Théâtre des affrontements armés, l’Est de la Rdc hume peu à peu l’air de la paix. Paupérisés, coincés dans les zones enclavées, les autochtones attendent le développement de leur contrée.
Depuis avril 2007, trois provinces de la région sur les onze du pays, bénéficient de l’assistance de deux organisations internationales : Initiative Rescue Comittee (IRC) et CARE. Au Katanga, au Sud-Kivu tout comme au Maniema, les agents de ces ONG mobilisent les villageois pour les motiver à s’impliquer dans des actions de développement communautaire.
C’est dans cette optique qu’est né le projet « Tuungane » (Unissons nous en Swahili), destinés à rassembler les villageois autour d’un objectif salutaire pour leur contrée. 1.200 villages sont ciblés dans cette initiative où la population est conviée à intégrer le concept de Reconstruction Dirigée par la Communauté (CDR). « Cette approche exige un engagement de longue durée des bailleurs de fonds, des partenaires et de la communauté bénéficiaire », reconnaît un responsable de l’IRC.
3.000 dollars pour chaque village
Chaque village bénéficie d’un fonds d’une valeur de 3.000 dollars Us destinée à financer un projet prioritaire initié par la population. Et pour gérer ce fonds, la population procède à une élection démocratique des Comités de Développement du Village (CDVs).
Unis, les populations des villages environnants ont aussi l’occasion d’initier des projets d’intérêt communautaire, à l’instar de la construction des écoles, des hôpitaux, des routes, des ponts... Après débats et délibérations, ils soumettent ces projets aux cadres de l’IRC pour obtenir des financements qui peuvent atteindre 70.000 dollars.
Ici aussi, pour la gestion transparente de ces ressources, une élection des gestionnaires est organisée. Hommes et femmes participent à « cette élection démocratique » à l’issue de laquelle les membres des Comités de Développement des Communautés (CDCs) sont révélés au grand public et soumis à leur contrôle. Ils sont même tenus de rendre compte de la gestion de fonds mis à leur disposition au terme du projet. Une pratique toute nouvelle dans les villages ciblés.
L’apport de la femme
Depuis quelques années, le gouvernement Congolais a fait des efforts pour inclure les femmes dans le processus politique et faire respecter le droit des femmes. Pour renforcer ces changements, l’IRC inclue la question genre dans toutes leurs formations communautaires. De plus, pour étudier comment ce changement influence le processus de démocratisation, le projet a été conçu de sorte à assurer la parité dans la moitié des comités. Dans l’autre moitié, le choix du nombre de femmes est laissé entièrement à la communauté.
Sifa Kalimbi a été élue en tant que coprésidente du CDC de sa communauté. Son rôle est unique dans le milieu rural où la population continue d’élire, pour la plupart, des hommes aux positions d’autorité. « Ici à Muchingwa (Sud-Kivu), nous avions un problème chronique d’accès à l’eau, raconte-t-elle. Dans le passé, chaque personne devait marcher de longues distances, quelquefois quatre ou cinq heures, pour prendre de l’eau ». « Avec Tuungane, reconnaît Sifa Kalimbi, nous avons identifié les problèmes auxquels on faisait face et nous avons opté pour un projet de réservoir d’eau, une des priorités fixées par la communauté. Nous sommes venus ensemble pour élire des gens qui nous mèneraient dans le travail. Et ensuite, avec la force de toute la communauté, nous avons transporté du sable, des pierres, du ciment et bien d’autres matériaux pour aménager un site où nous pouvons désormais nous approvisionner en eau potable ».
Guérir les séquelles de la guerre
« Bien que d’autres projets similaires aient déjà été mis en oeuvre par l’IRC dans d’autres pays post-conflits, y compris l’Afghanistan, le Rwanda et le Liberia, le projet Tuungane en RDC est unique par son étendue, commentent les initiateurs de ce projet. Il cible un total de 1,78 millions de bénéficiaires dans les trois provinces du pays et 11 territoires. Un tel projet demande beaucoup de temps, de personnel et de ressources. Mais il offre également l’opportunité d’étudier en détail l’approche, les leçons apprises et l’impact de Tuungane ».
Au commencement du projet, l’IRC en collaboration avec Columbia University (New York) et deux universités locales - ISTM/Bukavu et l’Université de Lubumbashi - ont effectué un sondage et mis en place une stratégie d’évaluation du projet. L’étude initiale a recueilli des informations concernant le climat social, politique, géographique, et économique des communautés et a constaté que les effets du conflit avaient été considérables dans les régions visées par Tuungane, et avaient changé substantivement les conditions socio-économiques de la population.
Pendant la mise en oeuvre de Tuungane, l’équipe va veiller sur l’amélioration des conditions socio-économiques, afin d’ajuster le programme en réponse aux défis identifiés. Une fois le programme achevé, une nouvelle étude sera menée par les partenaires académiques de l’IRC afin de mesurer l’impact réel du projet sur les populations bénéficiaires. Les leçons apprises vont servir de modèles aux autres programmes CDR à travers le monde.
(DN/Th/GW/Yes)
Journal du Citoyen
Last edited: 06/05/2009 16:52:13