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Bonjour | 18/03/2010 1:58 | English Make DC Home page | RSS feed

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« La France ne vous abandonnera pas. Je salue la délégation importante qui m’entoure à renforcer leur présence au Congo ».

Les Congolais portent en eux l’esprit d’initiative. Ils appellent ça la « débrouille ». Mais hélas ! Si vous êtes gâtés par la nature, vous ne l’avez pas été par les circonstances. Les longues années de conflits ont laissé derrière elles un amas de ruines. Elles ont détruit les femmes, les hommes, les biens ; elles ont aspiré l’essentiel des ressources ; elles ont fait vaciller l’Etat ; elles ont nourri d’inavouables réseaux clandestins, et disons-le, criminels.

Les Congolais ont la fortune à portée de main, et pourtant, ils restent pauvres. Pardonnez-moi si je vous choque, mais comment ne pas être attristé par un tel gâchis qui est un scandale pour tous ceux qui aiment profondément votre pays. Alors il faut reconstruire le Congo. La tâche est immense. Et en plus, vous voilà maintenant frappés de plein fouet par la crise économique mondiale. Les revenus de vos exportations s’effondrent, les mines ferment et, injustice suprême, la crise frappe tous les pays du monde mais plus encore les pays qui souffraient avant la crise.

« Vivre c’est agir » disait Bergson. C’est vrai pour la France, ça doit l’être aussi pour le Congo : il n’y a de salut que dans l’action, que dans l’effort et que dans la réforme. Ce n’est insulter personne mais comment attirer les investissements étrangers s’ils ne peuvent bénéficier d’un régime fiscal et d’un climat des affaires stabilisé ?

Nous en avons parlé avec le Président, nous allons poser les bases de cette stabilité. La France ne vous abandonnera pas. Nous encouragerons les entreprises – et je salue la délégation importante qui m’entoure - à renforcer leur présence au Congo.

Que voudrait dire, pour un Président, faire un discours sur l’avenir du Congo si les entreprises ne donnent pas du contenu dès le lendemain à ce discours. Dès ce matin, nos deux pays se sont engagés à conclure rapidement un accord de protection des investissements.

Vous pourrez également compter sur la France pour plaider votre cause, et au-delà celle de l’Afrique, dans toutes les grandes enceintes internationales. Et je veux dire une fois encore que je conteste le choix désastreux qui fait que l’Afrique ne compte aucun membre permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies.

C’est injuste et c’est imprudent de considérer qu’on peut régler les problèmes du monde sans tenir compte d’un continent peuplé d’un milliard d’êtres humains. Je le dis aussi, je regrette que la présence africaine n’existe pas plus fortement dans le cadre de la réunion capitale du G20 et je me bats pour que le G8 se transforme en G14 avec un certain nombre de représentants du continent africain.

Enfin, la France vous aidera à effacer le fardeau de votre dette y compris la dette, Monsieur le Président, qui est contractée avec mon pays. Vous devrez répondre aux exigences du FMI. Nous vous aiderons, le Congo ne peut pas porter ce fardeau. Je demande simplement qu’on veille à ce que certaines nations ne vous aident pas d’un côté à vous désendetter pendant que d’autres vous conduiraient sur la voie d’un autre endettement.

Enfin, votre horizon, et c’est sans doute là le plus difficile, c’est celui d’une région en paix. Je connais l’histoire de cette Afrique des Grands Lacs, y compris la plus récente. Je sais parfaitement, mes Chers amis, les blessures profondes, irrémédiables qui en résultent, des murs de méfiance et de haine qui se sont dressés. J’ai parfaitement conscience de vos inquiétudes, allez, disons le mot, de votre colère.

Je la comprends cette colère. Je pourrais même la partager. Pour autant, faut-il croire pour autant que votre région est condamnée à ne jamais revoir la lumière de la paix et du bonheur ? Pour autant faut-il considérer que les peuples de cette région ne pourront jamais vivre les uns aux côtés des autres ? Faut-il considérer que c’est une fatalité que vous ne puissiez jamais travailler ensemble? Je refuse cette fatalité.

Et je suis le Président d’un pays qui a fait la paix avec un voisin avec qui nous nous sommes affrontés dans des conditions de cruauté qui n’ont rien à envier à ce qui s’est passé dans votre région. Y a-t-il aujourd’hui un seul Allemand ou un seul Français qui se plaigne que nous ayons fait la paix ? Et pourtant la haine existait chez nous aussi.

Votre région peut réussir. Mais il n’y aura pas de réussite sans la vérité. Ce qui est vrai ici, est vrai dans toutes les régions du monde. Il faut regarder les choses en face. La première vérité, c’est que la souveraineté du Congo est inaliénable. Et la France sera toujours à vos côtés pour le respect de cette souveraineté.

La deuxième vérité, c’est que les peuples d’Afrique centrale ne changeront pas d’adresse. S’ils organisent leur bon voisinage, les peuples d’Afrique centrale vivront riches et en paix. Si c’est la loi du plus fort, les peuples d’Afrique centrale resteront pauvres et malheureux. Cette vérité, elle est incontournable.

Une troisième vérité, c’est qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans la région. Le Congo devrait en être le phare. La région devrait être prospère, et elle peine à décoller. Le temps est venu de fixer un nouveau cap pour que la région puisse avancer d’un même pas, le Congo doit se redresser.

Il lui faudra, Monsieur le Président, et la France vous aidera, une armée efficace et républicaine. Il faudra la justice pour extirper l’impunité, car l’impunité est un cancer. On ne construit pas la paix sans punir le crime.

Enfin, les racines de la discorde devront être définitivement arrachées. Je pense aux conflits fonciers, dont je n’ignore nullement l’immense complexité. Tout cela vous en avez discuté lors de la conférence de Goma. Des solutions ont été tracées. Il faut achever le travail.

Ce doit être l’action déterminée de toutes les forces vives, l’Etat bien sûr, mais aussi la société civile, les Eglises, les chefs traditionnels, les communautés locales. Les femmes qui ont tant souffert, ont, j’en suis convaincu, un rôle essentiel à jouer. Dans le même temps, vos relations avec vos voisins de l’est doivent s’établir sur des bases radicalement nouvelles.

(BT/YES/PKF)

Le Potentiel



Last edited: 28/03/2009 12:24:05

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