Ceux qui ont cherché à connaître ce qu’est le sexe des anges à travers la lettre adressée au Premier ministre par le directeur de cabinet du chef de l’Etat en y trouvant un signe patent du désamour du chef de l’Etat vis-à-vis de lui en sont pour leurs frais : les deux hommes restent mus par une seule vision : la bonne gouvernance !
La lettre adressée le 28 mai 2009 au Premier ministre A. Muzito au nom du chef de l’Etat par son directeur de cabinet continue à défrayer la chronique. De spéculations en déductions, on en est arrivé à des conclusions qui laissent les observateurs dans l’expectative. Mais avec le recul du temps, l’on commence à y voir un peu plus clair chaque jour qui passe.
Mais, d’emblée, la spéculation s’était empressée de saisir la balle au bond pour donner au contenu de cette lettre un caractère du désamour et du désaveu présidentiel sur la manière dont son Premier ministre mène la barque du gouvernement. Du fait que la lettre du cabinet du président de la République explicite dans son intitulé « instructions, ordonnancement des dépenses publiques », nombreux sont les spéculateurs qui ont voulu y voir un empiètement sur des prérogatives constitutionnelles dévolues au Premier ministre. En réalité, ceux-ci n’ont fait qu’une analyse biaisée d’une disposition de la Constitution qui établit que le président de la République, qui préside les réunions du Conseil des ministres est bel et bien le chef du Gouvernement, et que le Premier ministre en assume constitutionnellement la responsabilité devant le Parlement.
A ce niveau de la réflexion, l’équivoque n’est plus permise : le chef de l’Etat a constitutionnellement le droit de retirer au Premier ministre l’initiative d’ordonnancer les dépenses à sa guise, surtout en cette période où le président de la République observe des signes suspects « des dérapages substantiels et répétés des finances publiques et de la monnaie nationale ».
Cette lettre traduit donc le souci majeur du président Joseph Kabila « d’endiguer ces dérapages et de ne pas compromettre les engagements pris par la République auprès des partenaires multilatéraux ». Elle exclut par conséquent toute déduction hâtive de désaveu du Premier ministre, surtout qu’elle ne mentionne pas formellement d’accusations de malversation dans le chef d’Adolphe Muzito.
C’est pour couper court à ces spéculations et à ces déductions par trop hâtives, nous le répétons, que des négociations secrètes ont été entamées entre le camp présidentiel et celui du patriarche Antoine Gizenga, un allié politique de la première heure du président de la République. A quoi ont abouti ces négociations ? Premièrement, à une conclusion qui traduit l’excellence des rapports qu’entretiennent ces deux camps à travers leurs deux chefs de file, en l’occurrence Joseph Kabila et Antoine Gizenga.
Secundo : à un constat qui établit une identité de vues entre le chef de l’Etat et le Premier ministre sur la manière de conduire l’action du gouvernement en ce qui concerne les finances publiques, afin justement d’éviter les dérapages sus évoqués par le directeur du cabinet du président de la République Adolphe Lumanu dans sa lettre du 28 mai.
Conséquence de cette belle unanimité au sommet de l’Exécutif : pour le moment, la chaîne de la dépense publique est momentanément mise en veilleuse : toutes les dépenses publiques, même celles filtrées par la chaîne de la dépense publique, incluant les ministères des Finances et du Budget, ainsi que la Banque centrale du Congo, doivent avant tout requérir l’autorisation préalable du président de la République.
Quel constat faire autour de cette disposition ? Le premier est celui qui a trait aux dispositions arrêtées au mois d’avril dernier à Washington. Dans la capitale fédérale américaine, le bouclage du plan de trésorerie pour l’année 2009 a été l’un des points sensibles des discussions engagées par les experts du gouvernement congolais et ceux du Fmi dans la voie d’un nouvel accord.
Quand bien même la mesure de l’ordonnancement est bien en déphasage des options dégagées à Washington, l’on estime cependant que les querelles répétitives entre, notamment la Primature et la Banque centrale du Congo sur des fonds extérieurs alloués à la Rdc pour faire face à la crise serait l’un des mobiles. De même, la forte implication du Premier ministre, ancien ministre du Budget, dans les opérations financières de l’Etat aurait motivé sa neutralisation pour protéger des rapaces le plan de trésorerie durement débattu à Washington.
C’est ce qui constitue, au terme de la lettre adressée par le directeur de cabinet du chef de l’Etat au Premier ministre Adolphe Muzito, « le souci majeur de ne pas compromettre les engagements de la République souscrits auprès des partenaires multilatéraux ».
(CV/DN/Yes)
Clément Vidibio/MMC
Last edited: 09/06/2009 13:10:43