent le même sort en mars 2009. Après un premier retrait de ces villages, une nouvelle occupation de Sava deux mois plus tard, localité que les soldats angolais ont quitté seulement le dimanche 7 juin dernier. Voila comment l’Angola se comporte vis-à-vis d’un pays avec lequel il entretient officiellement d’excellentes relations.
Doit-on comprendre par là qu’aux yeux du gouvernement de Luanda les sacrifices consentis par le peuple congolais au profit du peuple angolais en lutte ne représentent rien du tout? Ou alors que le gouvernement angolais, après avoir ruminé les déboires que lui auraient causés le régime Mobutu à travers son soutien supposé à Jonas Savimbi, estime que l’heure de sa vengeance a sonné, maintenant que le rapport de force penche nettement en sa faveur?
(DN/Th/GW/Yes)
Bondo Nsana/Salongo
Last edited: 13/06/2009 14:06:10