La victoire triomphale du Onze national, Les Léopards, à la première compétition du Championnat d’Afrique des Nations (CHAN) de football constitue un puissant stimulant de redorer l’honneur national retrouvé par les Congolais désormais fiers de l’être
Après la victoire inattendue de nos Léopards locaux, le 08 mars dernier au Stade Houphouët Boigny d’Abidjan, des discours angéliques fusent de toutes les plumes et de tous les médias de la République. Pour saluer cet événement à la catharsis contagieuse d’une fierté nationaliste.
Cependant, très peu d’entre les thuriféraires de nos héros se sont soucié de replanter le décor du processus de cet affranchissement spectaculaire. Partant, personne en vérité, sauf quelques illuminés et autres marchands de prophéties dotés de patriotisme à toute épreuve et d’une bonne dose de toupet, croyaient encore en une victoire aussi belle de notre équipe nationale.
Au sommet du CHAN aujourd’hui, nos jeunes ambassadeurs ont pu, en espérant contre toute espérance, imposer leurs marques face à des Ghanéens qui les avaient humiliés quelques jours auparavant.
Ce qui est certain, c’est que nos Léopards locaux évoluent presque tous dans un environnement peu reluisant que pour déjouer les calculs virtuels de sombres statistiques émis quant à leur avenir. Evoluant dans des cadres peu conformes aux garanties modernes de performances footballistiques, la plupart de nos joueurs locaux éprouvent de grandes difficultés dans leurs clubs respectifs. Notamment, pour mener une vie paisible de bon pères de famille (difficultés de payer mensuellement son loyer, de s’acquitter des frais scolaires de leurs enfants, de venir au secours de leurs familles respectives et de leurs clans qui confondent richesse et popularité, difficulté de mener une vie conforme au statut de vedette, chapelet de salaires impayés à dégréner…).
Qui plus est, la moyenne d’âge de nos héros locaux n’est pas éloignée de la trentaine et le confort de la diététique leur est pratiquement impossible. C’est dans ces conditions que la Dolce Vita, parraine l’impunité déontologique de nos brasseurs qui, dans leurs stratégies publicitaires, vont jusqu’à profaner notre jeunesse et nos talents.
En effet, il est incroyable d’imaginer un champion sportif de haut niveau faire la publicité d’un produit alcoolique ou tabagique en ces temps de la restriction sévère imposée par un vaste programme de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Et pourtant, c’est sous la barbe de nos autorités que nos héros de la CHAN sont devenus les meilleurs acteurs de spots publicitaires de marchands d’alcools. Il faut ajouter à cela les risques de débauchage de nos athlètes du sport roi, qui risquent d’être gagnés par les excès en tous genres du syndrome de l’hédonisme kinois (Alcool, tabac, femmes, boîtes de nuit)…
A ce rythme là, nous risquons, dans un proche avenir, de perdre toutes les plumes de notre actuelle fierté. Car, le CHAN est loin d’être la seule compétition internationale d’importance qui attend nos athlètes et leurs clubs respectifs. Toute chose étant égale par ailleurs, nos Léopards locaux nous ont relevés nos deux genoux qui étaient à terre depuis une trentaine d’années : Les échecs récurrents et les humiliations sur l’échiquier international.
Sport le plus populaire et le plus pratiqué dans le monde depuis longtemps en Europe, mais aussi en Amérique latine, le football est un sport roi qui gagne l’Asie, le Japon, la Chine, la Corée et règne désormais sur l’Afrique comme en témoigne le choix de la FIFA d’organiser la prochaine coupe du monde en Afrique du Sud en 2010. Il exige des moyens considérables pour mener à bien son organisation. Sa seule activité peut faire qu’une ambiance de deuil s’empare de tout un pays tout comme elle peut l’enflammer en un tour de main par l’effet d’une seule victoire.
C’est ici que nous saluons la Baraka du Président de la République qui a toujours cru en notre onze national et a toujours gardé une attitude de dignité et de sportivité. Face à toutes les défaites antérieures, même les plus douloureuses, de notre onze national et de nos clubs à différentes compétitions.
L’image de déconfitures fatales qui nous a collé depuis une trentaine d’années s’est envolée avec le miracle des poulains de Santos Muntubile. Mais, cette victoire devrait nous ouvrir sur une remise en question de nos intuitions pessimistes.
En effet, en quinze confrontations avec les prestigieuses Black stars du pays d’Abedi Pélé, les exploits et les défaites de notre équipe nationale sont pour nous un véritable carnet d’exhortations à l’humilité et à la persévérance.
De source bien informée, nous tenons en effet, que la déconfiture des Ghanéens est née de leur excès de confiance et de la fatigue qu’ils avaient refusé de prendre en compte face à un ennemi vilipendé dans l’opinion internationale quant à ses réelles capacités à s’organiser et à se gérer dans quelque domaine que ce soit. Les Cent vingt kilomètres de route qu’ils avaient dans les jambes depuis Bouaké et leur oubli de se reposer ont fini par leur priver d’un plat juteux qu’ils avaient presque déjà avalé.
Que nos populations libérées du Nord-Kivu aient pu ovationner et voir physiquement ces intrépides miraculeux en toute primeur, cela relève d’un marketing d’Etat et d’un soulagement populaire parfaits.
En Côte d’Ivoire comme en RDC, cette coupe disputée dans un pays qui sort d’une longue période de guerre et qui a été remportée par un pays, qui a fait chorus derrière son Chef pour redonner la paix à des milliers de familles séparées et l’espoir à des milliers de femmes violées, mérite son surnom de « Coupe de la paix ».
La beauté de leur victoire est totale pour les Léopards qui, au jour de la Journée de la femme, ont arraché là le meilleur cadeau à offrir à la nation congolaise, leur fiancée nationale.
Un peu comme l’aurait recommandé Victor Hugo, qui s’interrogeait : « A quoi servent les honneurs et les richesses, si on ne peut les déposer aux pieds d’un être aimé »…
Il nous revient de partager avec nos compatriotes la graine d’espérance que planta en nous, un soir d’hiver, dans un Bar-restaurant bruxellois, un septuagénaire ambassadeur sénégalais, en l’an 2000. Emporté par la finesse de la cuisine congolaise et par la magie d’une rumba de notre terre de la chanson, il nous prit le poignet avec amitié. A haute voix et devant des copains belges médusés, il nous interpella familièrement : « Jeune homme, comment avez-vous fait pour bazarder en vingt ans seulement, ce pays aux milles trésors ? »...
Bravo Léopards ! Grâce à vous, nous avons ressenti une volupté longtemps enfouie en notre cœur : La fierté d’être Congolais !
(DN/Th/GW/Yes)
Acp
Last edited: 17/03/2009 16:24:00