ThambweCe qu’il convient déjà d’appeler « affaire Thambwe Mwamba » fait paradoxalement plus de vague dans sa famille politique que dans l’opposition. Depuis ses explications au siège de l’AMP, il se trouve toujours des membres de la Majorité à garder une dent contre le ministre des Affaires étrangères. Est-ce l’imminence annoncée du remaniement qui justifierait cela ? D’autant que l’intéressé  lui-même avait précisé le contexte dans lequel il avait tenu ces propos à Goma lorsqu’il déclarait ne pas viser les députés dans leur ensemble, mais les auteurs de la motion.


Reste à savoir si lors de l’interpellation, la Majorité pourra taire les dissensions ou sons discordants pour sauver le ministre des Affaires étrangères qui, qu’on l‘aime ou qu’on ne l’aime pas, a quand même engrangé quelques points positifs en six mois de gestion de la diplomatie congolaise. Même s’il est vrai que le style Thambwe Mwamba, mieux sa personnalité, depuis le régime Mobutu, a toujours été sujet à controverse. Même s’il est vrai aussi que les propos du ministre des Affaires étrangères à Goma prêtaient, a priori, à confusion d’autant qu’ils avaient été prononcés lors d’une manifestation officielle retransmise en direct. Si donc couac il y avait eu, c’était juste au niveau de la communication dès lors que, invité à s’excuser par après,  Thambwe Mwamba avait reprécisé sa pensée.

Fin février 2009, Goma est en fête. Les Congolais du Nord Kivu célèbrent le retour, dans leur pays, des soldats rwandais venus participer à l'opération conjointe de traque des FDLR. Pendant deux mois, l'opération a permis de réduire à plus de 80% la capacité de nuisance de ces miliciens hutus rwandais qui, pendant plus de quinze ans, ont écumé les montagnes du Kivu, sémant mort et désolation. Happy end, s'extasiait-on dans les collines du Graben. Quinze années de malheurs viennent d'être tournées pour faire place à une nouvelle ère de paix, de sécurité et de développement.

Sans attendre l'appel, les Congolais affluent de tous leurs refuges pour regagner leurs lieux de vie et y reprendre leurs activités ; les humanitaires peuvent, eux aussi, se déployer dans ces zones autrefois coupe-gorge. A bord de son 4x4, Joseph Kabila donne la mesure de la paix et la sécurité retrouvées en se livrant à un véritable slalom de Kisangani à Goma, non seulement pour se rendre compte de l'évolution des travaux de réhabilitation des routes, mais surtout pour donner la preuve, par sa propre personne, de ces paix et sécurité retrouvées.

Lorsque les troupes rwandaises entraient, plus d'un mois plus tôt et à la surprise générale, en territoire congolais, un tollé général s'était emparé de la RDC tout entière au point d'ébranler jusqu'à ce qui lui restait encore d'intégrité tant en termes sécuritaires que de l'image même du pays à travers le monde. Les institutions issues des élections et leurs animateurs se voyaient projetés, comme en pâture, au-devant de la scène, face à des loups criant à la trahison et prêts à les dévorer vifs.

Pendant plus de trois mois, la RDC va vivre une saga sans précédent dans la jeune histoire de sa tout aussi jeune démocratie.

La chambre basse du Parlement est au bord de sa mise en congé. Son bureau est en ballotage à la suite des déclarations du Premier de ses membres qui mettaient en cause les choix de l'Exécutif national. Elle ne retrouvera de sérénité - et l'ensemble du pays avec - que plusieurs semaines après la fin de l'opération conjointe qui faillit mettre le feu aux poudres.

Normal donc qu'à Goma, ce jour-là de la fin du mois de février, les Congolais exultent, chantent et dansent. Et la suite des événements leur en donnera raison avec la nouvelle situation dans les Grands Lacs, particulièrement la normalisation en cours entre Kinshasa et Kigali et le retour de la RDC à la CEPGL.

La boite de pandore ouverte

Tournée la page ? C'est, en tout cas, ce que tous les Congolais pensaient et espéraient. Jusqu'à il y a une semaine lorsque, toujours des rangs de la majorité, le dossier, comme la boîte de Pandore, resurgit. Il y a deux week-ends, Alexis Thambwe-Mwamba, ministre des Affaires étrangères, est attrait devant la plus haute instance de l'Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP) au cours d'une réunion présidée par le Secrétaire exécutif adjoint, Louis Koyagialo Gbase te Gerengbo. Il doit s'expliquer sur ses propos qu'il avait tenus à Goma lors de la cérémonie marquant le retour des troupes rwandaises dans leur pays : "c'est facile de lancer des pétitions à partir de Kinshasa lorsqu'on a un salaire mensuel équivalent à dix ans de salaire d'un enseignant de Goma. "

Le propos, manifestement, n'a pas plu à tout le monde, même dans les rangs de la majorité qui, logiquement, n'était pas visée. L'interpellation de Thambwe, dans ce contexte, et plus de trois mois après les propos incriminés, surprend plus d'un Congolais qui l'apprend après coup par les médias interposés. Elle surprend du fait que le sujet n'est plus d'actualité, surtout que l'affaire à l'origine a été clôturée avec l'élection d'un nouveau Bureau de l'Assemblée nationale.

Elle surprend aussi d'autant plus qu'elle fait peser une menace de sanction contre son auteur, curieusement en cette période où pullulent des rumeurs sur un éventuel remaniement du Gouvernement. Et elle paraît d'autant plus sérieuse que l'intéressé doit, sauf arrangement interne à l'AMP, s'expliquer, toujours sur le même sujet, devant l'Assemblée nationale, probablement ce mercredi 20 mai 2009.

En attendant, devant ses pairs de l'AMP, Alexis Thambwe-Mwamba a eu le temps et l'occasion de clarifier sa pensée après avoir considéré qu'il n'avait pas à s'en expliquer, provoquant un certain énervement dans les rangs de ses interlocuteurs qui y trouvaient ce fameux "arrogant " dont ils ont entendu parler en ces termes. Loin de l'arrogance, explique ceux qui connaissent l'homme, Thambwe, comme à ses habitudes, a eu du mal à comprendre qu'on ne l'ait pas compris sur une question apparemment simple et, donc, sans aucun enjeu.

Concrètement, ses propos de Goma avaient un (ou des) destinataire (s) bien définis. Il ne s'agissait pas des députés dans leur globalité, dont Thambwe - qui a été l'un des leurs, connaît le niveau de traitement qui est loin de correspondre à 10 ans de salaire d'un enseignant. Il s'agissait bel et bien de certains bonzes de l'Assemblée nationale, identifiés comme auteurs physiques ou intellectuels des crises récurrentes à l'Est et de celle qui avait surgit à la suite du lancement de l'opération conjointe de traque des FDLR. Il est indiqué que le dernier membre du Bureau de l'Assemblée nationale d'alors touchait un salaire de 13.000 Usd…Qu'à cela ne tienne, Thambwe-Mwamba a fini par présenter ses excuses à ceux de ses pairs de l'AMP qui estimaient avoir été blessés par ses propos de Goma.

Entre cabale et procès de la traque des Fdlr

Le Ministre des Affaires étrangères devrait donc attendre sereinement son éventuel passage à l'Assemblée nationale avec un espoir précaire de bénéficier du soutien de la majorité, si besoin il y aura. Car, pour ceux qui pensent ainsi, la tempête ne semble que s'être mise en embuscade. Le contexte même de la résurgence de l' "affaire Thambwe " les confortent dans leur certitude. Il s'agit de cette perspective de remaniement qui appelle une " redistribution des cartes " avec ce que ces termes charrient d'habitude comme contenu.

La classe politique congolaise a toujours habitué l'opinion à ce genre de manœuvres de diabolisation des uns dans le but de créer le vide à occuper. Vu sous cet angle, on pourrait penser que Thambwe-Mwamba n'est pas loin de faire l'objet d'une cabale visant à le disqualifier de la " course " au prochain Gouvernement, non pas nécessairement par ceux qui convoitent le même poste des Affaires étrangères, mais aussi par tous ceux qui, dans la famille politique du Chef de l'Etat, semblent n'avoir pas encore compris que l'époque des bousculades et des coups de coude est révolue pour taire définitivement leurs différends afin d'œuvrer tous à la réalisation de la vision du Chef de l'Etat, celui-là même pour qui tous s'étaient engagés lors des élections.

D'autre part, en voulant régler des comptes à la seule personne de Thambwe-Mwamba, ses bourreaux sont loin de réaliser la portée d'une telle action qui est de nature à toucher jusqu'à la personne de l'autorité morale de la majorité et même à l'image de la République. En effet, puisqu'il est démontré que les déclarations de Thambwe Mwamba n'avaient pas de quoi fouetter un chat, en dehors de ceux qui en étaient visés, son interpellation éventuelle à l'Assemblée nationale et les résultats - quels qu'ils soient - qui pourraient en résulter ne constitueraient pas moins un procès de l'opération conjointe de traque des FDLR.

Car, si Thambwe Mwamba, en sa qualité de ministre des Affaires étrangères, avait engagé le pays, début décembre 2008 dans un accord ad hoc avec son homologue rwandais, il s'agissait de la concrétisation d'une vision du Chef de l'Etat. Que cette opération revienne donc dans l'actualité, particulièrement à l'Assemblée nationale, ne constituerait pas moins une occasion de procès contre ce choix, d'une part, et, d'autre part, une opportunité de rebondissement pour les pétitionnaires de l'époque qui n'auraient jamais rêvé d'un tel prétexte. Drôle de retour de manivelle quand on constate qu'une fois de plus, c'est la majorité qui apporte l'eau au moulin de l'opposition.

La vision de Kabila mise à mal ?

Au total, il semble que la Majorité devrait prendre le temps de faire une profonde introspection afin d'exorciser ces démons de la dissension qui, pour des appétits personnels, mettent toujours à mal la vision de paix, de sécurité et de développement de la RDC formulée par son Président. Lorsque l'on constate que des tensions, qui vont jusqu'aux dimensions nationales, partent toujours de la majorité, on doit comprendre que quelque chose ne va pas et qu'il faut faire le diagnostic qui s'impose en vue d'un traitement efficace. Dans ses dernières interviews à des journaux étrangers, Joseph Kabila ne cesse d'affirmer qu'il n'a pas encore 15 personnes pouvant porter sa vision et l'accompagner dans sa réalisation.

Qui l'a entendu ? Thambwe-Mwamba n'est pas éternel, certes. Mais aujourd'hui il est clair qu'il porte, pour le Congo, un programme délicat de normalisation avec ses voisins avec des perspectives fort intéressantes pour booster l'économie nationale et les affaires en général. Face à une telle évidence, tout procès contre lui, ou contre tout autre citoyen congolais qui serait à sa place, devrait commencer par opérer un choix entre les intérêts individuels et un enjeu national.
Il s'agit-là d'une question d'ordre intellectuel et moral.

(DN/Th/Yes)

Jonas Eugène KOTA/Forum des As