La RD et le Rwanda fument certes le calumet de la paix avec la désignation de l’ambassadeur rwandais à Kigali, mais les deux pays ne filent pas encore pour autant le parfait amour, tellement il demeure des contentieux qu’il leur incombe de bien aplanir
Les relations entre la RDC et le Rwanda viennent de marquer un nouveau pas vers leur raffermissement. En effet, le gouvernement rwandais vient de nommer son Ambassadeur en République démocratique du Congo (RIDC), en la personne de Amandin Rugira, après dix ans de rupture des relations. Amandin Rugira était jusque là Secrétaire général au ministère rwandais des Affaires étrangères. Par le passé, il avait notamment été Directeur Général de la Banque rwandaise de développement (BRD).
Alexis Thambwe Mwamba, ministre congolais des Affaires étrangères, a confirmé l’information à la presse et fait savoir que le Gouvernement a accepté cette nomination. « Nous avons donné notre accord pour que le Rwanda nomme son ambassadeur », a-t-il fait savoir avant de relever que Kinshasa n’a pas encore désigné son futur ambassadeur à Kigali.
Sur la même lancée de la normalisation entre Kinshasa et Kigali, mais aussi des rapports au sein de la région des Grands Lacs, le Gouvernement congolais vient de nommer M. Ntumba Luaba comme représentant congolais à la CEPGL. Il va y assumer les fonctions de Secrétaire exécutif chargé des programmes, fonctions qu’il doit prendre la semaine prochaine.
Deux autres représentants de la RDC doivent être désignés incessamment pour occuper les postes de chargé de l’enseignement et de la recherche, et de directeur chargé des investissements. Ces nominations vont donc compléter l’équipe dirigeante de la CEPGL où le Rwanda et le Burundi avaient déjà désigné leurs représentants depuis juillet 2007.
Kinshasa et Kigali avaient rompu leurs relations en août 1998 au lendemain du déclenchement de la deuxième guerre dans l’Est et de l’entrée des troupes rwandaises sur le territoire congolais. Kigali avait alors justifié ses opérations par des impératifs de sécurité liés à la présence dans l’Est de la RDC d’extrémistes rwandais accusés d’avoir participé au génocide de 1994.
Kigali accusait, il y a quelques mois encore, Kinshasa de soutenir les rebelles hutus rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), tandis que Kinshasa reprochait au Rwanda d’appuyer la rébellion de Laurent Nkunda et son CNDP.
Mais ces relations ont connu un réchauffement subit à la fin de l’année 2008. A la surprise générale, Kigali et Kinshasa avaient lancé, le 20 janvier 2009, une opération militaire conjointe de traque des rebelles des FDLR. Les accords ad hod passés entre les deux pays ont permis également l’arrestation au Rwanda du général Nkunda.
Si l’on peut saluer cette nouvelle évolution des relations entre le Rwanda et la RDC, Kinshasa et Kigali doivent, cependant, travailler encore à leur rapprochement pour évacuer les points de friction qui subsistent encore. Il s’agit notamment du cas Nkunda qui pourrait continuer à empoisonner les relations entre les deux voisins, autour de la question de son extradition vers la RDC.
Il s’agit aussi du contentieux lié aux dommages causés à la RDC suite aux guerres successives à l’Est dans lesquelles la responsabilité du Rwanda est avérée. Concrètement, il est question d’aborder la question de la « facture » de tous les dommages, à l’instar des dispositions arrêtées avec l’Ouganda.
Le renforcement des relations entre le Rwanda et la RDC devrait donc créer des conditions pour aborder sereinement toutes ces questions qui ne devraient pas, même au nom de la paix et du bon voisinage être passées par pertes et profits.
(DN/Ern./GW/Yes)
JEK/Forum des As