Commémoration ce mardi 24 mars du quarantième anniversaire de la mort du premier Président de la République démocratique du Congo, feu président Joseph Kasa-Vubu, l’une des plus marquantes et premières figures de la lutte de l’indépendance du pays
Joseph Kasa-Vubu, né en 1917 et décédé le 24 mars 1969, a été le 1er président de la République démocratique du Congo du 30 juin 1960 au 24 novembre 1965, date du coup d’Etat militaire qui l’avait renversé au profit du général Joseph Désiré Mobutu, commandant de l’Armée nationale congolaise.
Il est mort, pauvre, le 24 mars 1969, en résidence surveillée à Boma, dans la province du Bas-Congo. Le régime militaire lui ayant refusé, selon des sources concordantes, l’autorisation de se rendre à l’étranger pour des soins appropriés. A l’occasion de la commémoration de sa disparition, Le Potentiel publie ci-dessous le parcours politique de l’un des glorieux pères de l’indépendance du Congo-Kinshasa.
Enseignant, Joseph Kasa-Vubu fut élu, en 1954, président de l’Alliance des Bakongos (Abako), premier mouvement politique indépendantiste constitué par l’une des ethnies peuplant le Congo, alors colonie belge. Mais les élections de mai 1960, précédant d’un mois l’accession à l’indépendance du pays, furent remportées par le Mouvement national congolais (MNC) fondé par Patrice Lumumba, partisan d’un État unitaire. L’indépendance ayant favorisé l’émergence de multiples revendications autonomistes, Lumumba se résigna à un compromis. Kasa-Vubu accéda à la présidence de la nouvelle République, tandis que son rival prenait la direction du gouvernement.
Président de l’Abako
La possibilité d’exprimer les idées qui tenaillent Joseph Kasa Vubu lui sera offerte par Jean Bolikango, celui qui devient son adversaire plus tard lors de l’élection présidentielle du 24 juin 1960, au parlement. Bolikango était président d’une multitude d’associations d’anciens élèves : Adapes, Assanef, Unelma…. En 1945, il crée l’Union des intérêts sociaux congolais (Unisco) pour combattre les discriminations raciales et l’amélioration des conditions des Congolais. Le président de l’Unisco, Eugène Kabamba qui travaillait aux finances et appréciait Kasa-Vubu l’intéresse au projet.
Kasa-Vubu accepte et est vite adopté par Bolikango. Malheureusement, Kasa-Vubu n’occupe aucune fonction dans une des associations d’anciens élèves, ce qui était la condition. Alors Bolikango usa de son influence pour faire de Kasa-Vubu le secrétaire général de l’Adapes en 1946. Sa première allocution ici, intitulée « Le droit du premier occupant », revendiquait pour les Congolais la reconnaissance de leur droit sur le sol. Joseph Kasa-Vubu y développait l’idée que « le sol du Congo appartenait aux premiers occupants, c’est à dire aux Congolais, et qu’il devait par conséquent leur être rendu ». Un discours politique jugé « prématurément révolutionnaire », et qui était précurseur de la lutte pour l’indépendance. Ce discours, pour le moins, très osé fut très mal vu par l’administration. C’était une bombe, à l’époque. Les autres membres de l’Unisco s’en désolidarisèrent. Les mentalités n’étaient pas encore prêtes pour l’action de libération.
Kasa-Vubu écrit dans plusieurs périodiques de l’époque. Cela fait déjà sa « renommée ». Mais, il attend, il épie le moment où il pourra entreprendre une action publique, décisive et radicale. Le premier signe sera son élection à la présidence de l’Abako le 21 mars 1954. l’Abako fut créée en 1949 par Edmond Nzeza Nlandu pour unifier, conserver et perfectionner la langue kikongo ». Il tenait énormément à la survie du journal Kongo dia Ngunga dont les cotisations des membres servaient à la réalisation. Nzeza Nlandu était associé aux pères jésuites dans l’œuvre de l’Abako, surtout du journal en la personne du Rp Van Wing. Cette présence ecclésiastique répugnait Kasa-Vubu au plus haut point.
Ainsi, il n’en fut jamais membre sous la présidence de Nzeza Nlandu. Au lieu d’être unificateur, ce dernier eût des élans divisionnistes, en plus il n’organisa jamais l’Abako, se préoccupant beaucoup de renouveler le bureau. La réunion extraordinaire se tient le 21 mars 1954 au stade Reine Astrid (stade du 24 novembre). Kasa-Vubu y vient pour la première fois, il était assis au fond de la salle, mêlé à la foule. Nzeza Nlandu dépose sa démission pour se consacrer au journal. Kasa-Vubu est proposé à la présidence sous un tonnerre d’applaudissements. Lui-même ne s’y attendait pas.
Ce choix avait deux explications : d’abord il existait à l’Abako une divergence entre les Bantandu, groupe de Nzeza Nlandu et les Bandibu groupe auquel appartenaient des membres influents du comité Abako, tels Pierre Canon et Simon Tezzo. Alors l’on fit appel à un Muyombe qui avait une forte personnalité et un grand caractère. Kasa-Vubu commença à donner à l’Abako des bases solides, d’en assurer une expansion numérique, d’en faire un puissant instrument politique. La parution à Léopoldville, le 1er juillet 1956 du Manifeste de Conscience africaine allait lui donner enfin la possibilité dont il rêvait depuis tant d’années, de réagir, et d’exprimer publiquement ses opinions.
Un bourgmestre contestataire
En janvier 1956 sortit le plan Van Bilsen de décolonisation de 30 ans. Un cercle d’étude des intellectuels congolais autour de l’abbé Malula (ancien collègue de Kasa-Vubu à Mbata-Kiela et futur cardinal) comprenant Ileo, Ngalula, Ngwenza sortit le « Manifeste de la conscience africaine ». Ils appuyaient les idées de Van Bilsen. Ils étaient opposés aux partis politiques dont la caractéristique est la division, alors que les Congolais ont besoin d’union.
L’Abako réagit immédiatement pour démontrer qu’il y a des partis politiques congolais bien implantés. Des commissions sont constituées pour étudier ce manifeste. Les résultats seront publiés le 23 août 1965 lors d’une Assemblée générale dans les locaux de la population noire (en face du terrain de basket du stade des Martyrs, chez Paulino) devant une foule immense. Ce sera le manifeste de l’Abako qui exige l’indépendance immédiate. « Le mot magique et tabou est lancé. Léopoldville qui est habité majoritairement des Bakongo, c’est l’enthousiasme et le délire. L’administration coloniale prend peur et panique, même cas pour certains groupes des missionnaires et quelques intellectuels congolais.
Cette union sacrée contre-attaque en diabolisant Kasa-Vubu et l’Abako : ce sont des tribalistes, des séparatistes qui ne demandent l’indépendance que pour le Bas-Congo. Toute l’année 1957 fut meublée par un combat sourd et éprouvant de l’Abako et les fédérations ethniques du haut : des Mongo, des Bangala appuyés par l’administration coloniale.
Kasa-Vubu devient la bête noire, l’homme à abattre. Les Européens craignaient énormément le « roi Kasa » plus que tout autre leader congolais vu sa constance dans le rejet extrémiste de la colonisation et surtout le poids humain et la discipline de l’Abako à Léopoldville. Aux élections municipales du 8 décembre 1957, l’Abako remporte 130 sièges des conseillers sur 170, soit 78,2. Pour Kasa-Vubu, c’est un triomphe. Il deviendra bourgmestre de Dendale, l’actuelle commune de Kasa-Vubu.
Le jour de son installation, le 20 avril 1958, une grande cérémonie est faite à l’actuel rond point Gambela devant une impressionnante foule et le premier bourgmestre belge, Tordeur. Le discours de Kasa-Vubu crache du venin sur la colonisation : la foule exulte, mais les Belges présents se lèvent et partent. Le nouveau bourgmestre refuse de hisser devant sa maison les couleurs belges, il ne veut pas que l’on puisse croire que ce drapeau ait quelque raison d’être planté au Congo. Seul le drapeau bleu à étoile d’or, le vieux drapeau de l’Etat indépendant du Congo trouve grâce à ses yeux.
Premier président de la République
Les premières élections législatives organisées sur l’ensemble du territoire national en 1960 connaissent la victoire du Mnc/Lumumba sur l’Abako de Kasa-Vubu qui remporte, néanmoins, tous les sièges dans le Bas-Congo et trois sièges sur quatre à Léopoldville. Aucun parti n’ayant obtenu une victoire suffisante pour gouverner seul, deux principales coalitions politiques se forment, l’un autour du Mouvement National Congolais (Mnc/L), de Patrice Lumumba; l’autre sous l’appellation Cartel d’Union Nationale, autour de Kasa-Vubu. Les deux coalitions représentées au Parlement se partagent le pouvoir; Lumumba forme le gouvernement en tant que premier Premier ministre, et Kasa-Vubu devient le tout premier président de la jeune République.
Quelques jours seulement après l’indépendance, le gouvernement est secoué par une mutinerie de la Force publique, l’armée belge intervient pour protéger le résidants belges restés au Congo, et soutenir la sécession (11 juillet 1960) de la province du Katanga sous Moïse Tshombe. Kasa-Vubu et Lumumba font venir les Casques bleus des Nations Unies, qui ne parviendront pas à restaurer l’autorité de l’Etat. Il eu des folles rumeurs dans les médias occidentaux que Lumumba allait faire venir les troupes soviétiques pour restaurer l’autorité de l’Etat.
Le 5 septembre, avec le soutient de la Force publique, Kasa-Vubu révoqua Lumumba qui, à son tour le révoqua aussi. En octobre, Mobutu fait son premier coup d’Etat militaire, avec l’appui tacite de Kasa-Vubu, en formant le gouvernement des commissaires généraux, et, plus tard, en négociant la nomination de Tshombe comme premier ministre en 1964.
Mais, le même Mobutu fera encore un deuxième coup d’Etat en renversant Kasa-Vubu, le 24 novembre 1965. Il est décédé, pauvre, le 24 mars 1969, en résidence surveillée à Boma. Le régime militaire, en place à l’époque, aurait refusé d’autoriser son évacuation pour des soins appropriés à l’étranger.
(DN/Th/GW/Yes)
Le Potentiel