Pape Benoît XVIEn marge de l’investiture de M.Antoine Gizenga en qualité de Premier ministre par le Parlement de la Rd Congo, un fils du pays, le professeur Kabamba Mueu, de l’Institut supérieur du commerce,ISC/Gombe déplorait devant la presse le fait que nos autorités ne font pas confiance aux compétences nationales, plus particulièrement aux artistes locaux.

Cela devient indéniable dans la mesure où les derniers grands monuments du pays sont souvent réalisés par une main-d’œuvre étrangère.

Pourtant, ce ne sont pas les compétences qui manquent chez nous. Le même cri plaintif est sorti à fendre l’âme et s’est fait entendre devant Esdras Kambale, l’actuel ministre de la Culture et des Arts, le 27 mars 2009, à l’occasion de la Journée internationale du théâtre. L’homme n’y a pas remédié !

Relevons toutefois que la valeur des œuvres d’art congolaises reste inestimable. Le fait que le Souverain Pontife en soit resté marqué lors de sa visite de mars dernier au Cameroun en dit long.

 Mais jusqu’à quand l’artiste congolais restera-t-il méconnu et sous-estimé par ceux que devraient pourtant promouvoir notre culture ? Quand est-ce que le ministère de tutelle prendra-t-il à bras-le-corps cette situation susceptible de créer ici un paradis artistique enviable et de haute facture, au-delà de ses tendances traditionnelles ? Mais au pays, que sont devenus le Mikanza, les Konde, les Pili Pili, le Ndambu, Mwenze,… ces grands dont la mémoire n’est même pas honorée ?

 La Rd Congo devait avoir un panthéon, un cimetière pour ces illustres tant politiques que culturels, les 50 ans de l’indépendance ne se préparent pas pourtant c’est un Jubilé d’or que l’on ne doit pas pré parer la veille.

Ce sujet est encore d’actualité à l’ébahissement de tous ceux qui l’entendent. Lors de son dernier séjour au Cameroun, Benoît XVI a reçu plusieurs cadeaux. Mais une merveilleuse statue en bronze, œuvre du Rd congolais Alfred Liyolo Limbe M’puanga, a marqué la différence et lui a coupé le souffle.

Le couple Président Biya qui l’avait judicieusement commandée pour la circonstance, n’a pas manqué à en préciser l’origine devant leur hôte de marque : « c’est une œuvre africaine… », a précisé Mme Biya. En effet, le pape n’est pas n’importe qui ; et on n’offre pas n’importe quoi à cette personnalité qui jouit de beaucoup de considération de par le monde.

Alfred Liyolo est en effet un sculpteur congolais de renommée internationale, dont le style allie influences africaines et formes modernes.

Né en 1943, initié à l’école de ses pères de Bolobo, sculpteurs de l’ivoire, ce riverain du fleuve Congo ambitionnait le matelot ou le pilote d’avion ; mais le destin l’a conduit à faire ses études à l’Académie des Beaux-Arts pour les parfaire en Autriche. Il jouit alors d’un diplôme de Maître : le Magister Artium. Ses réalisations, les expositions tenues et les biennales internationales auxquelles il a participé ne se comptent plus. Il est donc un homme de terrain qualifié et expérimenté, un véritable ambassadeur de la culture congolaise.

Un long parcours cependant : professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa, Directeur des Etudes, Secrétaire général académique, Directeur général. Ses ateliers et résidences pillés par trois fois en 1991, il va résider à Vienne pour enfin revenir au pays en 2004, afin d’apporter sa pierre à la construction du pays. Maître Liyolo estime que l’Art congolais en général se porte très bien et se distingue sur l’échiquier international. Les disciples formés font aussi la fierté du pays.

Un constat amer cependant, ‘’les artistes congolais ne sont pas subventionnés, notre Etat ne fait aucun effort pour promouvoir la culture du pays ; la culture ce n’est pas seulement la musique’’. Ces propos sont de notre artiste qui précise en outre qu’ils n’ont pas non plus un espace approprié pour s’approvisionner, pas de galerie nationale pour les plasticiens, un grand musée, pas de grande salle de spectacles, bref la refondation de cette nation est de tous bords.

En France par exemple, la culture occupe la 2ème position après la défense’’, a-t-il souligné. Quel manque à gagner pour le pays qui en réalité devrait maximiser et revendre le champ culturel et artistique congolais. ‘’L’enveloppe du chef de l’Etat aux artistes a été volatilisée, pourtant elle pouvait bien servir entre autre à cette fin ‘’, renchérit-il ! Il y a lieu de dénoncer et en même temps déplorer cela. En sa qualité d’artiste, Maître Liyolo estime que le ministère de tutelle ne joue pas son rôle, et que cette situation ne profite nullement au pays dont les défis à relever sont pourtant de taille. Toutefois, ce sont les autres qui en profitent…

(BT/Ern./Yes)

Emmanuel Badibanga/L’Avenir