Le ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire répondant à une question orale à l’Assemblée nationale a procédé à un véritable déballage du scandale de spoliation du patrimoine des instituts universitaires publics au grand ahurissement des élus de la Chambre basse du Parlement
Le mal a dépassé les bornes du tolérable. L’Assemblée nationale vient d’être saisie du drame du patrimoine de l’Enseignement supérieur et universitaire, au-delà du patrimoine scolaire, objet d’une spoliation systématique et sans précédent de la part des compatriotes véreux et inciviques. Un véritable scandale.
La question d’actualité de l’honorable Professeur Bapolisi Bahuga Paulin, à l’endroit du ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire vient de relancer un débat crucial sur l’avenir de notre pays. Il s’agit, vous vous en doutez, de la spoliation du patrimoine de l’Enseignement supérieur et universitaire de la République démocratique du Congo. Mais en réalité, il est question également de tout le patrimoine scolaire qui est menacé devant ses appétits gloutons des riches compradores qui ne lésinent pas sur les moyens d’élargir l’acquisition de leurs biens et immeubles au détriment du secteur de l’éducation, de l’enseignement. Pour dire mieux, aux dépens de cette jeunesse, l’avenir de demain. Toucher à un domaine aussi sensible, secteur vital et moteur du progrès, c’est hypothéquer l’avenir de toute une Nation.
La plénière de mercredi à l’Assemblée nationale a permis aux députés de prendre la mesure et l’étendue des dégâts ainsi que les effets pervers de ce fléau. Aujourd’hui, tout le patrimoine de l’enseignement national est menacé : de Bukavu à Kinshasa en passant par Lubumbashi, Mbuji-Mayi, Kisangani, et nous en passons. Les établissements scolaires et universitaires sont ceinturés par des villas et autres habitations, dont la plupart diffusent à longueur de journées de la musique tonitruante qui perturbe la dispense des cours. Il est vrai que dans cet environnement où la débauche et la l’insalubrité se côtoient, il est difficile de s’attendre à un enseignement de qualité.
Session extraordinaire du gouvernement
Le mal est profond. Le fléau est en train de causer des dégâts irréparables qu’il faut agir vite et maintenant. L’on se souviendra qu’une ONG, SOS Kinshasa, a tiré à plusieurs reprises la sonnette d’alarme. Cette organisation a attiré l’attention des autorités tant provinciales que nationales devant des effets destructeurs de cette spoliation du patrimoine scolaire et universitaire par la distribution anarchique des terrains appartenant à des écoles et autres instituts supérieurs et universitaires à des particuliers. Il n’y a qu’à se rendre du côté de la Gare centrale dans la commune de la Gombe, à Barumbu là où est érigée l’Ecole Saint Charles pour se rendre compte du désastre commis.
Bien plus, cette organisation s’est attardée sur la disparition des espaces verts, des aires de jeu qui permettaient à la jeunesse congolaise de disposer d’un esprit sain dans un corps sain. Tous ces lieux ont disparu. En lieu et place, des villas, à l’architecture douteuse, ont poussé comme des champignons.
Aujourd’hui que les parlementaires et les membres du gouvernement ont pris conscience du danger, il faut prendre des mesures draconiennes. Car la plupart de ces fossoyeurs de l’avenir du pays se recrutent au sein de la Police, l’Armée, des hauts cadres politiques, ceux-là mêmes qui devraient donner l’exemple de l’ordre, de la discipline, du respect de la loi et des biens de la communauté.
Il revient au gouvernement de se réunir, toutes affaires cessantes, en session extraordinaire, avec comme seul point inscrit à l’ordre du jour : la spoliation du patrimoine scolaire et universitaire. Des options doivent être levées afin de procéder à la destruction des maisons qui ont été construites à l’image de ce qui se fait actuellement à Kinshasa pour la construction des autoroutes et des établissements hospitaliers.
En fait, la « grande autoroute du développement, du progrès », c’est bien la jeunesse, le levain de l’avenir : le secteur de l’enseignement pour la formation de l’élite de demain.
Situation du patrimoine universitaire aliéné
La situation générale n’est pas brillante, et ce qui fait le plus mal, c’est de constater que des Autorités Académiques et certains membres du Corps enseignant et Administratif ont contribué à vendre ce patrimoine ou à faciliter l’acquisition, soit à leur propre profit soit au profit des tierces personnes.
Mais on ne peut oublier le rôle néfaste joué par des Autorités politiques à Kinshasa comme en provinces dans le dépeçage et l’aliénation du patrimoine de l’Etat affecté à l’Enseignement supérieur et universitaire.
I. Situation de la ville de Kinshasa
1.1. Institut national des arts (INA) et institut national des statistiques (I.S.S.)
- Situation litigieuse avec la société BIB SPRL qui exige le déguerpissement de l’INA de l’immeuble ex-Astoria qu’elle aurait acheté auprès de la famille LITHO et dont elle détiendrait un certificat d’enregistrement.
- L’INA continue à pleurer le Centre CULTRANA détruit pour permettre l’érection du Stade des Martyrs. L’Etat n’a jamais trouvé une solution idoine à ce problème.
- Pour le moment, l’INA ne compte que sur le terrain qui lui a été attribué par le Ministère des Affaires Foncières dans le site Tembe na Tembe, en face du Palais du Peuple .
- Signalons également la situation fort déplorable de l’Institut Supérieur de Statistiques qui existe depuis plus de 3 décennies, et qui est toujours locataire et aujourd’ hui sommé de libérer les locaux qu’il occupe dans les installations de l’ONATRA à KAUKA.
- Ainsi des milliers d’étudiants vont se retrouver dans les rues de Kinshasa et leurs enseignants si une solution adéquate n’est pas trouvée avant la prochaine rentrée académique d’octobre 2009.
1.2. Institut de bâtiments et de travaux publics (IBTP)
- Spoliation d’une Villa et terrain situés sur le site de 1’IBTP-Ngaliema par un officier de l’armée Congolaise ayant malheureusement reçu le soutien d’une autorité politique
- L’Autorité de l’I B T P a saisi le Crite par sa lettre N° IBTP /DG/60/346/08 du 20 Août 2008 pour la récupération de cette villa dans le cadre de ses missions.
- Informé de cette situation, le Ministre de l’ESU a par sa lettre N°1158/MINESU/CABMIN/MML/DR/2008 alerté son collègue des Affaires Foncières pour exiger l’annulation pure et simple des titres détenus irrégulièrement sur ce terrain et cette villa
- Actuellement un procès est en cours sur ce dossier car, le spoliateur s’est permis de saisir la justice à savoir, le Tribunal de Grande Instance de Kinshasa/Gombe sous le RC 100825 pour soit disant réclamer le « Redressement du certificat d’enregistrement et cessation de trouble de jouissance ».
1.3. Institut facultaire des sciences de l’information et de la communication (IFASIC)
- Situation litigieuse des bâtiments qu’il occupe et
- Spoliation du terrain dans le site RTNC qui lui avait été attribué par l’Etat depuis une trentaine d’années.
1.4 Institut supérieur pédagogique et technique
- Cet Institut est aussi dans une situation difficile à l’instar de celle actuelle de l’IFASIC
- Spoliation d’une partie de sa concession par les tiers.
- Aliénation de l’ex-camp des étudiants mariés à Lemba.
- Envahissement d’une partie de sa concession par les tiers.
- Aliénation des maisons des Professeurs à Righini (51 maisons)
- Aliénation des maisons des Professeurs à LIVULU (12 maisons)
- Aliénation des maisons du camp de travailleurs de l’Université à L1VULU (56 maisons)
- Aliénation hors procédure de 131 maisons des camps des Etudiants mariés à Lemba: ex-Lovanium, ex-ENA et celui de Salongo.
- C’est ici l’occasion de dénoncer la spoliation en cours du terrain de l’ISTM/Kinshasa et de l’Université de Kinshasa par des Chefs Coutumiers et, saluer le courage des Autorités actuelles de la Commune de Lemba qui s’opposent, et à juste titre, à la tentative de certaines personnalités du Conseil d’Administration des Universités de partager le terrain de l’Université de Kinshasa, voisin du home 30, même s’il est dit que c’est pour le personnel de l’Université.
2. Situation de l’Université de Kisangani
2.1. Trois immeubles dont l’UNIKIS détient le titre de propriété mais occupés par des tiers malgré les jugements rendus en faveur de l’Université.
2.2. Un immeuble dont l’UNIKIS détient le titre de propriété en concurrence avec un tiers qui prétend être un bien abandonné.
2.3. Huit immeubles cédés à l’ex-ULC sans titres de propriété et occupés par des tiers sur base de titres obtenus illicitement.
2.4. Quatre immeubles spoliés par les Agents de l’UNIKIS après avoir subtilisé frauduleusement les documents ad hoc dans le classement.
2.5. Quatre immeubles de l’UNIKIS à Kinshasa mais occupés anarchiquement par l’Eglise Kimbanguiste.
2.6.1. Quatre concessions sans titres de propriété destinées aux recherches et aux expériences pour les étudiants attendent à être couvertes par un titre de propriété conséquent.
2.6.2. Trois lotissements anarchiques dans 3 concessions de l’UNIKIS notamment par l’antenne provinciale de la Croix-Rouge du Congo.
3. Situation dans la ville de Lubumbashi
3.1. Institut supérieur des statistiques de Lubumbashi
- Vieil établissement qui fonctionne depuis une trentaine d’années sans bâtiments propres mais occupant actuellement 2 bâtiments litigieux de l’ex- société TAIFA.
- Créé il y a plus de trente ans, fonctionne dans des bâtiments litigieux où il est menacé de déguerpissement.
- Autrefois l’Université comptait 185 maisons et appartements.
- L’actuel hôtel de la Rose est une ancienne résidence du Secrétaire Général de l’Université de Lubumbashi.
- De ces biens, 8 maisons ainsi que 4 terrains dont la ferme de la Faculté de Médecine Vétérinaire et le terrain entourant les Cliniques vétérinaires sont spoliés par des tiers.
Certains n’ont pas hésité à faire arrêter des Professeurs et des Etudiants qui ont osé protester contre ce pillage.
Devant cette situation de spoliation quasi-généralisée du patrimoine de l’Enseignement Supérieur et Universitaire, le Ministre a transmis des instructions précises aux Chefs d’Etablissements pour s’investir dans l’obtention des titres de propriété des patrimoines de leurs Institutions respectives d’une part, et pour la collaboration avec les Autorités locales ainsi que les Cours et Tribunaux pour protéger et récupérer les biens et les terrains spoliés d’autre part.
(DN/Th/GW/Yes)
Le Potentiel