Les forces obscures qui entretiennent la spéculation sur le marché des changes n’ont qu’à bien se tenir face à la fougue de la Banque centrale du Congo. Pour la quatrième fois, l’Institut d’émission procède ce lundi 25 mai, dans ses locaux, à la vente de devises aux banques par voie d’adjudication. L’objectif reste le même : stabiliser durablement le taux de change.
La Banque centrale du Congo n’est pas prête à lâcher prise dans son combat de venir à bout des forces obscures qui entretiennent encore le flou sur le marché des changes. Pour la quatrième fois, depuis la première opération le 13 avril 2009, la BCC procède ce lundi 25 mai à la vente de devises aux banques par voie d’adjudication. L’objectif demeure le même, c’est-à-dire retirer en libre circulation sur les marchés le trop plein de liquidités en monnaie nationale, source première, affirment les experts de la BCC, de l’instabilité sur le marché des changes.
Depuis le début de ces opérations, la BCC a pu injecter sur le marché interbancaire près de 30 millions Usd, versés directement sur les comptes des banques souscriptrices en contrepartie en cash ou en scriptural, 48 heures après la clôture des opérations d’adjudication.
Même si l’optimisme reste de mise à la direction des services étrangers de la BCC, un certain scepticisme continue à se lire dans le rang des banques commerciales, la plupart manifestant un intérêt moindre aux diverses interventions par vente de devises de l’Institut d’émission.
Sur ce point, le directeur des services étrangers de la BCC, Déogratias Mutombo Muana Nyembo, est plus que confiant sur la réalisation de l’objectif assigné à ces différentes interventions. « Le bout du tunnel n’est plus loin. Dans un bref avenir, la situation devait durablement se stabiliser », a-t-il dit, à la clôture de la troisième opération le 11 mai 2009.
Il faut dire qu’avec le renflouement par divers apports extérieurs des réserves internationales de la RDC, la BCC dispose, à ce jour des ressources nécessaires, pour jouer véritablement son rôle sur le marché des changes.
A ce jour, outre les instruments classiques de politique monétaire dont fait généralement usage la Banque centrale du Congo, notamment le taux d’intérêt directeur et le coefficient des réserves obligatoires, l’Institut d’émission concentre actuellement son attention sur les opérations de vente de devises pour corriger le déficit entre l’offre et la demande des devises sur le marché des changes.
Sur ce point, Samir Jahjah, représentant résident du FMI en RDC, avait apporté, lors de la conférence de presse animée en début de semaine à son siège de Kinshasa, son soutien aux opérations menées par la Banque centrale pour stabiliser durablement la situation sur le marché des changes. Même si la RDC évolue dans un régime de change flottant, il n’a pas exclu l’intérêt pour la Banque d’intervenir lorsque les forces du marché s’avéreraient inaptes à ramener le marché à l’équilibre.
Intervention justifiées
A ce sujet, les avis divergent sur la nécessité pour la Banque centrale d’agir en situation de change flottant. Une certaine catégorie d’économistes pensent qu’en régime de changes flottants, la Banque centrale n’a pas à épuiser ses réserves de change en cas d’attaque spéculative contre la monnaie nationale mais l’incertitude devient la règle (on ne sait jamais quel sera le taux de change d’une monnaie dans les jours à venir, et encore moins dans les mois ou les années à venir). Mais, le drame est que le flottement généralisé des monnaies a comme conséquence l’instabilité monétaire.
Ainsi, dans la pratique on s’écarte du flottement pur où il n’est admis aucune intervention, en acceptant, dans la mesure du possible, le flottement administré ou flottement géré. Dans cette dernière hypothèse, les taux de change sont flottants, mais des interventions ponctuelles ou coordonnées des Banques centrales informent les marchés sur la parité considérée comme souhaitable. Il s’agit d’un « flottement impur ».
Dans les faits, les taux de change connaissent d’importantes variations, réduisant la lisibilité de l’activité économique. D’où, la nécessité, le plus souvent, en raison de l’impératif de stabiliser les prix antérieurs pour la Banque centrale du Congo d’intervenir ponctuellement pour éliminer certaines distorsions du marché.
Cette approche permet à l’autorité monétaire d’influencer les mouvements du taux de change à travers une intervention active, sans spécifier ou pré-annoncer une trajectoire pour le taux de change, la Banque centrale ne s’engageant pas sur un taux de change ciblé.
C’est le régime est adopté par nombreux pays émergents à partir de la fin des années 1990 et début des années 2000, notamment l’Argentine, l’Uruguay, la Roumanie, la République Tchèque, la Croatie ou encore la Russie et Singapour.
(CL/PKF)
Le Potentiel
Last edited: 23/05/2009 17:24:36