Les FDLR ont la peau dure : en dépit des lourds bilans des pertes qu’ils subissent dans leurs rangs pendant les opérations de traques menées contre eux, ces rebelles rwandais poussés dans leurs derniers retranchements en territoire congolais résistent désespérément.
La dernière opération conjointe lancée au nord-Kivu par les armées rwandaises, congolaise et sud soudanaise visant la neutralisation des FDLR aura laissé un goût d’inachevé. S’il est vrai que les capacités manouvrières des interhamwé et ex Far ont été détruites à près de 80%, comme l’a laissé entendre l’Etat major commun, des résidus de ces forces négatives se sont repliés dans le sud-Kivu. En fait, la traque du nord- Kivu n’aura été qu’une première étape d’une vaste opération censée s’étendre partout où l’ombre des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) pourrait être signalée.
C’est dans cette perspective qu’il faut situer l’amorce d’une nouvelle offensive que s’apprêtent à lancer les FARDC avec l’appui de la Monuc, contre les rebelles hutus rwandais des FDLR au Sud-Kivu. Cette offensive dont aucune date de démarrage n’est fixée, vise le démantèlement pure et simple des FDLR afin d’écarter toute éventualité de leur reconstitution. Cette opération baptisée” Kimia 2 “sera en fait, pilotée par l’armée nationale, la Monuc n’intervenant qu’en appoint.
En effet, après la défenestration supposée des FDLR dans la première phase, il était entendu que les FARDC puissent procéder au nettoyage de toutes les poches de résistance notamment dans le sud-Kivu. Toutefois, quelques appréhensions se font jour en ce qui concerne la protection des populations civiles surtout lorsqu’on se remémore les dégâts causés par la première phase de l’opération conjointe au nord-Kivu dans son volet humanitaire. Le secrétaire général adjoint de l’ONU pour les Affaires humanitaires, John Holmes, a appelé que tout soit mis en oeuvre pour la protection des civils. 100.000 d’entre eux ont été déplacés au Sud-Kivu depuis le mois de janvier.
“L’apport de la MONUC est surtout logistique, mais elle va aussi fournir un appui feu dans des cas très clairs (...), dans les opérations menées ensemble”, a expliqué le lieutenant-colonel Jean-Paul Dietrich, porte-parole militaire de la MONUC. La protection des civils demeure une grande préoccupation, a-t-il dit, précisant que la MONUC a tenu à ce que les opérations militaires soient conjointement planifiées. En tout cas, nombreux sont les analystes qui craignent que cette deuxième opération ne puisse aggraver la situation déjà précaire des populations de ce coin de la République.
Surtout lorsqu’on sait qu’au nord-Kivu, précisément au sud Lubero- à quelque 150 km au nord-ouest de la ville de Goma, de nombreux civils continuent de subir les conséquences des opérations militaires conduites depuis février contre les FDLR. Les viols et meurtres de civils, ainsi que les pillages et destructions d’habitations, figurent parmi les principales exactions rapportées depuis le mois de février. Plus de 15.000 civils ont fui les villages de Miriki, Kasiki et Luhanga pour chercher refuge quelques dizaines de kilomètres plus loin, dans le village de Luofu ou dans les villes de Kayna et Kanyabayonga. Faute de structure appropriée pour les héberger, ces déplacés ont trouvé un abri chez des résidents ou dans des paroisses. Souvent dépourvus de l’essentiel, ils survivent dans des conditions très précaires.
Les FDLR ont la peau dure
Les communautés d’accueil subissent elles aussi les conséquences de l’insécurité. Depuis mars, les habitants du village de Luofu n’ont plus eu accès de manière régulière à leurs champs. Pendant ce mois d’avril, des dizaines d’habitations ont été pillées par des porteurs d’armes dans les zones de Kayna, Kanyabayonga et Kirumba. Dans ces mêmes zones, des transports civils ont été fréquemment attaqués et dépouillés de leurs biens. Le Sud-Lubero abrite des dizaines de milliers de déplacés depuis la crise de septembre - novembre 2008. Nombreux sont ceux qui demeurent sans nouvelles de leurs enfants, dont ils ont été séparés lors de leur fuite.
Entre-temps, les FDLR qu’on croyait défénestrés, ont plus d’une fois tenté de se remettre en selle en lançant des assauts répétés dans quelques localités du nord-Kivu. Des villages entiers- Fatuwa, Masekeseke et Makwa Kondro ploient depuis février sous leur joug et plus du fait que les rebelles hutus rwandais contrôle d’importants gisements d’or. Depuis leur mise en déroute, les FDLR ont pris option de frapper fort en assujettissant des villages entiers à leurs fantasmes, loin de la couverture militaire des forces loyalistes. D’où, certains observateurs pensent qu’il serait de bon ton que les Fardc en finissent avec les FDLR en s’assurant de leur neutralisation avant d’envisager une nouvelle opération au sud-Kivu.
Qu’à cela ne tienne. Les populations meurtries du nord et sud-Kivu ne jurent que par le retour à la paix. Après avoir longtemps erré et divagué dans les forêts et savanes, Ils espèrent enfin regagner leur toit et vivre, enfin, une vie paisible. La perspective d’une nouvelle offensive militaire dans le sud-Kivu inquiète et rien, jusque-là, ne rassure quant à la possibilité de minimiser les dégâts. C’est la raison pour laquelle la Monuc exige une concertation préalable afin d’entrevoir une stratégie commune de sorte à éviter une catastrophe humanitaire.
(DN/Th/GW/Yes)
AD/Uhuru
Last edited: 07/05/2009 18:05:44