Edifiante conférence organisée le week-end dernier au Centre Wallonie-Bruxelles de Kinshasa autour du discutable intérêt de relance des ensembles régionaux en Afrique centrale, telle la CEPGL ou un regroupement plus vaste et beaucoup plus viable
Le centre Wallonie Bruxelles a servi vendredi, de cadre à une conférence sur l’intégration économique régionale dans le pays des Grands Lacs, animé par le professeur Alex Lumpali, spécialiste en économie internationale de l’université de Namur, membre du cercle d’études européennes et internationales et expert en management des projets et programmes d’investissements publics.
L’orateur a d’abord présenté la CEPGL, cet ensemble des pays qui comprend la RDC, le Rwanda et le Burundi, avant de donner ses enjeux économiques et géostratégiques.
Il s’est intéressé par la suite aux critères de performances de cet ensemble, en mettant un accent particulier sur sa gestion et en relevant les problèmes récurrents de la gouvernance, les aspirations légitimes de ses populations dans le cadre de l’intégration économique régionale. Et cela comparativement à l’Union européenne, cet autre ensemble qu’aujourd’hui, sert de modèle.
A ce sujet, des indicateurs de performance montrent la réussite de l’Union européenne dans plusieurs domaines. Dans une première approche économique, le professeur Alex Lumpali soutient que la CEPGL doit d’abord exister pour prétendre relever tous les défis qui se posent à elle, afin de pouvoir sortir de la pauvreté.
Dans l’approche normative, l’orateur a défini les objectifs que se fixent les gouvernements de cet ensemble en posant deux questions fondamentales, celle de définir où les gens doivent aller et celle de savoir ce qu’ils doivent faire. Après avoir évoqué l’approche prescriptive, cette sorte de formulation des recommandations faites en faveur de la CEPGL par les sommets des chefs d’Etat et de gouvernement, il a indiqué que les trois approches sont essentielles et ne devraient pas exclure celles des institutions de Bretton Woods.
Par ces approches, le professeur Lumpali a soutenu que chaque gouvernement a le devoir de disposer d’un certain nombre de capacités en termes de ressources et de pertinence qui obéissent à certains critères.
Pour lui, tous les pays des Grands Lacs devraient s’unir pour installer la paix et assurer l’avenir des populations. Cela requiert responsabilité, autorité, confiance et réciprocité qui sont des canaux importants permettant aux pays de bénéficier des avantages d’un regroupement autour d’un ensemble.
Il est donc nécessaire, a fait savoir le membre du Cercle d’études européennes et internationales, que l’Etat puisse intervenir dans de petits espaces de manoeuvre pour en tirer profit. Pour ce faire, il doit opérer un choix judicieux sur l’équité sociale et la paix en lieu et place de l’aspect économique.
Le professeur Alex Lumpali a terminé son exposé par rappeler le challenge de la CEPGL qui est celui de la performance. Pour autant, on regrettera que cette conférence n’ait pas donné lieu à un véritable débat. Celui-ci était jugé d’autant nécessaire que la CEPGL n’a pas laissé que de bons souvenirs aux Congolais.
D’abord parce que sa création ne relevait pas d’une nécessité, mais plutôt d’une volonté d’effacer la frustration née de l’échec d’un autre ensemble sous-régional, les Etats-Unis d’Afrique Centrale qui réunissaient la RDC de Mobutu, le Tchad de François Tombalbaye et la RCA de Jean-Bedel Bokassa.
Les Congolais se souviennent que cette structure répondait uniquement à la volonté de grandeur de Joseph Désiré Mobutu qui voulait, dans une Afrique encore marquée par quelques pères de l’indépendance- Senghor, Houphouet Boigny, Sekou Touré, N’Krumah, Nasser, Modibo Keita, Hamani Dioni, Nyerere, Kaunda, Ben Bella, etc...- disposer d’un levier pour peser dans le concert des nations.
Pendant toute la durée de son existence, cette structure a joué uniquement le rôle d’aspirateur des fonds en provenance du Congo en faveur de la RCA et du Tchad. C’est le même rôle pratiquement que la CEPGL a joué par la suite avant de se transformer en cheval de Troie pour la déstabilisation planifiée de l’ex-Zaïre par le Rwanda et le Burundi associés à l’Ouganda et l’Erythrée avec l’appui de certaines multinationales.
Treize ans après le déclenchement du processus de déstabilisations répétitives de la RDC, peut-on penser honnêtement que le moment soit indiqué pour relancer la machine sans avoir au préalable analysé le passé, vidé les différents contentieux et fixé les balises d’un avenir meilleur ? Est-il indiqué pour un pays dont on reconnaît la faiblesse des institutions d’engager l’avenir sans avoir fourni au préalable des efforts internes pour la restauration des équilibres fondamentaux ?
Est-il enfin indiqué pour ce même pays de favoriser le mouvement des populations uniquement dans des zones frontalières alors que rien n’est fait pour impulser le même mouvement sur l’ensemble du territoire et donc assurer la cohésion interne.
Le Congo a de vrais problèmes et de vraies priorités. Ceux qui l’obligent à s’engager prioritairement dans la résolution des problèmes des Etats voisins, veulent-ils l’enfoncer dans la crise ou l’aider à en sortir? Qu’à cela ne tienne. La RDC ne pourra jamais écrire son avenir tant que le pays ne réussira pas à atteindre un niveau d’organisation et de stabilité interne compatibles avec les objectifs de développement.
C’est de cela qu’on aurait voulu voir les participants débattre avec le conférencier. Il n’en a malheureusement pas été le cas.
(DN/Th/GW/Yes)
Aissatou Mbombo/Le Phare
Last edited: 02/06/2009 18:10:22