Les responsables africains doivent trouver des moyens de faire face à la crise financière mondiale. Des solutions régionales peuvent aider les pays à surmonter la crise. La Banque mondiale doit continuer à mettre au point des instruments de prêt flexibles.
Des ministres des finances et des banquiers de toute l’Afrique se sont réunis jeudi avant les Réunions de printemps de la Banque mondiale–Fonds monétaire international qui se tiennent à Washington, pour rechercher des moyens de faire face à l’impact que la crise financière mondiale a sur les pays africains.
Dirigée par M. Shanta Devarajan, économiste en chef de la Banque mondiale pour l’Afrique et présidée par sa vice-présidente pour lAfrique, Mme Obiageli Ezekwesili, cette réunion a mis ses participants au défi de « sortir des sentiers battus » pour apporter des solutions aux problèmes économiques, humanitaires et politiques que cause déjà la crise sur le continent africain.
« Le plus grand problème auquel les pays africains et leurs partenaires de développement sont confrontés est de concevoir des politiques appropriées pour faire face à cette crise, » a déclaré Ezekwesili.
Elle a dit que les saines politiques macroéconomiques conçues par les Africains au cours de la dernière décennie, et qui ont eu en partie pour effet des taux de croissance élevés, sont à présent mises en question.
« Quels types de politiques appropriées les pays devraient-ils suivre dans une crise systémique ? », a-t-elle demandé. Les pays africains devraient-ils par exemple chercher une solution du côté des politiques de style américain et européen ?
La flexibilité, la diversification et les solutions régionales sont indispensables face à la crise
Emmanuel Tumasiime-Mutabile, gouverneur de la Banque centrale de l’Ouganda, a conseillé de faire preuve de flexibilité au niveau des marchés, des régimes et des politiques pour enrayer la crise.
D’après lui, même si la crise n’a pas eu d’effets immédiats sur l’Ouganda, la crise du crédit finira par affecter son pays, ce qui est déjà le cas de la crise économique en cours, qui entraîne une réduction des envois de fonds des émigrés, des investissements étrangers et éventuellement de l’aide et de la demande de produits d’exportation. Des politiques consistant par exemple à laisser la monnaie ougandaise se déprécier ont, selon lui, aidé son pays à se protéger contre des chocs sévères.
« Nous sommes toujours convaincus que la flexibilité de nos politiques nous a permis de protéger le taux de croissance de notre économie, » a-t-il estimé.
Ishac Diwan, directeur de la Banque mondiale pour les pays d’Afrique de l’Ouest, a déclaré que les gouvernements devaient maintenant s’efforcer de diversifier l’activité économique et profiter des opportunités offertes par d’autres secteurs au moment où ils se tournent vers leurs exportations de produits de base. « Il faut déterminer quels sont les deux ou trois produits pour lesquels une coordination aux plus hauts niveaux peut devenir l’agent du changement et faire la différence, » a-t-il estimé.
Situmbeko Musokotwane, ministre des finances de Zambie qui a participé au séminaire, a cité le cas de son pays à l’appui de l’argument de Diwan. « En Zambie, nous sommes fortement tributaires du cuivre, et la crise nous a touchés surtout au niveau de l’exportation de ce produit ».
Selon Consolate Rusagara, directrice des Systèmes financiers de la Banque mondiale, les responsables africains « ont des choix difficiles à faire ». Elle a estimé par exemple que l’inflation posait encore un problème dans les pays africains et que face à la crise, les banques centrales devraient s’efforcer de réduire les taux d’intérêt pour encourager les prêts. La question est toutefois de savoir comment les responsables peuvent réduire les taux d’intérêt dans un contexte de forte inflation. Elle a insisté sur la nécessité de développer les marchés financiers nationaux, de procéder à un suivi et de trouver des solutions au plan régional, et elle a estimé que les banques africaines devraient avoir des plans d’urgence. « Nous ne pouvons pas attendre que la crise se termine pour faire appel aux banques, » a-t-elle déclaré.
Nécessité de financements additionnels
Selon la Banque mondiale, la crise financière frappe les pays africains en réduisant sensiblement quatre sources de recettes : les apports de capitaux privés, les envois de fonds des émigrés, l’aide extérieure et les cours des produits de base. D’après Lamine Zeine, ministre des finances du Niger, c’est sur les envois de fonds des travailleurs émigrés que la crise a eu l’effet le plus sensible, et il en est résulté un ralentissement des investissements, en particulier dans l’agriculture.
« Nous avons pris un certain nombre de mesures budgétaires pour protéger les produits alimentaires de base » a-t-il dit, « mais la crise a affecté l’économie tout entière, et ces mesures n’ont malheureusement eu qu’une portée très limitée ».
Zeine a demandé à la Banque mondiale d’apporter son concours à son pays et à d’autres de plusieurs façons, notamment de les aider à bénéficier de mesures anticonjoncturelles, à élaborer des instruments de prêt plus flexibles et à mettre rapidement en œuvre les recommandations du récent Sommet du G-20. Dans le cas contraire, selon lui, « une grande partie des actions positives menées par [les pays africains] risque fort d’être compromise, voire réduite à néant ».
Ali Mansoor, secrétaire aux finances de Maurice, a demandé instamment que l’on procède à un ajustement des politiques au niveau des pays mais, à l’instar de Zeine, il considère que les organisations internationales de promotion du développement comme la Banque mondiale doivent proposer des financements supplémentaires. « Il faut disposer de ressources additionnelles spécialement destinées à nous aider à surmonter la crise, » a-t-il déclaré.
Les domaines d’action privilégiés devraient, selon lui, être notamment les suivants: aide aux entreprises privées viables pour sauver des emplois, octroi d’une assistance technique aux petites et moyennes entreprises, et mise en place accélérée d’infrastructures publiques. Il a signalé le cas de son pays, où les crues soudaines de ces derniers mois ont rendu nécessaires des investissements dans l’installation de réseaux d’évacuation des eaux plus efficaces.
Il a estimé que le rôle de la Banque mondiale devrait consister à apporter une assistance technique aux pays en vue de la mise en place de montages financiers.
Le séminaire de jeudi a suscité un débat animé entre ministres, banquiers et représentants de la Banque mondiale. Il s’est terminé par un appel d’Ezekwesili, de la Banque mondiale, aux pays pour qu’ils recherchent dans les expériences et les solutions de l’Afrique même un moyen de surmonter la crise.
(TN/Yes)
BM/MMC
Last edited: 28/04/2009 10:23:45