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Controverse autour de la nouvelle de décès annoncé du président gabonais Omar Bongo qui avait été admis en soins dans un hôpital de Barcelone en Espagne. Alors que la nouvelle de cette mort a été annoncée par des médias français, c’est un démenti que le gouvernement de Libreville y a opposé.

omar bongoLe porte-parole du gouvernement gabonais a démenti lundi le décès du président Omar Bongo, affirmant qu'il s'apprêtait à rentrer au pays après un séjour dans une clinique espagnole. "J'apporte dès maintenant un démenti formel total", a déclaré Raphaël N'Toutoume sur France Info. "Aux dernières nouvelles ça allait très bien, il devait même quitter la clinique. Nous nous préparons à recevoir le chef de l'Etat. on n'est pas encore fixé sur la date de son retour".

Le site internet du magazine français Le Point (www.lepoint.fr) a annoncé dimanche soir le décès du président gabonais, à l'âge de 73 ans, citant une source proche de son entourage. Voici le texte qu’écrit ce site autour du décès qu’il a annoncé.


Après 41 années passées à la tête du Gabon, Omar Bongo  est mort dimanche, à 73 ans, des suites d'un cancer, a indiqué au Point une source proche de son entourage. Après avoir suspendu ses pouvoirs à Libreville le 6 mai, le plus ancien chef d'État africain avait été admis dans une clinique de Barcelone. Le président gabonais Omar Bongo, était devenu à 73 ans, un "dinosaure" du continent africain, respecté pour sa sagesse et ses médiations mais aussi critiqué pour ses liens ambigus avec la France et des soupçons de corruption.

Omar Bongo avait été hospitalisé à Barcelone en mai, et même si les autorités gabonaises ont longtemps tenté de dissimuler la gravité de son état, la probabilité d'une issue funeste était évoquée avec insistance. Le 6 mai déjà, alors qu'il n'avait plus été vu en public depuis plusieurs jours, la présidence avait annoncé à la surprise générale qu'il suspendait ses activités pour se reposer et faire le deuil de son épouse, Edith Lucie, décédée le 14 mars.

Issu d'une ethnie très minoritaire

A la tête de son pays depuis plus de 41 ans, Omar Bongo Ondimba était incontestablement une figure de la scène africaine et même internationale, avec sa petite taille, sa moustache et son regard souvent dissimulé par des lunettes noires. Il était une sorte de sage que l'on vient consulter et il n'était pas rare de croiser à Libreville des personnalités politiques de tous bords et de toutes nationalités, venues s'entretenir avec lui. Omar Bongo jouait d'ailleurs souvent les médiateurs dans les crises africaines et a récemment été remercié pour son rôle dans le processus de paix en cours en Centrafrique. Il a aussi servi de médiateur pour les accords de paix au Congo-Brazzaville en 1999, qui ont permis de pacifier le pays en proie à la guerre civile. Il s'est également investi pour tenter de résoudre le conflit tchadien.

Au sein d'une Afrique agitée, il se voulait le garant de la stabilité et de la paix au Gabon. Maître stratège en politique, un talent que lui reconnaissaient ses partisans comme ses détracteurs, il a su rester au pouvoir sous le régime du parti unique mais aussi après la restauration du multipartisme en 1990. "Le sens politique c'est l'art de l'oubli", aimait-il à dire.

Né le 30 décembre 1935 dans une famille de paysans du pays batéké, dans le sud-est du pays, Albert-Bernard Bongo -il deviendra el-Hadj Omar Bongo après sa conversion à l'islam en 1973, puis ajoutera Ondimba, le nom de son père, à son patronyme en 2003- a connu une ascension fulgurante. Remarqué par le premier président du Gabon, Léon Mba, qui en fait son directeur de cabinet, il devient son vice-président en 1967 et lui succède la même année après le décès, le 28 novembre, de Léon Mba. Omar Bongo instaure le régime du parti unique en 1968. Seul candidat, il est élu président en 1973, 1979 et 1986, avec des scores fleuve. En 1990, face à la fronde populaire, il autorise le multipartisme, mais conserve le pouvoir lors des scrutins de 1998 et 2005.

Accusé d’affairisme

Issu d'une ethnie très minoritaire, il dirige le pays sans tolérer d'opposition, prenant soin toutefois de répartir les responsabilités gouvernementales et administratives selon de subtils équilibres ethniques et régionaux. Il sait également distribuer avantages et privilèges, pour rallier à son camp jusqu'à ses plus anciens et virulents contempteurs. L'opposition est aujourd'hui quasi inexistante et nombreux sont ses membres qui sont passés par le gouvernement.

Dans les années 70 et 80, l'or noir coule à flots, lui permettant de transformer son petit pays d'Afrique centrale en "émirat pétrolier", mais la corruption se généralise selon de nombreux observateurs et même selon le président qui avait critiqué en 2007 "le clientélisme, l'affairisme, la corruption, qui ont gangrené les pouvoirs publics".

Tout au long de la Ve République française, Omar Bongo a aussi été l'un des principaux relais de la "Françafrique" où s'entremêlaient raison d'État, lobbies et réseaux politico-affairistes. Son nom apparaît ainsi dans l'affaire Elf, symbole des dérives de la Françafrique. Récemment, ses relations avec l'ancienne puissance coloniale se sont tendues en même temps que surgissaient des affaires.

Succession problématique

Les médias français ont fait des révélations sur l'important patrimoine immobilier de sa famille alors que la justice française est actuellement saisie d'une plainte d'ONG qui accusent Omar Bongo de posséder en France des biens immobiliers de luxe financés par de l'argent public détourné. Fin février, ses comptes bancaires avaient été saisis dans le cadre d'une affaire privée l'opposant à un particulier français sur un différend de plus de 400.000 euros.

Omar Bongo laisse derrière lui un pays en difficulté sur le plan économique et social. Jadis considéré comme un petit eldorado pétrolier africain, le pays, exportateur de matières premières et importateur de biens manufacturés, est touché de plein fouet par la crise, victime de longues années d'une gestion sans diversification de l'économie, et gangrené par la corruption.

Les mouvements de grève dans la fonction publique se sont multipliés ces derniers mois. Et selon les experts, le risque d'explosion sociale existe. Toutefois le pouvoir cherche visiblement à le réduire : l'armée s'est montrée très présente dans les "matitis" (quartiers populaires) à Libreville depuis plusieurs semaines. Selon la Constitution gabonaise, le président du Sénat, actuellement Mme Rose Francine Rogombé, doit assurer la transition jusqu'à un scrutin à programmer au plus tard 45 jours après le constat de la vacance du pouvoir.

Bien que le président Nicolas Sarkozy ait été immédiatement informé du décès de son homologue gabonais, il a été indiqué depuis Paris que le gouvernement français et son avocat ont déclaré ne disposer d'aucune information.

(DN/Yes)

MMC/Jeune Afrique/Le Point



Last edited: 08/06/2009 18:22:07

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