Ces sont elles qui doivent s’occuper des tâches ménagères parce que leurs mères travaillent. Soutenues par les Ong, certaines d’entre elles réclament le droit d’étudier.
« Tous, les enfants, filles et garçons, à l’école ! », tel est le slogan de l’UNICEF inscrit sur les polos et les cahiers des élèves de la ville de Kananga en RDCongo. Depuis 2004, ce message s’adresse particulièrement aux filles, que de nombreux parents préfèrent voir s’occuper de la maison, plutôt que consacrant du temps aux études. Maman Véro est enseignante et commerçante.
« J’ai appris à ma fille aînée à faire le ménage. Le soir quand je rentre fatiguée, elle a tout fait », explique-t-elle. Meta Kalala, élève au lycée Buenamuntu, au centre-ville, se lamente quant à elle: «Je suis d’une famille de 6 enfants dont 5 garçons. Ma mère vend des fretins au marché central de Kananga. En son absence, elle m’oblige à faire la cuisine, la lessive, la vaisselle et à nettoyer la maison. Elle me recommande de servir le repas à temps à mon père et à mes frères.
Ces derniers ne font pas le ménage parce que ce sont des garçons». A cause des tâches ménagères, les filles ne peuvent pas consacrer suffisamment de temps à leurs études. Dès qu’elles échouent à l’école, elles se découragent rapidement et restent à la maison en attendant de se marier.
Destinées à se marier
Au Kasaï Occidental, au village comme en ville, les filles sont encore destinées à un mariage précoce. Davis Mutombo, un chauffeur de 35 ans, père de 4 enfants, explique: « Payer des études pour une fille ne sert à rien car elle est destinée à se marier pour être soumise à son mari, faire la cuisine, et mettre au monde, voilà tout ».
Outre les parents, certaines Eglises de réveil ou pentecôtistes, véhiculent aussi l’idée que l’épouse est la « servante » de l’homme. Ce qui explique le fait que le mari ne participe pas aux travaux domestiques, même s’il ne travaille pas.
Certaines familles cherchent toutefois à résoudre le problème en employant une domestique pour faire le ménage. Le partage des tâches est aussi une solution envisageable estime M. Joseph Mankamba, professeur d’anglais au collège Saint Clément témoigne: « Je suis d’une famille de 5 garçons et de 3 filles. Nos parents nous ont appris à faire les travaux ménagers sans discrimination de genre. Chaque matin, nous faisions le ménage et la vaisselle avant d’aller à l’école. Cela m’aide aujourd’hui à assumer mes responsabilités de père ».
Se défendre pour apprendre
Patrice Malumba, du Bureau international catholique des enfants (BICE) s’occupe du volet « mineurs en conflit ou privés de leur liberté ». Il note que de plus en plus de jeunes, surtout des filles, viennent nombreux protester contre le fait que leurs parents de ne les informent pas de leurs droits et devoirs.
« Les filles se plaignent souvent d’être délaissées, mal nourries, privées des études ou des loisirs » raconte Patrice Malumba. « Ma mère ne veut pas que j’étudie. Elle veut que je garde mes deux petits frères jumeaux en son absence. Mes grands frères eux, étudient sans problème. N’ai-je pas aussi le droit de faire des études? », interroge une jeune fille venue se plaindre au BICE.
Le Bureau tente de résoudre les conflits en réconciliant les familles. En cas de résistance, il fait intervenir le parquet ou le tribunal de la Paix. Petit à petit, les jeunes filles partagent leurs difficultés avec leurs responsables d’écoles, dans des mouvements de jeunes, ou des clubs d’amis. Des structures créées par l’UNICEF dans les quartiers permettent également aux adolescents de prendre connaissance de leurs droits et devoirs.
(GM/Milor/Yes)
Syfia/Le Phare
Last edited: 24/03/2009 17:41:25