Les jeunes du Rwanda et de la Rdc ne veulent plus des conflits interminables. Ils apprennent à se connaître, à s’apprécier, à régler rapidement leurs différends, en particulier au sein de leurs nouvelles structures, des écoles et de certaines Eglises.
« Nous avons été servis avec grande considération par des jeunes qui travaillent dans un restaurant à Nguba, après avoir annoncé que nous sommes des Rwandais », racontait, surpris, Eric Ndahimano, un Rwandais de 19 ans venu pour une réunion à Bukavu, à l’est de la RD Congo, en avril dernier. De son côté, Frank Lubala, un élève congolais de Bukavu a changé sa vision sur les Rwandais après avoir séjourné dans une famille à Kigali avec des jeunes de son âge. Après cette expérience personnelle, je suis convaincu que les Rwandais ne sont pas tous des empoisonneurs et des assassins comme on me l’a toujours dit, a-t-il déclaré, à son retour.
Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes Congolais en visite ou en transit au Rwanda, choisissent de loger dans les familles de leurs camarades rwandais. Autour des églises, des écoles et dans des groupes de vie, ils résolvent aussi les conflits qui naissent entre jeune de même nationalité. Rachel et Jaffari, tous deux congolais, bien que voisins dans le quartier Lushoze, à Bukavu, et membres du même groupe de jeunes, le Judep (Jeunes unis pour le développement et la paix), ne s’adressaient plus la parole depuis 2004.
Un parent de l’un d’eux ayant bouché la conduite d’écoulement des eaux de pluie en provenance de la parcelle de l’autre famille, le conflit entre adultes s’était étendu aux enfants. « A leur intention, nous avons rappelé les objectifs de notre groupe: lutter contre la généralisation, les préjugés, les boucs émissaires et la discrimination et ils ont recommencé à se parler. Chaque parent a fait des remontrances à son enfant pour avoir parlé à l’autre. Mais nos explications ont amené même les parents à reprendre le dialogue », explique Sifa Cifundire, secrétaire de Judep.
Prévenir de nouveaux conflits
Les conflits politiques qui ont envenimé les relations entre le Burundi, la RDC et le Rwanda ont déteint sur les jeunes de ces pays, surtout sur ceux qui vivent à proximité des frontières. Depuis 1994, ils se méfient beaucoup les uns des autres, chacun ayant sa version des conflits, héritée de sa famille et des politiciens. Ces préjugés existent également au sein de chacun de ces pays entre ethnies ou tribus.
Certains adultes, convaincus que la manière de raconter le passé influence le comportement présent et peut avoir un impact sur les choix futurs, s’investissent dans la recherche de - solutions durables. « Nous les entraînons à la réflexion critique l’analyse lucide de ce qu’ils entendent ou lisent sur les autres », prévient Jacqueline Uwimana de Umuseke (aurore, espoir, roseau, en kinyarwanda), une association rwandaise d’éducation des jeunes à la paix.
Les résultats sont encourageants. « Nous sommes satisfaits de ces avancées dans leurs groupes, les jeunes se tolèrent, travaillent dans la compréhension mutuelle et cultivent les valeurs civiques », se réjouit Stanislas Lubala, un animateur. « Intéressés à vivre en paix et dans la concorde, les jeunes ont commencé à se regarder autrement, de manière positive, constate Jean-Jacques Ciza, de la Communauté baptiste au centre de l’Afrique (CBCA/Goma). Ils ont dépassé leurs différences et certaines généralisations ne sont plus de mise.
Aider tout le monde sans distinction
Pour diminuer « les foyers de tensions qui ont été à l’origine des conflits armés entre nos pays, nous dénonçons les pratiques de généralisation et les préjuges dans les sermons », déclare le pasteur E. Maisha, de l’Eglise méthodiste. Les gens sont également devenus plus sensibles aux malheurs de ceux qui les entourent. « Cette compassion nous a amenés à organiser des visites dans les hôpitaux et à la prison et à faire l’apostolat auprès des veuves sans discrimination entre les ethnies », poursuit-il.
« Nous rendons service à tout le monde, même aux Rwandophones nécessiteux », témoigne aussi Fortune Chitho, membre du groupe des jeunes de l’école primaire Mapendo à Bukavu. Ce changement de comportement des jeunes est perceptible. Venue pour la deuxième fois à Bukavu, C. M., une jeune Rwandaise, s’est informée sur le loyer et le coût de la vie : « L’hospitalité des Bukaviens et leur gentillesse ne m’ont pas laissée indifférente. J’envisage, de venir m’installer ici. »
(TN/Th/GW/Yes)
Thaddée Hyawe.Hiny/SGL/La Prospérité