RouteAvec ses cinq chantiers, la Répu­blique est à un tournant. Qu’elle doit savoir négocier sans y laisser beau­coup de plumes. Tout le monde sait que les cinq chantiers ne sont pas les bienvenus chez tout le monde. Les ins­titutions de Bretton Woods ne font pas mystère de leur manque d’enthou­siasme, je vais dire de leur hostilité déclarée vis-à-vis du contrat qui lie la République à des entreprises chinoi­ses. Contrat sans lequel la réalisa­tion de cinq chantiers risque d’avan­cer à pas de tortue ou ne pas avancer du tout.

Les institutions financières inter­nationales qui ne veulent pas entendre parler de contrat chinois ont leurs rai­sons. La République a les siennes. Et qui ne sont pas moins valables que cel­les des autres. L’opinion ne comprend pas pourquoi les autres ne veulent pas de ce contrat. Officiellement parce qu’il va, disent-ils, alourdir l’endettement de la République. Celle-ci devant d’abord, d’après eux, rembourser ce qu’elle doit, aussi bien au club de Paris qu’à celui de Londres.

La République, elle, soutient n’avoir pas contracté de nouvelles det­tes avec les Chinois. Les richesses du pays, qui sont immenses, mais toujours à l’état potentiel, couvrent ce contrat dont la réalisation va considérablement enrichir la République. Deux thèses s’opposent au sujet de ce contrat. Celle de ceux qui sont contre, et parmi les­quels on compte même de nombreux responsables politiques du pays.

On est donc face à un dilemme. Que les étrangers n’approuvent pas le contrat chinois, pourrait à la limite se comprendre. Et encore ! Mais qu’il se trouve des Congolais, parmi les diri­geants du pays, pour penser comme eux, il y a là absence de vision com­mune. Il n’est pas normal, en effet, que des gens qui travaillent pour un objec­tif supposé être le même, c’est-à-dire le développe­ment du pays et le bonheur du Congolais, ne soient pas capables de se mettre d’ac­cord sur les moyens à utili­ser pour pouvoir y arriver, c’est que effectivement, il y a un problème. Quand on ne par­tage pas la vision d’une poli­tique, on ne l’embrasse pas. On attend son heure pour pouvoir appliquer la sienne.

Ici on constate que la République souffre de ses propres carences idéologi­ques. Que va-t-on faire et comment le faire? Les res­ponsables n’ont pas une ré­ponse commune à cette dou­ble interrogation. Dans ces conditions, comment veut-on que les étrangers ne s’en­gouffrent pas dans cette brèche ainsi ouverte pour jeter le doute dans l’opinion?

Après la guerre, l’Eu­rope a eu droit à un plan Marshall. Tout y était telle­ment détruit, comme c’est notre cas aujourd’hui, que seuls des gros remèdes pouvaient venir à bout de grands maux dont souffrait l’Europe. Nous sommes présente­ment dans la situation d’Europe après la 2ème guerre mondiale. Comment pouvons-nous nous en sortir si nous ne parlons pas en ter­mes des milliards de dollars ? C’est peut-être prétentieux pour des gens qui n’ont pas du cash, mais à genoux, nous ne pouvons pas nous con­tenter de prendre des petits risques.

Aux grands maux, les grands remèdes, dit-on. Nous avons dépassé le stade de la survie à la vie tout court. Les cinq chantiers qui ne peuvent se réaliser de manière heu­reuse sans le respect du con­trat chinois, constituent la matérialisation de notre rêve. Celui de permettre aux géné­rations futures de vivre riches dans un pays riche. Le contrat chinois cesse­rait de faire peur le jour où la République parlera d’une seule et même voix. La dé­mocratie n’autorise pas de parler de manière cacopho­nique dès lors que les inté­rêts majeurs du pays sont en jeu.

(DN/Th/GW/Yes)

Mankenda Voka/L’Observateur