Le voyage de Sarkozy en Rdc, au Congo Brazza et au Niger a été éclair. Mais est-ce une raison pour croire qu’il n’a pas atteint ses objectifs ? Pour que la Rdc et la France renforcent leurs relations de collaboration, on n’a pas besoin que Sarkozy campe à Kinshasa pendant plusieurs mois. Le degré d’importance d’un pays ou des relations entre Etats ne se mesure pas par la longueur des séjours que tel ou tel autre président peut passer dans le pays partenaire. Le fait que Sarkozy n’ait passé qu’un séjour de quelque sept heures à Kinshasa ne pouvait constituer un motif de mécontentement de Kinshasa dans la mesure où la durée du séjour avait fait l’objet de discussion entre les services de deux pays. Ceux qui pensent que Kinshasa aurait mal accueilli cette visite éclair se trompent.

 

Partant de cette illusion, d’aucuns ont trouvé une explication au fait que Joseph Kabila ne se soit pas déplacé pour aller accueillir son hôte à l’aéroport de N’Djili. Il n’y a aucune convention internationale qui dit qu’en cas de visite d’un président dans un pays, son hôte doit nécessairement aller à sa rencontre à l’aéroport.

Si telle convention existait, on devrait s’étonner qu’elle n’ait pas été appliquée lors de la dernière visite du président congolais à Paris. Pour quelle raison seuls les présidents africains doivent aller accueillir leurs hôtes occidentaux à l’aéroport alors qu’eux, une fois en Occident, ils sont accueillis par les directeurs de protocole ou autre fonctionnaire ?

En ce qui concerne la visite de Sarkozy à Kinshasa, il n’a pas été question de ces considérations nationalistes et protocolaires. Joseph Kabila a tout simplement voulu une façon originale d’accueillir son hôte. S’il était question de réciprocité, le Premier ministre, Adolphe Muzito n’aurait pas fait le déplacement de N’Djili.

En outre, aucun président africain n’a jamais été accueilli à Paris comme l’a été Sarkozy à Kinshasa avec toutes ces foules parties à sa rencontre d’abord à l’aéroport et tout au long du parcours de son cortège. Ensuite, les abords du Palais de la nation et du mausolée Mzée Laurent-Désiré Kabila ont été pris d’assaut par de nombreux Kinois pour acclamer le président français. Qui dirait que tout cela n’aurait rien de bantou ?

On constate tout simplement que certaines gens incapables d’attitudes positives ne se lassent pas de chercher la petite bête même là où il n’en faut pas. Ceux qui ont pour profession « la critique de Joseph Kabila » auraient trouvé à redire si Kabila était allé accueillir Sarkozy à l’aéroport. Ce sont les mêmes qui, lors du dernier séjour de Kabila à Paris, s’étaient offusqués que Sarkozy n’ait pas fait le déplacement de l’aéroport pour accueillir son hôte.

Sarkozy aurait-il une âme bantoue lui aussi ? Cette façon de réduire les choses essentielles à la parade est tout simplement ridicule. C’est devenu une obsession. Tout ce qui concerne la Rdc est toujours sujet à caution de la part des professionnels de la critique. Ainsi trouve-t-on à redire sur tous les accords signés entre Paris et Kinshasa à l’occasion de la visite de Sarkozy. Hier, c’était les Chinois. Aujourd’hui, c’est la France.

A cette allure, le souhait aurait été de voir le monde entier marginaliser la Rdc. Heureusement que tout ne dépend pas de ceux qui ont besoin de critiquer pour justifier leur séjour en Europe. On retrouve les Ong pour dénoncer les contrats sur l’exploitation de l’uranium aussi bien congolais que nigérien. Elles dénoncent les effets "catastrophiques" de cette exploitation sur l’environnement et la santé des populations locales.

Comme cet argument seul ne peut convaincre tout le monde, on touche à la corde sensible du nationalisme en parlant du « pillage des richesses ». Ces gens sont les mêmes qui accusent les gouvernements africains de diriger des pays potentiellement riches où habitent des populations pauvres.

C’est pour prendre le contre-pied de ces accusations que Sarkozy a fait comprendre qu’il n’y a plus de secret dans tout ce qui se signe entre la France et ses partenaires africains. Ce que Sarkozy a dit au sujet du Niger est valable pour tous les pays africains : « Au Niger, la France a des intérêts, elle les assume, elle les promeut, mais en toute transparence ».

Les observateurs avertis sont d’avis que les investissements annoncés par Areva à Imouraren, d’un montant initial de 1,2 milliard d’euros, auront, contrairement aux allégations de certaines Ong, « un impact sur l’ensemble de l’économie nigérienne ».

Les professionnels de la critique font croire que les Africains signent tout à genoux. Il est pourtant démontré que le contrat entre le gouvernement nigérien et Areva a été obtenu à la suite d’une vraie bataille. Niamey, apprend-on de bonne source, a même réussi à obtenir une augmentation de 50% du prix d’achat de son uranium.

N’en déplaise aux professionnels de la critique, la dernière visite de Sarkozy à Kinshasa, à Brazzaville et à Niamey a permis de donner la configuration de nouveaux rapports entre Paris et les capitales africaines. C’est le fameux « win-win » chinois. Ces pays n’attendaient pas que Sarkozy vienne leur décerner le diplôme de la bonne gouvernance. Mais le président français a constaté que ces pays connaissent une démocratie vivante.

C’est le contraire du discours que les exilés fantaisistes font de ces pays. Ces derniers habitués à déclarer une chose et son contraire à la fois, veulent d’un côté que les pays africains affirment leur souveraineté, de l’autre ils veulent voir la France, donc Sarkozy, jouer au directeur de discipline en Afrique.

Une chose est vraie, on l’a remarqué lors de ce voyage de Sarkozy, on vit désormais une « France-Afrique » décomplexée où l’âme bantoue n’a que faire, surtout lorsqu’il s’agit de se mettre dans la situation de la servitude volontaire. Que Sarkozy ait fait recours à tout son talent d’orateur pour lever le malentendu au sujet de son fameux plan de paix pour l’Est de la Rdc, est une reconnaissance, un respect de l’opinion congolaise qui, à l’annonce de ce plan, s’était levée comme un seul homme pour démontrer à Sarkozy que plus rien ne se fera au Congo sans les Congolais.

Il faut être un rigolo pour tourner en dérision tous les efforts de démocratie entrepris dans ce pays. Lorsqu’un individu bien connu de nous voit une élection électronique là où le monde entier avait salué un miracle démocratique, c’est faire preuve de la complaisance et d’irresponsabilité.

Un confrère, Freddy Mulongo, se voulant critique, a justifié mieux que quiconque la politique de Joseph Kabila qui a refusé de marcher sur les sentiers battus du mobutisme. A moins qu’il ait mal compris la citation de Nasser, il donne totalement raison à Joseph Kabila en voulant le vouer aux gémonies. « Etre un bon homme politique, c’est très facile, a dit un jour le raïs égyptien Nasser. Il suffit d’identifier ce que veut le peuple et de le crier plus fort que les autres. Etre un homme d’Etat est en revanche beaucoup plus difficile : il faut discerner où est l’intérêt du peuple et d’obtenir son adhésion pour agir dans cette direction... ».

A propos de l’accueil de Sarkozy, l’opinion des Africains est qu’il y ait réciprocité. En le criant plus fort que les autres non sans passer en acte, Joseph Kabila s’est montré un bon politicien selon la définition de l’Egyptien Nasser.

Dans la visite de Sarkozy à Kinshasa, l’intérêt des Congolais se trouvait dans les dossiers et les accords à signer et non dans la parade d’accueil. Il suffit d’organiser un sondage à Kinshasa pour comprendre que les Congolais ont apprécié le geste de leur président. Le fait que Kabila n’ait pas été à l’aéroport pour accueillir Sarkozy n’a choqué personne, sauf des exilés à la recherche de la petite bête.

Dans ce cas également pour avoir compris où se trouvait l’intérêt du peuple et pour y avoir répondu par un geste libre d’un homme libre, Joseph Kabila s’est montré un bon homme d’Etat. Qu’est-ce qui gêne alors le patron de « Réveil Fm » ?

(BT/YES/PKF)

Joachim Diana G./L’Avenir