La plénière de mercredi 10 juin de la Chambre basse du Parlement a donné lieu à des interpellations sans fracas de quelques ministres sur le modèle habituel de questions, les unes d’actualité, et les autres orales avec débat.
A l’Assemblée nationale, les plénières se suivent et se ressemblent. Ou presque. Le constat est de l’homme de la rue qui exprime chaque fois la même lassitude d’esprit à chaque passage des ministres devant la représentation nationale sur des questions de fond touchant la gestion du secteur de la vie nationale leur confiée par le chef de l’Etat.
C’est dire combien le commun des mortels est insatisfait de la prestation de la plupart, sinon de la quasi totalité des détenteurs de maroquins, surtout ceux qui bénéficient de la mansuétude des interpellateurs qui ne le soumettent qu’à de simples question d’actualités. Ceux-ci s’en sortent sans égratignures, car ce mode d’interpellation les exempte ipso facto d’éclairer la représentation nationale sur les causes profondes des problèmes auxquels ils sont confrontés, et se contentent en définitive de réduire cette interpellation en un banal exercice de rhétorique.
Ceux qui trouvent toujours matière à critiquer pourraient y trouver, si le cœur leur en dit, motif à caricaturer cette procédure comme étant un mariage entre complaisance et laxisme, c’est-à-dire comme si tout va comme pour le meilleur des mondes dans ce pays.
Léonard Mashako Mamba de l’Enseignement supérieur et universitaire fait exception dans le lot, lui qui, la semaine dernière, a édifié les élus du peuple autant que l’opinion nationale sur les maux qui gangrènent le monde éducatif et celui de l’enseignement en République démocratique du Congo.
Alors que l’interpellateur ne se serait sans doute contenté que d’une réponse claire et précise – à la limite bon enfant - sur la manière dont le ministre concerné règlera le problème de la spoliation de l’immeuble qui abrite l’Institut national pédagogique de Bukavu, lui et ses collègues ont été stupéfiés par la dénonciation, par le ministre interpellé, d’une caste de spoliateurs de haut vol qui, par leurs comportements inciviques, indisposent le président de la République qui les a appelés aux hautes fonctions qu’ils occupent. Et comme qui dirait : la question d’actualité du député de Bukavu Augustin Bapolisi a accouché d’une véritable montagne où sont tapies les turpitudes les plus maffieuses et les plus crapuleuses qui dépouillent l’Etat de son patrimoine immobilier. Ce bel exemple de civisme et de courage politique devrait inspirer tous ces collègues qui défilent à la chambre basse du Parlement pour rendre compte de leur gestion.
On peut sincèrement regretter que les nouvelles dispositions arrêtées par le bureau de l’Assemblée nationale imposent désormais que la première partie plénière se déroule à huis clos au motif qu’elle est réservée aux questions sensibles touchant au domaine des secrets d’Etat, parce que leur discussions doivent être traitées avec toute la discrétion possible. Mais nous devons convenir par contre que le public congolais, qui vit quotidiennement les drames qui assaillent la nation ne doit pas être tenu dans un embargo total des décisions qui se prennent pour garantir sa sécurité. Quand bien même les questions dites relevant des secrets d’Etat doivent être abordées à huis clos, ce n’est pas une raison pour qu’il n’en soit pas informé, moins sur le fond que sur la forme. Ce serait une façon d’apaiser ses inquiétudes, plutôt que de le laisser dans le doute et dans l’incertitude de l’inertie de l’Etat.
L’insécurité a repris de plus belle ses droits dans une partie de la province Orientale quelques mois seulement à peine après les opérations militaires de grande envergure menées entre décembre 2008 et février 2009 par les Forces armées de la République démocratique du Congo (Fardc) conjointement avec des armées des pays voisins : Ouganda, Sud-Soudan et Rwanda. Les rebelles ougandais de la LRA ont de nouveau frappé dans la province Orientale. Le 2 juin, ils ont pillé le centre de santé et la mission catholique de Dakwa, dans le Haut Uele et le lendemain, ils sont revenus pour enlever 200 enfants avant de disparaître dans la nature. La population elle, a trouvé refuge dans la forêt.
Quant aux rebelles hutus rwandais du FDLR, ils ne sont pas en reste : ils se sont récemment signalés dans des massacres perpétrés par leurs éléments dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu, dans des opérations de guérillas sur des convois civils ou militaires qu’ils attaquent à l’improviste.
Il ne se passe donc plus un seul jour sans que ne naissent de nouveaux drames humanitaires dans ces deux provinces, à tel point que le Comité international de la Croix-Rouge vient de lancer un cri d’alarme aux parlementaires congolais pour les sensibiliser sur cette situation qui handicape sérieusement les efforts inlassables que déploient le gouvernement pour maintenir la sécurité des personnes et de leurs biens avec le concours actif de la Monuc. Il est réconfortant d’entendre Alan Doss, le représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en Rdc reconnaître son optimisme quant au soutien que la Monuc apporte au gouvernement de la République à travers les Fardc au triple plan logistique, technique et opérationnel dans le souci de stabiliser la situation sécuritaire de l’Est.
Le huis clos décrété à la première partie de la plénière de l’Assemblée nationale de mercredi 10 juin pourrait sans doute être en rapport avec les concertations que le ministre de la Défense, le Haut-Commandement des Fardc et Alan Doss ont eu au sujet des mesures nécessaires arrêtées de commun accord afin d’aboutir précisément à cette stabilisation de la situation sécuritaire dans la partie orientale du pays.
L’évolution de la situation militaire sur le théâtre des opérations nous en dira certainement plus dans les semaines qui viennent.
(DN/CV/Yes)
Clément Vidibio / MMC
Last edited: 11/06/2009 14:47:15