Le mi-mandat actuel du président de la République tombant à l’anniversaire de la libération du 17 Mai interpelle le Chef de l’Etat à cet autre tournant de la marche du pays pour rectifier le tir devant le bilan lourd de leçons du parcours des deux premières années de la législature en cours
Le Bilan du plus qu’une mi-mandature saute à l’œil. Restent les décisions fortes à prendre. Sans état d’âme. Quand dans le pays, tout empire, les forteresses se déroulent, chacun se recroquevillant sur lui-même alors plus que sonne l’heure du bilan. Kabila est seul désormais face à son peuple et face à son destin. A plus que mi-mandat, le Président de la République est désormais seul face à son peuple et face à son destin.
Que nul ne croit en ses propres mensonges. Le Peuple - avec lui sa représentation - attend que le Chef de l’Etat exerce son leadership volontaire avec ou sans- s’il le faut - la classe politique traditionnellement partisane et calculatrice. C’est le sens de ses propos dans la presse étrangère, à New York et à Bruxelles. C’est le sens des combats qu’il a engagés et qui s’engagent.
En vérité, si elle n’avait pas eu lieu, il aurait fallu inventer la dernière bataille du perchoir qui a vu le bureau de Chambre être remplacé par un autre. Cette bataille a eu ceci d’important qu’elle a mis à l’épreuve la classe politique pleine et entière qu’elle a mise à flux et qui a répondu sans équivoque.
Les débats d’avant et d’après perchoir - les exclusions et les contre-exclusions - ont fait voir des combines d’état-major de bas étage. Tel a donné tel ordre, tel autre tel autre. Qui ignore quoi désormais ? Sauf si elle est faite de malvoyants et de mal entendant, la classe politique a tout compris: la guerre de 2011 est déclarée. Elle sera fratricide. Elle sera impitoyable. Chacun pour soi, Dieu pour tous. A voir comment jour après jour, ceux qui sont aux affaires s’investissent, recrutent du monde, acquièrent et stockent du matériel, se déploient sur le terrain, développent des empires financiers comme jamais auparavant, font à leur manière montre de perspective, jurent publiquement qu’ils ne mourront pas avec quiconque, il y a fort à parier que le paysage politique dans un an sera loin de ressembler à ce qu’il est aujourd’hui. Et que l’hallali a très certainement sonné. A observer le Président de la République, celui-ci a déjà tiré le bilan. Reste qu’il annonce ses décisions.
A ce stade, il ne faut pas aux avant-postes forcément des chefs des partis. C’est cette formule de juxtaposition de personnes venues de divers horizons qui a été appliquée depuis le début de la mandature et qui n’a pas marché. On appellera cela le régime des partis comme la France a connu la IVème République avec la loi imposée par de minuscules partis charnières peu représentatifs - et qui n’a cessé d’agacer le Général de Gaulle qui fonda la Verne - et qui a échoué là-bas aussi. Il faut aujourd’hui au Président de la République détecter les cerveaux dans les principaux domaines d’activités publiques afin de constituer une équipe susceptible de mieux intégrer sa pensée et sa vision du pays et de l’Etat et de les traduire en actions visibles qui boostent et fassent avancer la Société.
Il prendra pour cela à témoin le Peuple à qui il n’a encore rien donné à ce jour alors qu’il- faut l’avouer - tout donné à la classe politique. A un Député qui en demandait qu’on rajoute les faveurs personnelles, le Chef de l’Etat ne l’a-t-il pas pris à contre-pied?
Tout est à redresser
« J’ai une proposition à vous faire », intervient-il. Puis de poursuivre: « Et si vous alliez fêter cette victoire - celle de la guerre du perchoir - avec vos électeurs »? Combien étaient-ils à comprendre le fond de la pensée de Joseph Kabila Kabange?
Arrivés souvent à Kinshasa avec des chaussures et des costards que seul sait décrire le président du Conseil italien, le Cavaliere Silvio Berluscuni parlant des Députés de gauche (« ils sont mal habillés, ils sentent mauvais », constate le Cavalière), ceux de R-dC sont retournés auprès de leurs électeurs en complets coupés sur mesure par de grands couturiers italiens ou français et en volant des tout terrain pimpant neuf.
On peut gager que gérée comme elle l’est présentement, la Chambre basse du Parlement restera jusqu’à la fin de la Législature majoritairement présidentielle même si des mouvements d’humeur ne manqueront pas. Même si rien dans l’arrière-pays, tout est à faire, et rien ne va. Que les routes sont plus impraticables que jamais naguère (dans le Bandundu, entre la rivière Kwango et la cité de Kenge, cinq heures sont requises aux tout terrain là où il en fallait trois heures il y a peu); à Kinshasa, dans le quartier - vous avez dit huppé? - de Binza-Upn, l’eau n’a plus coulé au robinet depuis quatre mois et les bassins d’où les habitants tiraient l’eau de pluie pour leurs toilettes ont depuis séché!
En pleine Capitale de Rdc... En pleine Capitale de Rdc, alors qu’on a souscrit aux objectifs du Millénaire, il est impossible de circuler - pour les automobilistes ou pour les piétons - après que « des Kuluna à col blanc » pour paraphraser le Garde des Sceaux Luzolo - s’en eurent mis pleins les poches... La route de Selembao dont la réfection a été lancée au moins deux fois par le Chef de l’Etat lui-même est retournée aux pires moments de l’homme de Neandertal. Tout comme nul ne sait donner du pneu sur la route de Matadi, un tronçon des plus stratégiques pour la mobilité humaine et le transport des biens et services. Pourtant, que des millions de dollars partis en fumée dans des comptes des entreprises- Ligablo avec la complice de fonctionnaires criminels.
Dans Masi-Manimba, la rage tue désormais impunément sans que quelqu’un ne s’en émeuve... L’homme qui embarque à l’aéroport international de N’Djili ou en débarque est terrorisé face aux verrous de la circulation. Il ne se compte plus des colonnes de voyageurs qui ratent un vol s’ils n’y ont daigné passer la nuit la veille. Avec un tel chaos, vous parlez de ville sans une politique de la ville, mise en oeuvre des politiques de transport, de logement, d’environnement, de zones d’activités économiques et d’appareil commercial ni de planification urbaine et de gestion de la cité pour une meilleure harmonie des usagés et du bien-être des résidents, actifs, touristes, etc. Si rien à Kinshasa qui appartienne au domaine public n’a été entretenu- certes depuis des temps immémoriaux, mais cela ne justifie pas ceci - , l’enfer dans l’arrière-pays, le paysan (électeur) connaît. Avec un tel chaos, vous parlez de démocratie et de mobilisation nationale?
Quand dans le pays, tout va de mal en pis, d’arrogantes forteresses financières se dévoilent même là où des guerres sont supposées avoir fait rage, des potes distribuent des cadeaux aux potes, chacun se recroqueville sur lui-même alors que sonne l’heure du bilan.
On peut s’attendre à ce que l’opposition tente de foncer sur la majorité comme un couteau pénètre dans du beurre. Du coup, la demande - de nouvelles faveurs présidentielles -faite au Chef de l’Etat est-elle aussi risible qu’enfantine quand cité émane d’un représentant du peuple. D’où la pertinence de la réaction du Chef de l’Etat: « Et si vous alliez fêter cette victoire avec vos électeurs? »
Une façon de leur dire: « Mesdames et Messieurs; retournez voir le Peuple, le corps électoral et rendez-lui compte de ce que vous êtes venus faire dans la Capitale ». Au pouvoir. L’heure du bilan est arrivée... Les Députés eux savent que dans tous les cas de figure, ils auront beau jeu de tirer leur épingle. « Ce n’est pas nous, c’est lui. C’est eux. Nous, on n’était pas à gérer.... Alors que cinq ans durant, ils auront eu partie liée.
La mobilité certes (les voies de communication), l’eau, l’électricité, la santé publique, la communication la bâtir et à professionnaliser en modernisant afin que l’air soit respirable), la diplomatie (à penser et à construire, mais pas celle du bling-bling tape-à-l’oei1, de l’hyper présent), finances et économie (à remettre sur les rails), la recherche fondamentale, la justice, la jeunesse, etc., voilà qui forme la locomotive d’une pensée et d’une vision d’avenir et qui constituent fort bien les chantiers de Kabila. A cela s’ajoutent - cela va sans dire - les questions de sécurité et donc de la défense de la souveraineté nationale.
Se mettre à la solitude
Pour cela, il faut des cerveaux. Ce sont les « quinze hommes » que depuis peu le Président de la République recherche activement. Nul ne les trouvera sur la Planète Mars.
Ces cerveaux, ils existent ici au pays. Ils sont au Parlement ou dans d’autres secteurs d’activités, élus ou pas.
Nombreux ont joué un rôle moteur à dernière bataille du perchoir où ils ont affirmé une conviction d’engagement fort. D’autres n’ont pas toujours été en première ligne, mais ont apporté leur part efficace à la victoire commune. Ce ne sont pas toujours des politiques - ils ne le seront peut-être jamais!
Ce sont de grands commis de l’Etat, des hommes de l’ombre dont l’action fondatrice a besoin.
Si on peut dire qu’au début du régime 1+4, le pays a en un gouvernement de cohabitation, et qu’au lendemain de la victoire électorale c’est une équipe du partage (la coalition gouvernementale) qui a pris les rênes du pouvoir, aujourd’hui, le Président de la République est projeté seul face à son peuple, face à son destin. Il a expérimenté les différentes formules.
La réponse qu’il me faut désormais apporter est celle qui s’inscrit dans la ligne droite de fin de mandat et du début de mandat: celui à inaugurer en 2011. Lui seul détient les clés de cet atterrissage-décollage. Il lui faudra du courage et c’est ce qui manque le moins. Il lui faut la solitude du pouvoir. Qui a en beaucoup à se plaindre des hommes se met à la solitude. C’est Paul et Virginie. Il lui faut se retirer momentanément du monde, des tourments et des torrents - il le fait en ce moment -, se placer bien au-dessus des contingences, séparé de tout. L’instant où les nuits sont désertes, alors que les oiseaux chantent, il trouvera les chemins qui conduisent vers le résultat. C’est Hugo dans ses Misérables de Paris et de la France provinciale.
(DN/Th/GW/Yes/PKF)
T. Kin-Kiey Mulumba/Le Soft