Dans une approche anthropologico-philosophique, Alexis-Bruno Tshibala-bala a démontré que les interdits traditionnels africains sont vécus hier et aujourd’hui dans un état de crise multidimensionnelle. Pour parvenir à une vraie responsabilité éthique, l’homme africain devra rechercher la désaliénation de sa conscience trouble.

« Des interdits traditionnels africains (Luba-Kasaï) : de la morale de commandement à l’éthique de la responsabilité », tel est l’intitulé de la thèse de doctorat soutenue dernièrement à l’Université de Kinshasa par Alexis-Bruno Tshibalabala Kankolongo wa Mbala.

Pour cerner le contour de son sujet, le récipiendaire s’est posé un certain nombre de questions, dont celle de savoir : quel sens le luba-kasaï, le Négro-africain et l’Occident accordent aux interdits dans la tradition orale ?

Fidèle aux exigences méthodologiques, le chercheur a subdivisé son travail en trois parties. La première a un caractère anthropologique et les deux dernières parties ont une coloration philosophique.

Dans la première partie, M. Tshibalabala a utilisé comme techniques l’interview, l’observation, le questionnaire écrit ainsi que la technique documentaire. Tandis que dans les 2ème et 3ème parties de sa thèse, il a dû recourir à l’approche herméneutique. La combinaison de toutes les parties du travail a conduit à la méthode analytique, réflexive. Bref, à une approche philosophico-éthique, voire psychanalytique.

Axée sur le cadre socio-culturel des interdits, la première partie de la thèse a démontré : « Tout Luba-Kasaï vit avec des parents, issus des relations de consanguinité et de mariage ». Cette proximité favorise, selon l’auteur, la circulation, au sein de la communauté, des prohibitions : permanentes et périodiques, alimentaires et linguistiques, ainsi que des interdits sexuels et ceux liés à la pensée.

Ainsi, l’adolescent, l’époux monogame ou polygame, le père de famille, le grand-frère, le beau-père, le gendre, le neveu, connaissent tous les interdits auxquels ils doivent faire face dans la vie courante et dans de grands événements de l’existence. Un autre exemple évoqué dans cette thèse de doctorat est celui de la femme.

Interdits comme code moral…

Devant les interdits périodiques, « la femme en menstrues, la femme en grossesses et celle ayant accouchée des enfants ordinaires, et des enfants spéciaux (jumeaux) ainsi que la veuve sont également concernées par une série de prohibitions pour être en harmonie avec les membres de la communauté, afin de sauver celle-ci du désastre ».

A noter que les interdits alimentaires et linguistiques, les prohibitions sexuelles et celles liées à la pensée affectent toutes les catégories de personnes selon leur statut et leur rang social, au même titre que les interdits liés à la parenté.

La 2ème partie est focalisée sur les interdits et la morale. Elle présente les valeurs, l’idéal de l’homme luba-kasaï, le code de morale de cette ethnie, et cela à partir des interdits. En tant que code de morale luba-kasaï, « les interdits permet de lire et de décortiquer la tradition pour en découvrir le contenu et sa vision du monde », a fait remarquer M. Tshibalabala. Et d’ajouter : « qu’ils éclairent toute démarche surtout en matière de justice ».Pour lui, sa thèse élabore « un code de morale luba-kasaï, fruit de l’interrogation de la tradition et des sources orales ».

La 3ème partie a eu le mérite de critiquer le code de morale luba-kasaï en rapport avec la modernité. Ici, le chercheur a indiqué que cette critique permet de considérer les interdits luba-kasaï, négro-africains comme empreints de crise multidimensionnelle. Celle-ci, a-t-il démontré, se manifeste par un tiraillement identitaire entre les traditions occidentale et africaine. Elle s’explique du fait de l’attachement de l’homme africain à son passé tout en s’adaptant difficilement à la modernité et à la civilisation de l’universel.

Dirigée par le professeur Willy Bongo-Pasi Moke Sangol de l’Unikin, cette thèse de 689 pages a été sanctionnée par la mention grande distinction.

(BT/Ern./Yes)

Albert Tshiambi/Le Potentiel