Parce que la musique chrétienne congolaise a aussi ses groupies, parce que les enfants de Dieu autoproclamés ne sont pas à l’abri du désir de la chair comme vous et moi, Alain Moloto aurait pu n’être que le gros nounours de ces dames des églises de réveil, le dandy dont on dévore les DVD avec des sentiments amoureux non-avoués. Mais, l’histoire est plus noble que cela, plus saine. Le parcours de ce chanteur que j’ai connu gracieux sur les scènes de théâtre dans les années 80 est un modèle de reconversion notoirement réussie.

 

Une réussite bâtie progressivement, illustrée, aujourd’hui, par l’envergure prise par son talent de brillant auteur-compositeur et de polisseur des talents que n’en finit pas de révéler son groupe Gaël. Enfin, en tant qu’interprète, Alain Moloto ne me convainquait que moyennement jusqu’à son album « Les fruits de mes lèvres » fraîchement produit par Kin Express d’Antoine Katoto.

Le premier CD d’Alain Moloto que j’ai acheté, il y a plus de dix ans, est bien rangé, trop bien rangé chez moi.
Il semble rangé à vie au même endroit parce que je n’ai jamais eu le masochisme de le rejouer tant je l’avais trouvé nul. Mais dans l’art, on sait que leurs propres tragédies ont souvent inspiré aux artistes leurs meilleures œuvres.

La chanson « Naza na Yezu » est un saisissant récit de l’empoisonnement dont Alain Moloto aurait été récemment victime.

L’artiste a réussi à trouver un point de convergence de toute beauté entre la gravité du thème chanté, l’assurance de « la foi qui sauve et qui annihile les pires poisons », une musique composée adroitement et un chant qui sublime les caractéristiques d’une voix qui n’est pas naturellement des plus exceptionnelles.

À mi-chemin entre des inflexions suaves et graves, tout est dosé, harmonieux, apaisant. Aussi, la mélodie répétitive dans le refrain donne un air entraînant qui amène le mélomane à fredonner, sans préméditation, la chanson.

Pour ceux qui comprennent le lingala, le texte de cette chanson est un modèle du genre. Dans la musique chrétienne congolaise, la reprise redondante des versets donne un caractère naïf malvenu à ce genre qui a lassé un public d’office réceptif. La chanteuse Philie Ikani le souligne souvent sans se faire prier : « Alain Moloto est un excellent auteur, je n’en connais pas beaucoup de ce niveau ».

Une qualité qui sert à l’éclosion ou tout au moins à la révélation de beaucoup de chanteurs au sein de son groupe GAEL (Groupe d’adoration et de louanges).

Exactement, comme le faisait jadis avec maestria l’incontesté pionnier Charles Mombaya qui aura doté cette musique de ses premiers gages de crédibilité. L’un n’est pas le successeur de l’autre parce qu’en art cela n’existe pas, mais Alain Moloto réalise un travail similaire à un moment critique pour cette musique. Une musique dont le renouvellement des talents se résume, ces deux dernières années, à une Philie Ikani étonnante de maturité pour son premier album « Cantiques de l’Agneau » et Nadège, une somptueuse promesse d’un avenir immédiat couvé par le groupe… GAEL.

Ni langue de bois, ni sectarisme

Quand je l’interroge sur l’empoisonnement dont il aurait été victime dans les milieux chrétiens, Alain Moloto confirme la rumeur et les soupçons sans en rajouter : « Je confirme cette tentative d’homicide et aussi que cela est venu de ceux qui professent matin et soir le christ. Cet épisode est aujourd’hui un témoignage de la puissance de Dieu pour lequel je n’entends pas tirer une glorification personnelle ».

Par ailleurs, contrairement aux postures démagogiques et sectaires de beaucoup d’églises de réveil, Alain Moloto rejette une vision manichéenne de la société et ne renie pas ses premières amours : le théâtre notamment : « Mon passé de comédien et de metteur en scène au théâtre m’aide beaucoup dans la composition de mes œuvres et si le temps me permettait, je continuerai à le pratiquer car il n’existe aucune incompatibilité avec la foi chrétienne ».

L’on comprend alors pourquoi sa musique et ses chansons sont accessibles au-delà des milieux chrétiens congolais pas toujours exemplaires en termes de tolérance et d’ouverture d’esprit. Un certain Jésus aurait dit à ses fidèles : «  Je pars mais je ne vous laisserai pas orphelin, mon père vous enverra un consolateur », le même père, en rappelant à lui feu Charles Mombaya, savait qu’il ne laisserait pas les talents de son église sans une sorte de guide artistique : le bien nommé Alain Moloto Kosi.

(TH/BT/PKF)

Botowamungu Kalome/BT/AEM/MMC