Les négociations de Genčve entre experts des belligérants buttent ŕ des divergences telles sur les questions pendantes ŕ harmoniser que l'impasse devient totale, au point que la faction rebelle Rcd/Goma a suspendu sa participation ŕ la rencontre, et que le Mlc menace de lui emboîter le pas, en posant des conditions en dehors des sujets traités.
La rencontre informelle ŕ Genčve des experts et/ou des signataires de l'Accord de Lusaka ne rassure pas. Du moins, jusqu'au moment oů nous couchions ces lignes et que l'on jouait les prolongations.
En effet, le Rcd a suspendu sa participation aux travaux en exigeant avant tout que le gouvernement réponde par écrit ŕ ses conditions. Le Rcd en pose 5 dont l'engagement du gouvernement au cessez-le-feu; l'engagement de ne plus soutenir les Interahamwe, le désengagement dans certaines localités au Katanga et l'engagement de rejoindre la force mixte « Rcd-Mlc » pour traquer les forces négatives. Faute d'avoir mis tous les engagements par écrit, le Rcd a menacé de revoir sa participation au Dialogue intercongolais.
En réponse ŕ toutes ces exigences, M. Vital Kamerhe, Commissaire général adjoint du gouvernement, chargé de la Monuc, et expert de la composante gouvernement ŕ Genčve, a dénoncé cette attitude négative du Rcd qui n'est rien d'autre que celle déjŕ exprimée par le Rwanda. Le délégué du gouvernement qualifie d'inacceptable ces exigences avant de réitérer la position de Kinshasa de saisir la Commission politique de l'Accord de Lusaka, oů sičge d'ailleurs le Rwanda, afin de régler une fois pour toutes cette question d'Interahamwe. Aussi, l'expert du gouvernement a pris ŕ témoin la communauté internationale et le peuple congolais du refus du Rcd de contribuer positivement au retour de la paix en Rdc. Il en assumera seul la responsabilité, a conclu M. Vital Kamerhe.
Autre sujet de discorde, la liste additive de l'Opposition politique. Sur ce point précis, le Mlc menace ŕ son tour de ne pas participer au Dialogue intercongolais si la liste comportant les noms de Kibassa et Vunduawe est retenue par la Facilitation. Pour le Mlc, seule la liste de l'Opposition politique des partis membres de l'Ufad reste valable.
C'est ŕ ces deux niveaux que les discussions achoppent ŕ Genčve. Comme on l'aura constaté, l'opposition armée, plus particuličrement le Rcd/Goma tient ŕ placer la barre trčs haut en vue de faire pression sur Kinshasa, en vue de faire triompher sa cause.
Contrer l'esprit de Bruxelles
Mais au-delŕ de sa surenchčre politique manifestement visible, l'opposition armée, précisément le Rcd/Goma, n'a plus d'argument. Devant le prétexte sécuritaire du Rwanda que le Rcd soutient mordicus, Kinshasa a placé la parade en proposant la création de la Commission internationale d'enquęte et la saisine de la commission politique de l'Accord de Lusaka.
Surpris par cette belle parade, le Rcd/Goma crée l'impasse dans le seul but de compromettre le bon déroulement du Dialogue intercongolais. Ainsi, le statu quo sera maintenu en faisant traîner les choses en longueur.
Mais il y a bien plus. Cette attitude négative ne vise qu'ŕ combattre la dynamique de Bruxelles lors de la visite de M. Louis Michel, vice premier ministre et ministre Belge des Affaires étrangčres, ŕ Kigali, les Rwandais avaient reproché ŕ Louis Michel de créer la confusion ». Tout simplement parce que la table ronde de Bruxelles a réé une nouvelle dynamique laissant entrevoir que la clé ŕ la crise congolaise est une affaire de tous les acteurs politiques, et non seulement de l'Opposition armée.
Devant cette dynamique de Bruxelles qui fait peur, l'Opposition armée s'emploie maintenant ŕ « imposer la loi de la Force ». Les choses sont claires. Le Dialogue intercongolais risque d'ętre pris en otage. A l'Opposition politique ainsi que la Société civile de réagir maintenant. Avec plus d'efficacité pour ne pas faire hypothéquer la chance merveilleuse de la paix. La reprise des combats ŕ l'Est ne serait qu'une action coordonnée avec cette surenchčre politique de Genčve. En attendant, la fin de la concertation informelle ŕ Genčve est prévue pour ce samedi.
Comme on peut s'en rendre compte, en posant des conditions inacceptables, cela démontre que ces compatriotes (du Rcd) ne sont que des instruments du Rwanda. Il y a donc lieu de se demander pourquoi le Rcd a le culot de dicter la loi alors qu'il n'avait pas ŕ s'imposer par les armes. Croit-il qu'il arrachera des concessions que les armes ne lui ont pas permis d'obtenir?
Par ailleurs, pour quelle raison Kinshasa qui prône le patriotisme et fait tout pour recouvrer l'intégrité territoriale, peut-il dénoncer le combat légitime de ces vaillants guerriers que sont les Mai-Mai qui ne veulent rien d'autre que récupérer les terres leur laissées par leurs aďeux? C'est complčtement absurde.