Des centaines des Mbandakais n’hésitent pas à creuser dans leurs propres parcelles pour extraire argile, sable ou caillasse qu’ils vendent pour gagner un peu d’argent.
A Mbandaka au nord-ouest de la RDC, des habitants détruisent leurs parcelles en creusant le sol pour extraire du sable, de la caillasse ou de l’argile très demandés dans la ville. Du coup des trous béants se créent provoquant des érosions à côté des habitations. Les autorités locales sont impuissantes...
A l’extrémité Est du quartier communément appelé « Mbandaka II ya kala » (ancien Mbandaka II, ndlr), dans la plate-forme qui surplombe la plaine marécageuse du chef-lieu de la province de l’Equateur, le visiteur est frappé par le paysage désolant qui se présente devant lui : relief chaotique truffé de trous béants, sillons qui avancent dangereusement vers les habitations et les marais environnants, absence d’urbanisation... Ici, l’exploitation de la caillasse bat son plein. Chaque parcelle possède sa petite « carrière » et tout le monde est creuseur ou vendeur de caillasse. « Montrant du doigt un espace caverneux couvert de mares et d’herbes folles, un habitant raconte : » Son propriétaire afin, par l’abandonner après avoir vendu et épuisé tout ce qu’il y avait dans son sous-sol. ..
Le phénomène s’observe depuis que de nouveaux chantiers de construction poussent dans la ville il y a environ deux ans. Des centaines des Mbandakais (habitants de Mbandaka, ndlr) n’hésitent pas à creuser dans leurs propres parcelles pour en extraire argile, sable ou caillasses qu’ils vendent pour gagner un peu d’argent. « Appâté par la forte demande des clients, avec des enfants à nourrir et à scolariser, sans boulot, que voulez-vous que l’on fasse d’autre…, déclare « Pasteur », un creuseur qui semble être conscient du danger qui les guette, mais on y peut rien. Il explique ce comportement par l’extrême précarité de leur situation sociale de la population. Mais pour un chariot de caillasse, par exemple, ils gagnent à peine 2000 Fc (2,4 $). En réalité pas grand-chose pour s’occuper d’une famille.
Catastrophe écologique
Pour gagner plus de sous, ces gens sont obligés de creuser davantage... Mais certains finissent par abandonner leurs parcelles parce qu’elles sont ravinées. « A ce rythme là, certaines parties de la ville vont disparaître si rien n’est fait pour arrêter ce fléau, s’inquiète Ekolo Colon, agent au service provincial de l’Environnement. Ces « carrières pirates » que Ekolo appelle établissements dangereux, prolifèrent dans des parcelles bâties à des endroits pierreux aux bords des ruisseaux, des marais ou des sources d’eau.
Certaines fosses creusées ont atteint la nappe phréatique et sont remplies d’eau de ruissellement, vraie gîte à moustiques.
Des ravins se créent aussi petit à petit, provoquant l’écroulement de la paroi qui borde les marécages. Même des latrines de fortune sont construites près des sources d’eau quand il ne reste plus assez d’espace dans les parcelles ainsi défigurées. « C’est une menace réelle de souillure pour les sources » d’eau qui risquent de disparaître », fait remarquer Mangwele Bonkanya, agrovétérinaire. Il déconseille tout simplement la consommation de cette eau, car les conditions d’assainissement requises ne sont pas réunies. En 2008, l’ancien maire de la ville à interdit cette activité qui détruit l’environnement urbain. Mais les gens font la sourde oreille.
L’exploitation des carrières dans les parcelles habitées se poursuit de plus belle et la vente de sable, de caillasse et d’argile se fait au vu et au su de tous, y compris des autorités locales.
Ventres affamés...
Dans la commune rurale de Wangata l’un des coins les plus touchés par cette activité, les nouvelles autorités promettent de faire changer les choses. « Les gens doivent cesser de se comporter de la sorte. Une parcelle à usage résidentiel ne peut en aucun cas devenir une carrière d’exploitation minière par exemple... martèle Jean-Pierre Mumbeka, le bourgmestre qui se dit déterminé à mettre un terme à cette pratique avec, espère-t-il, le concours de tous.
Mais face à la précarité sociale de petits propriétaires terriens, certains habitants de Mbandaka doutent de la volonté réelle des autorités de mettre fin à cette situation. Car d’autres avaient auparavant tenté d’éradiquer ce phénomène, mais sans succès. « Pasteur » se souvient de l’ancienne bourgmestre, Zigire Safi, qui s’était rendue dans leur quartier pour leur prodiguer des conseils. « Elle nous avait demandé de préserver nos parcelles ne fut-ce que pour garantir l’avenir de nos enfants... Apparemment, ces conseils n’ont rencontré que des ventres affamés.
(TN/Milor/GW/Yes)
SGL/La Prospérité