Triste constat de l’aveu du président de la République concernant ses soucis de trouver des collaborateurs sûrs et qualifiés dans son entourage au point de se lancer à la recherche de ces oiseaux rares, ce qui appelle des remarques sur la crédibilité des acteurs politiques congolais
C’est une longue interview du président de la République Joseph Kabila Kabange au grand journal de New York « The Times » publié le mois dernier qui a révélé au grand public les tracas politiques obsédants qui l’oppriment depuis quelque temps. Un mois après, la journaliste belge Colette Braeckman est revenue sur le sujet en annonçant l’intention du président Joseph Kabila Kabange de se choisir 15 personnes capables de l’aider à transformer les 2 ans qui lui restent pour son mandat en « quatre années » ! La précision de cette donne arithmétique est de Joseph Kabika Kabange en personne, dans le texte de l’interview.
Joseph Kabila Kabange ne se laisse pas effrayer par l’avance du temps, inexorable, qui s’écoule vers les prochaines échéances. Combien d’années restent-il encore d’ici là ? Deux au bas mot. Mais, quant à savoir s’il pourra avoir suffisamment de temps de manœuvres pour réaliser ce qu’il devra justifier comme réalisations de son mandat, cela paraît être une préoccupation qui le turlupine. Au point de s’inspirer de la démarche de Diogène, ce philosophe de la Grèce antique qui s’était promené un jour dans les rues d’Athènes tenant à la main une lampe allumée en pleine journée ! Aux gens médusés qui lui demandaient s’il n’avait pas la berlue en se promenant de la sorte, il avait répondu, simplement : « Je cherche un homme ! »
Comparaison n’étant sûrement pas raison, on ne peut à priori comparer les deux démarches au risque de pronostiquer un résultat nul pour la démarche que veut entreprendre Joseph Kabila Kabange placé aujourd’hui, ainsi qu’il l’a dit dans les deux interviews en question, dans une extrême nécessité de se donner un minimum de 15 personnes susceptibles de l’aider « à réussir son pari de transformer en quatre ans plutôt qu’en deux ans le mandat qu’il lui reste d’effectuer ». La quadrature du cercle ou presque !
La question que l’on doit cependant se poser est celle-ci : où et dans quels milieux le président de la République doit-il aller pêcher ces 15 oiseaux rares qui vont lui permettre de transformer l’eau en vin ? Chi lo sa ! Comment entre-t-on jusqu’ici dans le pré carré présidentiel et quel genre de personnes, quel profil, est exigé aux futurs élus dans le sérail présidentiel ?
Laissons le présidentiel l’expliquer lui-même et lisons plutôt ce que dit Colette Braeckman à ce propos. A la journaliste belge qui lui rappelle ses confidences au « The Times » de New York au sujet de l’existence de « collaborateurs peu fiables autour de lui », et qui lui demande par la suite si ce ne serait pas lui-même qui « les choisit mal », JKK a répondu comme suit : « Pour choisir quelqu’un, il faut avoir une bonne connaissance de cette personne. Et pour avoir cette connaissance, il faut travailler avec cette personne. Je ne peux pas changer mes conseillers tous les trois mois, il faut donner le temps aux gens. Depuis 2001, il y a eu beaucoup de changements autour de moi. Pour transformer un pays comme le Congo, il ne faut pas compter sur 1000 personnes, il faut avoir 10 ou 15 personnes bien déterminées… Et je constate que je n’ai pas toujours ces 10 ou 15 personnes sous la main ». Un cri du cœur d’un chef qui veut cette fois nettoyer ses écuries à grande eau.
Du reste, la même acrimonie, le président de la République l’a exprimée dans l’interview au « The Times » quand il dit : « Je n’ai pas besoin de 1000 personnes pour transformer le pays : 3, 4, 5, 10, 15 personnes convaincues, déterminées et résolues » suffisent ! C’est tout dire !
Quand le président Joseph Kabila Kabange ajoute cependant sur un ton ironique dans l’interview accordée au « Soir » : « Peut-être suis-je trop exigeant », à notre humble avis, il n’a nullement regretté le fait d’avoir gardé autour de lui des personnes qui n’y ont passé que l’espace d’une saison. Nenni : plus que jamais, on est fondé à penser que Joseph Kabila Kabange, qui est tout l’opposé d’un chef capable de regretter la médiocratie autour de lui - surtout si cette médiocratie constitue une épine à ses pieds – est décidé de casser la baraque.
Des collaborateurs encombrants, incapables de résultats et de performances : c’est le genre de personnes que le Diogène congolais ne cherche sûrement pas avec sa lampe allumée en pleine journée, lui qui attend de ses collaborateurs de prouver réellement qu’ils appartiennent à la race d’oiseaux rares qui méritent pleinement sa confiance, qui s’identifient à lui, qui regardent dans la même direction que lui, qui le renseignent exactement sur les desiderata du peuple, qui font preuve d’initiatives lumineuses dans la réalisation des tâches leur imparties au sein du cabinet, bref : des gens capables de participer activement, à ses côtés, aux transformations qu’il veut imprimer pour faire de ce pays en havre de paix où il fait bon de vivre ?
Selon des confidences qui sourdent du palais, le président Joseph Kabila Kabange refuserait de se faire des états d’âme au sujet des choix qu’il se propose d’opérer. L’indécence des rumeurs que répandent à ce sujet les tabloïds qui font du sensationnel un inépuisable fonds de commerce fera mourir de ridicule leurs auteurs. Nous serons bientôt fixés ! Et de la plus belle manière. Parce que, depuis lors, JKK scrute patiemment tous les horizons. D’expérience, il sait que les horizons du ciel congolais ne s’arrêtent pas forcément là où ceux des pays limitrophes rejoignent les nôtres. Loin s’en faut !
(CV/Yes)
Clément Vidibio/MMC
Last edited: 21/05/2009 19:44:26