Nous titrions la semaine dernière que le président de la République Joseph Kabila Kabange – JKK – a ajouté à son emploi de temps particulièrement surchargé une préoccupation harassante qui grignote de précieux moments au peu de temps de répit qui lui reste pour ses loisirs.
En effet, à deux ans de la fin d’un mandat électoral qui a conféré à son pouvoir la légitimité constitutionnelle dont il jouit, JKK est aujourd’hui traversé par le même scrupule partagé par le bas peuple : tout autour de lui existe un vide qui se définit en termes d’hommes de confiance. Un tel déficit humain serait, à entendre s’exprimer le commun des mortels à la base de bien de ratées qui s’observent dans la réalisation des objectifs présidentiels. Ce déficit a créé autant de bourbiers dans lesquels s’enlisent la plupart des entreprises d’Etat et des régies financières de l’Etat d’où se volatilisent pour des destinations inconnues des millions de dollars qui devraient servir à la reconstruction de la nation.
Les exemples sont légions et les scandales qui en sont les corollaires laissent perplexes, tant leurs auteurs ont avec la conviction de l’aplomb qu’ils volent tellement haut que les ternes critiques des envieux ne peuvent rien contre eux. Ceux qui croient ainsi appartiennent à cette tribu de prédateurs pour qui l’impunité a la peau coriace et la vie longue. Grand bien leur fasse, et pourvu que ça dure pour eux. Sous la Deuxième République, on en a vu d’autres, qui cultivaient les mêmes vices qu’eux. Beaucoup d’entre eux se retrouvent aujourd’hui Gros Jean comme derrière, balayés par les événements du 17 mai 1997.
La situation dans ce domaine de détournements est d’ores et déjà dans une phase d’évolution qui peut surprendre dans les semaines qui viennent.
En effet, selon certaines confidences qui ont fini par bruire jusqu’à ses oreilles, le président de la République est désolé de voir toutes ces turpitudes qui se trament et se jouent autour de lui comme dans un théâtre d’ombres chinoises, dans son propre cabinet tout autant que dans de larges cercles de la majorité présidentielle devenus tous deux des centres d’où se noueraient et se dénoueraient, semble-t-il, des intrigues d’argent. Au point de faire dire au chef de l’Etat qu’il lui manque des hommes de confiance. Pas seulement des hommes de confiance, mais des hommes crédibles à ses côtés.
Par les temps qui courent, ce concept difficilement matérialisable à priori le soumet à exercer un jugement critique sur une foultitude d’hommes qu’il peut découvrir dans tous les horizons. Un exercice aussi périlleux que stressant pour un homme déjà absorbé par des tâches officielles qui ne lui laissent que très peu de temps pour la concentration, pourtant nécessaire s’il veut, sans interférence des tierces personnes, se forger une opinion réelle sur chacune des perles susceptibles de faire partie de ceux que l’on va appeler « les hommes du président ». C’est-à-dire, des gens qu’il s’est choisi lui-même en son âme et conscience sans influence extérieure à lui Joseph Kabila Kabange fils de Laurent-Désiré Kabila.
Une telle détermination dans le choix de ses futurs collaborateurs est significative de sa volonté de se doter de gens qui ne seront pas à ses côtés pour paraître ni ajouter une mention glorieuse sur leur carte de visite ; des gens qui, alors qu’ils appartiennent à des réseaux maffieux, pourraient par inadvertance être appelé à travailler à côté du Raïs et risqueraient de redevenir encombrants pour la bonne marche du cabinet ; des gens qui se frotteraient les mains pour la simple raison que du seul de se trouver aux faîtes du pouvoir ils auraient la latitude d’abuser de leur qualité pour instrumentaliser les magistrats et les juges afin de rendre des jugements iniques au nom du magistrat suprême ; des gens qui seront dotés d’une personnalité morale et cultivant un esprit de probité sécurisante pour JKK ; enfin, cerise sur le gâteau : des gens qui seront capables de rendements croissants aux côtés du chef.
On peut ironiser que l’on voudrait faire découvrir à Joseph Kabila Kabange des hommes qui, tels définis, n’existeraient que sur une planète autre que Terre. Que non. Fils de Laurent-Désiré Kabila le M’zée, homme de pensée et d’action qui était fortement imprégné du sentiment de la dignité de la grandeur de son pays, Joseph Kabila Kabange est en train de tourner sa lorgnette par son petit bout pour y chercher et voir, grandeur nature, le genre d’hommes dont il a besoin pour achever en beauté son mandat. Des hommes capables de transformer les deux années qui restent en quatre années, par la magie du travail, de l’abnégation, de la droiture et surtout de la subordination des intérêts personnels et égoïstes de chacun aux intérêts supérieurs de la nation, bref, par l’immersion de la personnalité des gens qu’il va se choisir dans les tâches qu’ils auront à exécuter à ses côtés.
A propos de cette culture de l’impunité qui est revenue à la surface comme du temps exécré de la Deuxième République, nous avons prédit dans les lignes qui précèdent que la situation dans le domaine des détournements des deniers de l’Etat est dans une phase d’évolution positive qui va surprendre dans les semaines qui viennent. Plusieurs indices annoncent l’imminence du changement dans ce secteur.
Luzolo Bambi, l’intraitable don Quichotte qui fait de la lutte contre la grande criminalité à travers la capitale son cheval de bataille d’annoncer que bientôt la lutte qu’il mène contre les « kuluna », ces gangs drogués sèment la désolation à travers les quartiers de Kinshasa de jour plutôt que de nuit avec des armes blanches de toutes sortes, va s’orienter vers les « kuluna » économiques, entendez : les détourneurs de deniers publics ?
A l’entendre parler, les administrations pénitentiaires de grandes villes du pays – Lubumbashi, Kisangani, Mbandaka, Kindu - s’emploieraient présentement à réfectionner les espaces carcéraux destinés à accueillir leurs futurs pensionnaires. Selon donc toute vraisemblance, rien ne pourra plus être comme avant dans les jours qui viennent.
Un autre signe qui annonce que la traque de l’impunité est pour bientôt est donné par le chef de l’Etat lui-même. Il a annoncé que dans les jours qui viennent, il va nommer au sein de son cabinet un conseiller spécial chargé de la bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption. Ce conseiller spécial sera nommé à la suite de l’audit diligenté par la Présidence de la République et dont le rapport se trouve déjà sur la table du chef de l’Etat.
Ainsi, on revient donc à la promesse faite par Joseph Kabila Kabange le 6 décembre 2006 lors de son investiture. « Je décrète dès ce jour la fin de la récréation », avait-il annoncé tout en ajoutant que les portes des prisons allaient bientôt être grandes ouvertes pour tout ceux qui contreviendraient aux dispositions de la loi.
(CV/Yes)
Clément Vidibio/MMC
Last edited: 26/05/2009 17:01:47