BukavuLes marchés de nuit, qui se multiplient à Bukavu, soulagent les plus pauvres. Des vendeuses du mar­ché central finissent d’y écouler leurs produits et des femmes viennent y compléter leurs salaires. Des clients sans grands moyens attendent le soir pour acheter à manger en payant moins cher.

Il est 19 h à Bukavu, à l’est de la RD Congo. Autour du rond-point ONL Chimpunda, des certaines de femmes attendent, assises au bord de la route, derrière leurs étals de marchandises. D’autres arrivent, accompagnées de leurs enfants qui crient pour attirer la clientèle. Le marché de nuit débute.

Ces marchés nocturnes, on en trouve partout en ville. On y vend sur­tout des denrées alimentaires. Les vendeuses du marché central, qui ferme à 16 h 30, exposent leurs pro­duits près des arrêts de bus et dans les artères principales pour satisfaire les derniers clients qui se pressent nombreux, attirés par les prix intéres­sants. Pour se sentir en sécurité, les marchandes se placent à proximité des habitations. Celles qui n’ont pas réussi à avoir une place sur le marché principal, viennent aussi vendre la nuit. Obtenir un étal nécessite une procédure d’acquisition souvent lon­gue et chère pour de maigres revenus.

C’est la pauvreté qui pousse, le soir, de plus en plus de femmes et de clients à se presser le long des rou­tes. Depuis quelques mois, cette ac­tivité a pris une ampleur considérable dans le centre-ville bien qu’informelle.

Les marchés de la débrouillardise de nombreuses vendeuses du mar­ché central continuent à exposer leurs marchandises dans les rues jusqu’à 21 h, pour servir ceux, nombreux, qui ne réunissent qu’en fin de journée de quoi se payer leur unique repas quo­tidien. « Mon mari conduit un taxi. Je dois attendre son retour du travail à 19 h 30 pour aller chercher la nourriture du soir... s’il a eu suffisamment de clients », raconte une Bukavienne accompagnée de sa fillette qui porte un petit sachet plein de légumes.

Le taux de chômage est élevé à Bukavu comme dans d’autres villes du pays. Les gens se débrouillent comme ils peuvent. Beaucoup es­saient de se faire embaucher sur des chantiers de construction privés ou dans des garages automobiles. « Je suis aide-maçon. Si j’ai pu gagner un peu d’argent durant la journée, je passe à l’arrêt de bus où j’achète de la nourriture pour le repas du soir de ma famille. Je ne peux pas faire des provisions, car mes moyens ne me le permettent pas », explique Alphonse Zihindula, rencontré à un arrêt de bus.

Sur ces marchés, certains produits sont vendus moins cher qu’au marché principal, en particulier les plus pé­rissables (viande, poisson frais, légu­mes, fruits...). Il n’y a aucune cham­bre froide dans la ville, si bien que ces denrées doivent être écoulées dans les 48 h sous peine de les perdre. Les prix sur les marchés de nuit sont par­fois divisés de moitié. L’important c’est de vendre.

Informels et utiles à tous

Certaines marchandes exercent un métier le jour et travaillent de nuit sur les marchés afin d’arrondir leurs fins de mois. « Je suis enseignante dans une école primaire. J’ai sept enfants et je suis veuve. Je ne peux pas comp­ter sur mon maigre salaire pour les faire vivre. Je dois me débrouiller autrement », confie Nzigire, assise près de l’un de ses enfants.

Les autorités locales ferment les yeux sur ces marchés qui occasion­nent un manque à gagner. « Cette si­tuation fragilise les finances commu­nales, se plaint un agent de la commune, car nous ne sommes pas autori­sés à taxer ces vendeurs de nuit qui sont de plus en plus nombreux. Il fau­drait que l’Etat trouve rapidement une solution ». N’ayant pas les moyens d’intervenir, bon nombre de représen­tants de l’ordre en profitent alors... pour faire quelques courses.

En 2008, l’ancien maire de la ville, Prosper Mushobekwa, avait pris une mesure pour interdire l’étalage et la vente de denrées sur les artères prin­cipales de la ville. Mais des associa­tions de droit de l’homme ont crié à l’injustice et ont demandé a ce que l’Etat crée plus de sites de vente offi­ciels ces petits vendeurs pourraient travailler. L’interdiction a donc été abandonnée et aucune autre mesure n’a été prise depuis pour réglementer cette activité.

(BT/Ern./GW/Yes)

Yves Polepole/Syfia/La Référence Plus