Nonobstant les entraves multiformes érigées sur cette affaire, le Rwanda ne pourra se soustraire de son engagement maintes fois renouvelé d’extrader l’ancien leader du Cndp sur le sol congolais.
On n’en est pas à un préalable près au sujet de l’extradition de Laurent Nkundabatware, ancien leader déchu du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP). Alors qu’à la faveur de la normalisation des relations entre le Rwanda et la RDC qui connaîtront d’ailleurs leur apogée bientôt par l’échange des ambassadeurs entre les deux pays, on était en droit de penser que l’extradition de l’ancien seigneur de guerre n’allait plus tarder. Voilà que cette éventualité semble encore être soumise aux préalables que tente d’imposer le pays de mille collines.
Réunie à Kinshasa du 26 au 28 mars dernier, la Commission « 4+4 » rwando-congolaise – déci-démento: la formule « 1+4 » d’une autre époque a fait des émules- est arrivée à la conclusion, selon un communiqué rendu public samedi à l’issue des travaux, relevant la « complexité juridique tant au Rwanda qu’en RDC concernant le transfert de M Laurent Nkunda ».
Partant, de caractère « complexe » apparemment constaté par les deux parties a amené Rose Mary Museminali et Alexis Thambwe Mwamba, respectivement ministres rwandais et congolais des Affaires étrangères à soumettre la question de l’extradition de Nkundabatware « à la compétence des ministres de la Justice rwandais et congolais ».
Du coup, tout se clarifie plus du moins parce que, sans être totalement dissipé le clair-obscur entoure toujours ce dossier appelé à être débattu par les deux ministres susvisés, au mois d’avril en cours pour que celle-ci (la commission « 4+4 ») ne s’écarte pas de la procédure d’extradition », souligne le communiqué rendu public par les interlocuteurs rwandais et congolais.
En un mot comme en mille, on retiendra que l’extradition de l’ancien leader du CNDP, aujourd’hui emprisonné à Kigali dans les conditions qu’on ignore-en résidence surveillée, prisonnier, libre ou placé effectivement sous les verrous ?-, dépend des conclusions aux quelles parviendra la fameuse commission. « C’est, pourrait-on dire, le premier préalable qu’il n’y paraît, aggravé par l’imprécision entourant la date de la prochaine rencontre entre les ministres de la justice de nos deux pays ». Au mois d’avril en cours a-t-on fait savoir, sans autre détail.
Le doute méthodique
A cette incertitude (voulue manifestement par le Rwanda) s’ajoute une autre que l’on peut assimiler à un doute jeté sur l’éventualité de l’extradition de Nkunda. C’est l’exhortation de la ministre rwandaise des Affaires étrangères à l’endroit des autorités congolaises d’accorder une amnistie pour faits de guerre à Laurent Nkunda avant son transfèrement en RDC ». Tous les familiers des arcanes diplomatiques n’auront pas de la peine à percevoir à travers une telle démarche un préalable, le deuxième posé par le Rwanda qui ne veut pas se méprendre, ne cache pas ses bonnes dispositions envers le chef rebelle. En termes plus intelligibles, « accordez l’amnistie à Nkunda, on vous laisse tranquille ». C’est sans aucun doute ce que Museminali appelle les « modalités légales » de l’extradition de Nkunda qui doivent être concrétisées.
Et pour qu’on ne puisse pas soupçonner, côté congolais, de retarder la procédure d’extradition de l’ancien chef rebelle, Mme Museminali a cru devoir faire un clin d’œil aux Congolais pour tenter sinon de les endormir, au moins de les rassurer : « Prenez patience afin que le processus engagé pour concrétiser le retour de Nkunda soit accompli ». Comme si cela ne suffisait pas pour ajouter à la confusion délibérément entretenue par Kigali, cette question, précise la chef de la diplomatie rwandaise qui joue à l’équilibriste rompue, a tenté de rassurer que « l’observation des mécanismes juridiques (sic !) dans le cas de Nkunda est requis pour qu’on ne commette pas de fautes ». La faute serait-ce sans doute dans l’entendement de Kigali, que l’ancien chef du CNDP ne soit pas extradé vers la RDC, bien entendu avant l’amnistie à lui accorder.
Comme un joueur de jeu de dames, elle pousse patiemment ses plans, jusqu’à tancer subrepticement la population congolaise dont « les attentes ne devraient pas être focalisées sur Nkunda, mais aussi a-t-elle ajouté, sur d’autres questions, notamment la paix et la stabilité de la région ». Autrement dit, le cas Nkunda pourrait bien attendre, parce qu’il n’y a pas risque de feu à la maison, mais la paix et la stabilité dans la région n’ont pas de prix.
Quand le berger s’en mêle
Il n’en fallait pas plus pour enregistrer la réponse, prompte, du berger à la bergère. « Alexis Thambwe Mwamba qui est loin d’être un homme distrait a bondi pour rappeler à sa collègue rwandaise un des principes du droit international ».
L’amnistie est accordée aux personnes qui sont sur le territoire congolais (ou sur le territoire rwandais selon les cas, s’agissant en particulier d’un sujet du Rwanda emprisonné en RD Congo) et ne peut être le préalable au transfèrement de Nkunda. Et pour que les points ne puissent pas manquer sur les « i », le chef de la diplomatie congolaise a embrayé davantage, soulignant que le Rwanda ne peut se soustraire de son engagement maintes fois renouvelé d’extrader l’ancien leader du CNDP sur le sol congolais. « Laurent Nkunda doit rendre compte, non pas au Rwanda, mais sur le territoire congolais », a martelé Thambwe Mwamba pour qui la loi contre la peine de mort votée et promulguée en RDC reste un instrument juridique garantissant une justice équitable pour l’intéressé.
A ce propos, faut-il rappeler qu’un certain nombre de condamnés à mort ou à la prison à perpétuité continuent de mener une vie « paisible », quoique privés comme il se doit, de liberté dans les prisons congolaises. Le cas de Nkunda ne pourra pas être donc l’exception qui confirme la règle. Ce qui apparaît comme une mise au point de Thambwe Mwamba est-elle suffisante pour vaincre les réticences du Rwanda pour l’amener à sauter le pas dans le cas précis de l’extradition de Laurent Nkunda ? On ne saurait y répondre.
Ce « quoi la RDC doit s’attendre, au regard d’entraves multiformes que tente d’ériger le gouvernement rwandais dans cette affaire, c’est qu’il risque d’y en avoir encore d’autres, quitte à retarder le transfèrement du prisonnier de Kigali. Souvenons-nous. Au lendemain de son arrestation, suivie aussitôt après, de la demande de son extradition introduite par la RDC, on avait entendu le Rwanda suggérer une « solution politique plutôt que judiciaire ».
A-t-il évacué cette revendication pour s’inscrire dans la logique de la solution judiciaire ? Pour l’heure, force est de constater que le Rwanda est pris dans son propre piège. Pourquoi donc s’empresser d’arrêter Nkundabatware sans s’être assuré -hypothèse absurde- que la RDC ne demanderait pas son extradition ? Puisque nous en sommes là, pourquoi ne pas l’extrader ? Sans atermoiements. That’s the question.
(Milor/GW/PKF)
Jeff Kalambaie/Uhuru
Last edited: 04/04/2009 16:12:48