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Depuis 3 ans, diverses espèces animales et végétales sont en voie de disparition dans la province du Kasaï Occidentale à cause de la déforestation pratiquée par les entreprises forestières.

VillageDepuis 3 ans, diverses es­pèces animales et végétales sont en voie de disparition dans la province du Kasaï occidental, en RD Congo. En cause, la déforestation pratiquée par les entrepri­ses forestières et les paysans eux-mêmes. Un profit pour les uns, un péril pour les autres.

« Cela fait maintenant plus de trois ans que les tupalu (sorte de chenilles, Ndlr) ont totalement disparu. Il en va de même pour les champignons dits kasanki ou les ndufi, une espèce de sauterelle. C’est la faute aux creuseurs de dia­mants et aux fabricants de braise et d’alcool indigène qui abattent les arbres », accuse le chef de travaux Katshia, cher­cheur et enseignant au dépar­tement de Biologie de l’Institut supérieur pédagogique de Kananga (ISP), au Kasaï occi­dental.

Selon lui, l’abattage des arbres a des conséquences di­rectes sur le système écologi­que et des effets sur l’activité économique des paysans. Sur place, en effet, à quelques Kilomètres au nord de Kananga, le spectacle n’est pas réjouis­sant: début avril, un très grand nombre d’arbres avaient été coupés ou déracinés.

Les insectes comesti­bles et des produits de cueillet­te constituent une source de revenus significative pour de nombreux paysans. C’est le cas de Jacqueline Kabatu­suila, du village de Kahamba, rencontrée au marché, en­tourée de bassines et paniers pleins d’espèces animales et végétales comestibles : « Je suis vendeuse de chenilles et de champignons, ce qui me permet de payer les études de mes enfants et d’assurer la survie de ma famille. Nous avi­ons l’habitude de les ramas­ser dans la forêt. Mais depuis deux ans maintenant, je dois parcourir plusieurs villages, parfois jusqu’à plus de 100 km de chez moi, pour trouver de quoi vivre », explique-t-elle.

Les vendeurs ne sont pas les seuls à se plaindre de la déforesta­tion. Les consommateurs sont également touchés par la pénurie de ces produits et par la hausse des prix des insectes. « Les chenilles et les champignons constituent un aliment de base pour notre famille, mais nous ne sommes plus en mesure de les acheter à cause de leur prix actuel. Nous nous contentons donc des feuilles de manioc et des amarantes », témoigne Anastasie Kalubi, dans la commune de Ndesha.

Des paysans victimes des paysans

Selon le chef de travaux Katshia, les arbres, qui cons­tituent l’habitat naturel des in­sectes, sont souvent coupés parce qu’ils gênent certaines activités ou pour vendre leur bois. Ainsi, l’exploitation arti­sanale du diamant exige des creuseurs d’abattre tous les arbres dans les carrés miniers ou de les déraciner pour trou­ver les pierres. Le chef coutu­mier du territoire de Demba, Augustin Mampuya, attribue la disparition des arbres et donc des insectes aux entreprises de fabrication de planches. Quant à Crispin Ntambue, ingénieur agronome, il affirme que « la population paysanne est elle-même responsable de la déforestation, car elle utilise une grande quantité de bois pour se chauffer et préparer de l’alcool local. Cette défores­tation empêche dès lors les insectes comestibles de se mul­tiplier ». Ceux qui agissent ainsi ne semblent pas conscients de leur responsabilité dans la disparition des insectes et des champignons comestibles. Comme Thomas Jvlulumba Derouf, vendeur de braises du village de Kalombayi, dans le territoire de Demba: « Bien sur que j’ai dû abattre des arbres et les brûler pour avoir les cinq sacs de braises que je suis en train de vendre. Et je fais cela chaque semaine, avoue-t-il.

Pour un usage mesuré

Kabue Kabundi, ensei­gnant à la faculté des Scien­ces agronomiques à l’Univer­sité ouverte de Kananga, s’il déplore les conséquences de la déforestation sur l’économie et sur l’alimentation des po­pulations, insiste, lui, « sur les risques de perturbations clima­tiques car, à long terme, la dé­forestation pourrait conduire à la désertification ».

Pour remédier à cette situation, Matthieu Kayembe, agent à la Division provinciale de l’Agriculture conseille aussi aux paysans de « laisser la forêt se reposer pour qu’elle puisse se reconstituer ». Tru­don Beya Ngalamulume, étu­diant en Sciences agronomi­ques, prône une utilisation rationnelle des ressources de la forêt: « Les paysans, dit-il, doivent constituer une réserve avec des espèces en voie de disparition. Les arbres dont la régénération est impossible doivent être conservés intacts pour éviter leur disparition totale, car ils représentent pour la plupart un habitat pour cer­tains insectes comestibles dont la population a besoin. Ces recommandations visent les paysans, mais sont adressées également aux ONG et aux services étatiques, en charge la conservation de la nature.

(DN/Ern./GW/Yes)

Pascal Kankonde (Syfia Grands Lacs)/Le Phare



Last edited: 07/05/2009 19:09:58

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