Les Fdlr ont incendié 255 maisons, provoquant la mort de six personnes (dont cinq enfants) brûlées dans les habitations, et celle d’une dame due à une crise cardiaque.
Fin avril, des maisons et leurs occupants ont été brûlés à Luofu, au Nord-Kivu. C’est de cette manière que depuis deux ans, les rebelles rwandais Fdlr imposent une justice parallèle à ceux qui ne les soutiennent pas. Le viol et l’incendie en sont les peines maximales.
A Kayna, à 174 km au Nord de Goma, on abandonne la route principale pour s’engager vers l’ouest sur un chemin en terre battue qui serpente à travers une forêt de plus en plus déboisée. Après un parcours poussiéreux de 7 km, voici le village de Luofu, accroché aux pieds des collines, considérées par les villageois comme le quartier général des rebelles rwandais des Fdlr (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda).
Ces Forces ont incendié 255 maisons, provoquant la mort de six personnes (dont cinq enfants) brûlées dans les habitations, et celle d’une dame due à une crise cardiaque. C’est un des faits qui ont fait dire à John Holmes, coordinateur humanitaire de l’ONU en RD Congo, que « dans les zones où sont basés les Fdlr, les attaques et les menaces contre les civils ont dramatiquement augmenté ces dernières semaines » : Assis à même le sol, Maelezo Bayonga, agent de la police congolaise, raconte le sort de ses trois garçons, âgés de 3,4 et 6 ans, brûlés dans sa maison dans la nuit du 17 au 18 avril.
Les Fdlr « savent que je suis policier. C’est pourquoi ils ne m’ont même pas laissé le temps de réveiller mes enfants, comme ils l’ont fait chez les voisins ». Justine Kanyere, mère d’une fille de deux ans morte brûlée dans la maison familiale, précise : « Les Interhamwe (Ndlr :) ont demandé de sortir avec nos enfants. Je n’ai pas pu prendre Kahou avec moi puisque j’avais son frère de 1ans serré sur la poitrine et celui de 3 ans à la main » Son mari, Kasereka, s’était chargé de prendre les deux aînés, lui laissant ainsi la charge de trois derniers.
Une Juste parallèle
Luofu est situé dans ce que le jargon onusien appelle zone rouge : les localités congolaises sous contrôle des rebelles Rwandais, accusés d’être génocidaires par Kigali. Ceux-ci appliquent depuis deux ans une sorte de justice parallèle.
Les délinquants-hommes ou femmes, garçon ou filles-sont punis de viols au vu et au su de leurs familles pour donner la leçon aux autres, selon les villages, les prêtres , de village.
Dans les cas extrêmes , les Fdlr les obligent à sortir sans aucuns bien de leurs maisons, qu’ils incendient aussitôt. Pour les rebelles, « est par exemple délinquant le paysan dont le champ a été confisqué par eux au moment de la récolte et qui est ensuite pris en flagrant délit d’y voler », explique M, Mulindo, le chef du village de Luofu. Ou encore ceux qui attendent beaucoup de l’opération Kimia II, renchérit un prêtre de la localité. Celle-ci est une opération conjointe menée par l’armée congolaise (Fardc) et les forces de la Mission des Nations unies au Congo (Monuc) dans la traque des Fdlr Lancée en avril, elle fait suite à celle Umoja yetu menée conjointement par les armées congolaise et rwandaise contre les Fdlr en janvier-février. Umoja yetu concernait le Nord-Kivu, tandis que l’opération Fardc-Monuc englobe dès à présent cette province et devrait s’étendre, en mai, au Sud-Kivu, selon le ministre de la Défense nationale.
Le nombre restant de Fdlr, difficile à estimer, s’élèverait à 4500 environ. Les observateurs affirment que l’établissement par eux de cette justice parallèle à Luofu est dû à un déséquilibre de forces dans cette partie du Nord-Kivu. Pour le chef du village, « dans la nuit du 17au 18 avril, il n’y avait que 25 éléments des Fardc contre 325 combattants Fdlr ».
Selon lui, la famille du policier a été ciblée pour le punir d’être au service d’un autre pouvoir, celui de l’Etat. Pourtant, déclare M. Mulindo, « On n’est parfois contraint de servir deux maîtres à la fois. Sinon, c’est votre vie qui est mise en danger Recrudescence des viols John Holmes, cité par l’AFP, a ajouté que de façon alarmante, le nombre de cas de viols est à nouveau à la hausse ces dernières semaines, dans les zones sous contrôle aussi bien des Fdlr que des Fardc ». En septembre 2007, toutes les femmes de Luofu avaient observé une grève de la faim d’une semaine pour protester contre les viols qu’elles subissaient au quotidien. L’Ong Caritas avait enregistré 113 cas en juillet-août de la même année, dont 22 commis sur des hommes.
Les femmes avaient refusé de préparer les repas pour leurs familles et de se livrer aux travaux champêtres. La grève avait été précédée par une marche pacifique. C’est depuis lors que les Fdlr ont ajouté l’incendie des maisons aux viols, pour punir les habitants de Luofu. Pour la société civile du Nord-Kivu, traquer les Fdlr est un pan difficile pour la RD Congo.
Certes, l’armée congolaise dit avoir repris en avril des localités importantes naguère tenues par les groupes armés, et affirme que d’autres seront prises. Mais entre-temps, les victimes des Fdlr subissent la loi de la force, là ou il n’y a pas force de loi...
(TN/Milor/GW/Yes)
Michel Alongo SGL/La Prospérité
Last edited: 12/05/2009 18:26:17